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Solennité du Christ-Roi de l’univers

D’espérances en désillusions, l’histoire des hommes traverse les siècles. L’évangile est à ensemencer dans toutes les figures que peut prendre l’organisation humaine. Les fins de systèmes sont porteuses de germes d’un monde nouveau qui disparaîtra à son tour. Le Royaume du Christ ne sera pas suivi d’un autre royaume. Le dernier diman-che de l’année liturgique annonce le Jour où le Christ ressuscité présentera à son Père la totalité de l’humanité réconciliée.
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Le 2ème livre de Samuel évoque une étape importante dans l’histoire du peuple d’Isra-ël, vers l’an 1000 av. J.C.
Pour être comme les peuples voisins, les tribus d’Israël ont voulu un roi. Elles l’ont eu. Ce fut Saül. Son règne finit mal. Sa descendance fut écartée du trône.
Le succès peut engendrer l’insouciance et la décadence. L’affaiblissement des grands empires favorise l’émergence de nouvelles puissances. En ce temps-là, la Mésopota-mie (Irak du sud) et l’Egypte déclinent. Le successeur de Saül, David qui est roi de deux petites tribus autour de la ville d’Hébron, en profite pour se montrer. Il éveille l’espérance d’une sortie de crise dans les tribus du nord.
Fatigués des querelles épuisantes qui ne mènent à rien, les délégués des dix tribus du nord viennent le trouver pour se placer sous son autorité. Ils ont deux arguments : les douze tribus ont les mêmes ancêtres, Abraham, Isaac, Jacob. Et Dieu a promis à Da-vid : « Tu seras le pasteur d’Israël mon peuple. »
Ce jour-là, le peuple se réconciliait avec lui-même. Il rêva d’un bel avenir qui connut effectivement des jours de gloire… et des jours de honte.
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Quelques siècles plus tard, l’évangile de Luc nous présente la fin d’une belle aventu-re. Il y a trois crucifiés sur le Golgotha. L’un d’eux, Jésus de Nazareth, est au milieu. Pouvons-nous nous reconnaître dans le comportement des gens qui se trouvent là ?
Le peuple ne sait quoi penser. Qu’y a-t-il de commun dans le passé et le destin de ces trois condamnés ? Personne n’a la réponse. « Le peuple restait là à regarder. »
Les chefs sont satisfaits. Ils triomphent et ricanent. Ils ont éliminé un perturbateur.
A la brutalité, les soldats ajoutent la moquerie.
Les suppliciés prennent aussi la parole. Violence et sérénité ! L’un d’eux libère sa co-lère dans des injures : « N’es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même et nous avec ! ». L’autre perçoit le mystère de Jésus et fait la vérité sur sa propre vie. Jésus lui promet qu’ils seront, le soir même, ensemble dans le paradis.
S’il nous arrive de demander à Jésus, que l’on dit tout puissant, de débrouiller nos embrouilles, nous pouvons aussi, devant la croix, faire la vérité sur notre vie.
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Quelques années plus tard. Paul aussi est en fin de vie. Nous le retrouvons en prison. A l’écart de la société, il peut écrire. Dès les premiers mots de sa lettre aux Colos-siens, il se présente comme apôtre de Jésus Christ de par la volonté de Dieu (1, 1).
Apôtre coincé dans une cellule, mais apôtre quand même !
« Rendez grâce à Dieu le Père qui vous a rendus capables d’avoir part dans la lu-mière à l’héritage du peuple saint. Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres, il nous a fait entrer dans le royaume de son Fils bien-aimé par qui nous sommes ra-chetés et par qui nos péchés sont pardonnés »
Ecrire cela dans un cachot et l’entendre aujourd’hui, dans nos impasses ! Qui aujour-d’hui a envie de rendre grâce, de parler de joie, de lumière, d’héritage ? Qui sait de quoi sera fait demain, en France, en Europe, en Syrie et ailleurs. Qui se sent arraché au pouvoir des ténèbres ? Langue de bois… ou langage du bois de la croix ?!
Il faut retourner au Golgotha. Le corps de Jésus crucifié donne à voir l’humanité en ruine, arrivée au bout de sa haine. Mais au cœur de cette humanité détruite, un germe de vie résiste. Paul invite les Colossiens à prendre acte de la situation du monde dans lequel ils vivent, à discerner et à mettre en œuvre le germe de vie que Christ ressus-cité leur a confié.

Jésus a plongé dans le cambouis du monde sans se salir les mains. Ce n’est pas notre cas. Il nous arrive d’être complice du mal, de nous taire quand nous devrions parler et de parler quand nous devrions nous taire. Chaque fois que nous essayons de faire la vérité sur nous-mêmes, le Christ nous pardonne et nous renvoie dans le réel de notre vie.
Pour reprendre pied, il faut aller… au pied de la croix, regarder le corps du Christ et se mettre à écoute de Paul pour changer notre regard. Il nous donne un outil pour tracer un chemin dans une forêt impénétrable.
Quoi qu’il arrive une promesse habite le monde.

« Lui, il est l’image du Dieu invisible, le premier né par rapport à toute créature, car c’est en lui que tout a été créé dans les cieux et sur la terre, les être visibles et les puissances invisibles : tout est créé par lui et pour lui.
Il est avant tous les êtres et tout subsiste en lui.
Il est aussi la tête du corps, c’est-à-dire de l’Eglise.
Il est le commencement, le premier-né d’entre les morts puisqu’il devait avoir en tout la primauté.
Car Dieu a voulu que dans le Christ toute chose ait son accomplissement total.
Il a voulu tout réconcilier par lui et pour lui, sur la terre et dans les cieux, en fai-sant la paix par le sang de sa croix. »

Dans ce Corps détruit, c’est le Christ glorieux qu’il faut découvrir. Sa capacité d’ai-mer est restée intacte. C’est lui que nous célébrons à chaque eucharistie. En recevant son Corps et son Sang, nous entrons dans son combat, avec sa sérénité, parce que le germe de sa vie est en nous.
Dans un monde qui ne sait plus où il va, les baptisés ne sont pas sans lumière.
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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