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Premier dimanche de l’Avent B

30 novembre 2014

1er Dimanche de l’Avent -B-

En ce temps-là, Dieu avait quitté le temple de Jérusalem pour aller dire à Ezéchiel, (un prêtre déporté en Chaldée) que le temps de la royauté étant terminé, il prenait les choses en main pour s’occuper personnellement de son peuple.
Avec l’édit du roi Cyrus, (538 av. J.C) le peuple de Dieu (comme tous les autres peuples déportés) a retrouvé sa terre mais rien ne marche comme il l’avait imaginé. Reçus comme des étrangers embarrassants, les revenants ont du mal à se faire accepter.

Ils se souviennent de la sortie d’Egypte, de l’alliance conclue au mont Sinaï ! Mais aujourd’hui, où est-il ce Dieu qui a fait tant de belles choses autrefois ? Pour l’instant, le peuple avance dans la vie de désillusion en désillusion. Une parole résume son état d’esprit :« Nous sommes comme des gens que tu n’aurais jamais gouvernés. » (Is. 63, 19). En clair (si on peut dire !), l’horizon reste bouché.

Un lointain successeur du prophète Isaïe est le témoin de la désespérance du peuple. Il la partage, il l’analyse, il réagit. Si Dieu reste toujours Dieu, l’homme reste l’homme. Instinctivement, il veut organiser le monde à son idée, ce qui veut dire sans Dieu. Or, quand Dieu laisse l’homme agir à sa guise, l’homme ne peut que dériver. Je me souviens d’une réflexion entendue il y a bien longtemps : « Quand Dieu abandonne l’homme à l’homme, alors on peut dire que l’on connaît la colère de Dieu. »

Pour reconstruire, il faut s’appuyer sur un repère indiscutable. Toutes les évidences étant contraires, le prophète arrache du fond de son cœur un acte de foi : « C’est toi, Seigneur, notre Père ; Notre-Rédempteur-depuis-toujours, tel est ton Nom. » Si tel est son nom, il ne peut pas rester insensible à la détresse de son peuple.

Quand le peuple découvre sa dérive d’où il ne peut sortir, il se pose la question : « Pourquoi, Seigneur, nous laisses-tu errer hors de tes chemins ? La question de-vient une supplication : « Reviens à cause de tes serviteurs. »
Ce n’est pas Dieu qui doit changer, c’est le peuple. Si Dieu doit déchirer les cieux, le peuple doit se déchirer le cœur pour que passe la lumière, pour que naisse en lui la capacité de reconnaître son Dieu qui l’attend.

« Tu viens rencontrer celui qui pratique avec joie la justice. » La justice de Dieu, c’est quoi au temps du prophète ? Il sanctionne tout mépris de la Loi et il garantit le droit de chacun. Or l’homme a perdu ces repères. Il s’est aligné sur la pensée commune et le prophète fait un triste constat « Tous nos actes justes n’étaient que linges souillés. » Notre capacité de dérive est vraiment extraordinaire. Voilà donc un peuple qui vit dans la nuit.
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La nuit, on la retrouve dans le texte de Marc. Il met en scène une situation où l’étrange est infiltré dans le normal. Qu’un maître de maison parte en voyage, qu’il don-ne des consignes à son personnel avant de partir, et qu’il revienne, cela est d’une grande banalité.

Mais le moment du retour intrigue. La question que peuvent se poser les serviteurs est de savoir quel jour le maître va rentrer. Or, Marc ne parle pas du jour du retour mais de l’heure et il précise que le maître reviendra de nuit.

En ce temps-là, que le voyageur soit à pied, à cheval ou dans un char à bœufs, les conditions de circulation, la nuit, ne sont pas favorables. L’état des routes, sans parler de l’éclairage, n’était pas ce qu’il est aujourd’hui et donc la route, c’est pour le jour, l’auberge, c’est pour la nuit.
Quel est donc ce maître qui ne peut rentrer chez lui que très tard le soir quand les gens normaux sont assoupis ou très tôt le matin quand ils ne sont pas encore ré-veillés ? Comment décrypter le message ?

Au fait, de quelle nuit s’agit-il ? Ce que dit Paul aux Corinthiens éclaire la question. Il écrit à des juifs et des païens nouvellement convertis et il dit ceci : « Le témoignage rendu au Christ s’est établi fermement parmi vous. Aucun don de grâce ne vous manque, à vous qui attendez de voir se révéler notre Seigneur Jésus Christ. C’est lui qui vous fera tenir fermement jusqu’au bout et vous serez sans reproche au jour de notre Seigneur Jésus Christ »
Voilà donc des chrétiens qui restent chrétiens dans un monde qui ne l’est pas.

Dans le texte de Marc, les consignes que donne le maître sont en décalage avec les manières de vivre et de penser du monde environnant. Les repères de ce monde mettent en valeur la violence, la vengeance, la corruption, l’exploitation du faible. Les serviteurs sont armés pour faire face et donc ils ne doivent pas se laisser intoxiquer par les manières de vivre des serviteurs voisins qui sont au service d’autres maîtres. _ Aucun don de la grâce ne leur a manqué.
Il y a forcément des heurts entre la manière de vivre du monde et la manière de vivre des chrétiens. La confrontation peut être violente. Les persécutions sont de tous les temps. Elle peut être insidieuse : un petit relâchement rend plus facile un plus grand relâchement.
Immergé dans ce monde qui vit dans la nuit, les chrétiens ne doivent pas se laisser contaminer. Ils doivent être continuellement en éveil. « Veillez donc ! » Ce message est pour tous les temps. Quand le maître surgira dans la nuit du monde, les serviteurs seront prêts à l’accueillir. Vivre dans la nuit et être lumière dans cette nuit, c’est donc la condition normale du chrétien dans le monde.

Que ta main soutienne ton protégé tPs 79)
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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