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Pentecôte- Romains 8, 8-17

dimanche 23 mai 2010 Pentecôte

Romains 8:8-17

8 Sous l’empire de la chair on ne peut plaire à Dieu. 9 Or vous, vous n’êtes pas sous l’empire de la chair, mais de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Si quelqu’un n’a pas l’Esprit du Christ, il ne lui appartient pas. 10 Si Christ est en vous, votre corps, il est vrai, est voué à la mort à cause du péché, mais l’Esprit est votre vie à cause de la justice. 11 Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus Christ d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels, par son Esprit qui habite en vous. 12 Ainsi donc, frères, nous avons une dette, mais non envers la chair pour devoir vivre de façon charnelle. 13 Car si vous vivez de façon charnelle, vous mourrez ; mais si, par l’Esprit, vous faites mourir votre comportement charnel, vous vivrez.
14 En effet, ceux-là sont fils de Dieu qui sont conduits par l’Esprit de Dieu : 15 vous n’avez pas reçu un esprit qui vous rende esclaves et vous ramène à la peur, mais un Esprit qui fait de vous des fils adoptifs et par lequel nous crions : Abba, Père. 16 Cet Esprit lui-même atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. 17 Enfants, et donc héritiers : héritiers de Dieu, cohéritiers de Christ, puisque, ayant part à ses souffrances, nous aurons part aussi à sa gloire.


A propos de ce texte :

Avec les béatitudes, l’hymne à la charité de 1 Cor 13, le chapitre 8 de Paul aux Romains est de ces textes qui jalonnent la vie des croyants et auxquels ils sont invités à revenir plus spécialement à certains moments forts.
L’apôtre nous rappelle que grâce à l’Esprit Saint, être chrétien ce n’est pas être esclave de Dieu, c’est tout simplement recevoir une existence de « fils. La vie chrétienne est une vie de relation affectueuse avec Dieu au point que nous pouvons familièrement l’appeler « Papa ».
L’enfant de Dieu n’a pas à bâtir une religion qui comptabiliserait ses efforts devant un Dieu-juge, ni accumuler des rites de sécurisation devant un Dieu terrible. Il peut appeler Dieu son père avec tout ce que cela peut supposer de confiance et de familiarité de sa part et d’initiative miséricordieuse de la part de Dieu : entrer dans une profonde relation d’intimité avec Lui.
Israël, au temps de l’Ancienne Alliance, a dû frémir à cette idée que Dieu pouvait être Père. Mais alors, pour Israël, Dieu n’est père que pour autant qu’il crée et fait élection de son peuple. Depuis le baptême dans la mort et la résurrection du Christ, tout a changé. Nous ne sommes plus esclaves ni de Dieu ni de qui que ce soit, nous sommes fils de Dieu.

La seconde dimension de cette existence chrétienne : nous sommes par l’Esprit du Christ des engendrés de Dieu à sa tendresse, promis au même héritage que son Christ qui s’est fait solidaire de notre condition humaine. Et nous sommes appelés à partager déjà sa passion en vue d’avoir part à la victoire de son Amour.
« Le chrétien ne peut pratiquer la loi comme il le doit sinon dans la mesure où il est libéré par l’Esprit, autrement dit dans la mesure où la loi a cessé de s’imposer à lui exclusivement de l’extérieur pour devenir en lui exigence intérieure, c’est-à-dire en langage biblique, où elle n’est pas gravée sur des tables de pierre mais dans son cœur.
Une nouvelle mentalité, un esprit nouveau nous habite, un esprit d’enfance par lequel nous sommes devenus les enfants adoptifs de Dieu. »
Pour mieux percevoir le sens de ce passage et le message de Paul arrêtons nous un peu aux deux notions : chair et esprit.
Chair : ce n’est pas le corps opposé à l’âme, ni le siège de nos pulsions sensuelles en opposition à l’intelligence et à ce dont l’intelligence est capable.
Ce n’est pas ce qui est moins élevé dans l’homme en opposition avec ce qui est plus élevé. La chair c’est tout l’homme dans sa finitude, dans sa pauvreté, la brièveté de sa vie et son impuissance. La chair c’est le milieu dans lequel l’homme vit par sa nature : un espace de péché, de mortalité, de mort. Une existence sans Dieu, non libérée, sans communion avec le Christ, une existence où on se suffit.
Esprit : c’est la force de Dieu, une force qui habite, travaille l’homme. Un milieu pénétré de Dieu. Celui qui vit selon l’Esprit est agréable à Dieu, appartient à son monde, à son Royaume. Jésus fut le premier à avoir vécu une vie entièrement inspirée par Dieu, il possédait la plénitude de l’Esprit qui nous fut révélée au moment de son baptême par Jean.
Le baptême nous fait participer à ce même Esprit de Dieu puisque par le baptême nous sommes unis au Christ mort ressuscité.
Résumons : la chair c’est l’homme livré à ses seules possibilités humaines, à ses raisonnements, calculs, pulsions : l’esprit c’est l’être humain renouvelé, réveillé par l’Amour avec le Christ.

C’est une situation toute nouvelle que nous sommes invités à vivre. Ce nouveau statut dirions-nous, celui de l’Evangile est tellement innovant que Paul précise que par lui-même l’homme est incapable de vivre selon cet Evangile.
Deux réalités habitent ou co-habitent en nous et qui de fait s’opposent : l’Esprit et le péché (v. 8,9.17)
Que signifie donc : « vivre dans l’Esprit de Dieu » ? Il y a deux façons de vivre : l’homme détaché de Dieu qui donne la vie, qui est sous l’emprise de la chair et, celle de l’homme qui se laisse conduire par l’Esprit vivifiant de Dieu. Pas de demi-mesure ! Alors quoi ?
Nous sommes sauvés, c.a.d. ensevelis tout entiers en lui pour communier à sa puissance et cette puissance agit en nous au delà de ce combat, de cette tension que nous sentons en nous entre les deux forces : celle de l’Esprit et celle de la chair.

La vie de l’Esprit en nous n’opère pas de façon magique la transformation du désir. Et cependant, nous recevant de la gratuité de Dieu, nous sommes dans un mouvement continuel de transformation, dans la mouvance transformante de l’Esprit.
La vie dans l’Esprit est toujours cette rencontre-accueil de la gratuité, et donc toujours en mouvement : la rencontre de l’Autre qui justifie gratuitement, ne cesse de nous transformer.

v. 14 : C’est le mot « conduits » qui est important. A l’opposé d’une vie où l’homme est esclave de l’égoïsme (la chair) la vie chrétienne est une vie où les croyants se laissent diriger et mouvoir par l’Esprit qui habite en eux : l’Esprit est donc celui qui est à la source de l’agir les chrétiens, celui qui anime leur vie par l’intérieur.
La vie des croyants c’est tout le contraire d’une vie d’esclaves qui ont peur, mais bien une vie d’enfants de Dieu, vivant dans la confiance qui leur permet de dire en vérité à Dieu : « Père »

v. 16 : L’Esprit de Dieu lui-même donne une valeur juridique (« atteste ») à cette expérience d’une nouvelle relation à Dieu. Il s’agit d’une certitude profonde.

Le verset 17 va jusqu’à parler d’ « héritiers ». La conclusion du raisonnement de Paul est audacieuse : Christ et nous, nous avons les mêmes droits, nous partageons l’avoir même de Dieu ! Or l’héritage de Dieu, c’est Dieu même !
Notre héritage ne nous donne aucun droit sur un quelconque Evangile !
L’Esprit reçu comme une grâce qui loin d’engendrer la peur fait de nous des fils et nous appelle à la liberté, à l’initiative, à la responsabilité. Il nous suffit de mener à terme le combat de souffrance que Jésus a mené.

Voilà tout le trajet que fait l’appropriation du salut obtenu en Jésus.
Nous sommes appelés à devenir fils : nous le sommes déjà à part entière …
Voilà le trésor de celui qui s’approprie le salut obtenu en Jésus. L’Alliance nouvelle scellée en Jésus Christ permet à celles et ceux qui ont reçu l’Esprit d’être des fils. C’est à dire d’oser proclamer « abba », Père, Papa !
Fils, en relation avec le Père : c’est l’Esprit qui rend cette relation d’amour possible.
Cette réalité est signifiée dans le signe de croix. La croix c’est ce lieu où nous pouvons entrevoir le mystère de Dieu. La croix éclaire par des mots notre baptême, et le signe de la croix devient pour nous la vraie révélation de la Trinité.

Cette fête de Pentecôte nous oblige à nous poser des questions fondamentales. Sommes-nous pour une religion de principes, et donc de la peur, ou pour une religion de tendresse, de la communion, de relation Père –fils ? Cette promesse de participer à l’héritage du Christ, comment est-elle source de joie, d’espérance, de don de nous-mêmes en vue de bâtir un monde autre ?

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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