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Noël - Une venue spirituelle de Guerric d’Igny

GUERRIC D’IGNY

UNE VENUE SPIRITUELLE

Il arrive que, dès avant son avènement, le Seigneur vienne à vous, et qu’avant de venir pour le monde entier, il vous accorde une visite intime. “Je ne vous laisserai pas orphelins, avait-il dit, je m’en vais et je reviendrai vers vous”. Or la fréquence de cet avènement intime du Seigneur, pendant le temps intermédiaire entre le premier avènement et le dernier, varie selon le mérite et la diligence de chacun ; il nous rend conformes au premier et nous prépare au dernier.
Cet avènement spirituel, par sa place dans le temps et par une analogie de ressemblance, tient le milieu entre les deux avènements corporels. Intermédiaire, peut-on dire, il participe à la nature de l’un et de l’autre. En effet, le premier avènement a été caché et humble, le dernier sera manifeste et admirable. Or celui-ci est caché, certes, mais admirable. Je le dis à bon droit caché, non que celui qu’il visite l’ignore, mais parce qu’il lui advient secrètement. Mais celui-là même en qui il advient ne peut le voir avant d’en jouir. On ne le voit pas venir, on ne s’aperçoit pas de son départ ; c’est seulement lorsqu’il est présent, qu’il est pour l’âme et l’intelligence une lumière qui leur fait voir l’invisible et connaître l’inconnaissable.

Par ailleurs, comme cet avènement du Seigneur est admirable, quoique caché ! De quel doux et joyeux saisissement il suspend et ravit l’âme qui le contemple ! Comme tous les os de l’homme intérieur lui crient : “Seigneur, qui est semblable à toi ?”, ceux-là le savent qui l’ont éprouvé ! Quant à ceux qui ne l’ont pas éprouvé, puissent-ils avoir un vrai désir d’en faire l’expérience, pourvu que ce ne soit pas une curiosité téméraire qui les porte à scruter la majesté, au risque d’être accablés par la gloire, mais que ce soit un amour plein de respect qui les fasse soupirer après le Bien-Aimé, pour être accueillis par la grâce. “Car le Seigneur accueille les doux et abaisse les pécheurs jusqu’à terre, il résiste aux superbes et donne sa grâce aux humbles”.
Le premier avènement a donc été celui de la grâce ; le dernier sera celui de la gloire ; celui-ci est à la fois de grâce et de gloire ; il nous procure par la grâce qui nous console, comme un avant-goût de la gloire future. Si dans le premier, le Dieu de majesté s’est montré méprisable, et si dans le dernier il doit apparaître redoutable, dans cet avènement intermédiaire, il apparaît à la fois admirable et aimable : la condescendance de la grâce qui le rend aimable ne l’expose pas cependant au mépris, mais à l’admiration ; et la magnificence de la gloire qui le fait paraître admirable n’inspire pas la terreur, mais plutôt la consolation.
Moment merveilleux et tout aimable que celui où Dieu amour pénètre dans l’âme qui aime, où l’Époux étreint l’Épouse dans l’unité d’esprit, où elle se trouve transformée en cette même image qui lui donne de contempler comme dans un miroir la gloire du Seigneur. Qu’ils sont heureux, ceux dont l’ardente charité a déjà mérité d’obtenir cette faveur ! Mais bienheureux aussi ceux dont la sainte simplicité peut espérer de l’obtenir un jour.

Sermon 2 pour l’Avent, 3-4.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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