Noël

Noël

Noël ! Après la fête, le monde des affaires va compter les billets du tiroir-caisse. Les associations humanitaires vont évaluer les rencontres organisées pour donner un peu de chaleur humaine aux personnes les plus défavorisées. De leur côté, les curés de paroisse auront noté la fréquentation des églises. .

Cette année je me suis intéressé à St Joseph. Comment a-t-il passé Noël ? Dans un sanctuaire où il est particulièrement honoré, la question n’est pas déplacée. Si son rôle est second, il n’est pas secondaire. Il a en charge une épouse et son enfant et il se trouve dans une situation difficile.

Mon regard s’appuie sur une icône réalisée par le frère Omer, un Cistercien qui a exercé son ministère au monastère de la Coudre à Laval.
Au centre de l’icône, il y a Jésus. Nouveau-né, il dort dans une mangeoire d’occasion. Tout près de lui, Marie allongée se repose. Les anges chantent et jouent de la flûte…, mais c’est dans le ciel !
Dans le coin en bas à gauche, il y a un homme jeune, Joseph, l’époux de Marie. As-sis, les jambes semi-allongées, il est fatigué. Il n’a trouvé que cette grotte à la sortie de Bethléem pour abriter la naissance. La mère et l’enfant vont bien. Des bergers sont venus. Ils ont vu… ils sont repartis… et ils racontent !
Le visage de Joseph est soucieux. Des rides barrent son front. Il n’est pas possible de rester dans cette grotte. Les pieds bien à plat sur le sol, il a les yeux tournés vers le ciel. De sa main droite, il tend l’oreille et, de sa main gauche, il tient son bâton prêt à partir. Pour aller où ? Son attitude suggère une question : « Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? »

Joseph vit sa foi juive avec sérieux. Familier de la synagogue. Il y entend la Parole de Dieu et chante les Psaumes. A la longue, il en connaît quelques uns par cœur. D’où ma question : Quels sont les versets de psaumes (il y en a 150 !) qui ont pu lui venir spontanément à l’esprit pour préciser ses repères et trouver une solution ? Je vous en propose six, parmi beaucoup d’autres, que j’ai classés en trois catégories.

1). - Il y a des versets qui lui permettent d’affirmer sa foi. Un nouveau-né sur la paille ! Il n’est pas imaginable que Dieu se désintéresse de cette situation.
« Tu es la lumière de ma lampe, Seigneur mon Dieu, tu éclaires ma nuit. » (Ps.17, 29)
« Est-il un homme qui craigne le Seigneur ? Dieu lui montre le chemin qu’il doit prendre. » ( Ps 24,12)

2). Il y a les versets où il exprime son désarroi. Il n’a pas de solution.
« L’angoisse grandit dans mon cœur ; tire-moi de ma détresse. » (Ps. 24 17)
« Ne me laisse pas, ne m’abandonne pas, Dieu mon salut ! » (Ps. 26 9b,)

3). Et il y a des versets qui semblent avoir été trempés dans l’humour caustique. Ils sont tout à faits décalés par rapport à la situation.
« Le Seigneur est mon berger je ne manque de rien, sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer. » (Ps 22, 1)
« Magnifique, toi tu resplendis sur une montagne de butin. » (Ps 75,5)

Quand on traverse une épreuve, il y a des paroles de Dieu qui paraissent tout à fait inadaptées. Un exemple récent : au lendemain des attentats, à Paris, le 13 novembre, l’Eglise proposait à la messe le psaume 104 : « Chantez et jouez pour Dieu, redites sans fin ses merveilles. » On pouvait s’attendre à autre chose !

Au cœur de toutes ces paroles qui s’entrechoquent dans l’esprit de Joseph, il y a l’enfant. C’est lui qu’il faut sauver. Charpentier, Joseph a préparé le berceau à Nazareth. Un édit de l’empereur a contraint la famille à venir à Bethléem. Pouvait-il faire autre-ment ? Et Dieu n’a rien fait pour arranger les choses. Que Joseph se débrouille !
*
La situation de Joseph est finalement d’une grande banalité. Toutes les familles à travers les siècles se sont trouvées, un jour ou l’autre, affrontées à une situation qui a déclenché la question. « Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? »
Les familles qui ont vécu l’exode de 1940 ont des souvenirs. Aujourd’hui encore, tant de familles sur les routes ! Obligées de fuir leur pays, elles sont refoulées par les Bethléem d’aujourd’hui. Et combien de naissances dans des conditions précaires !
Pour trouver un chemin de sortie, chacune a ses repères : les proches de la famille, les relations et peut-être aussi une prière qui revient à la mémoire.

Dans notre société, Noël, est toujours une fête. Les réunions de famille, les repas plus soignés, les lumières, les cadeaux et les sapins, la crèche peut-être. Dans cette ambiance, l’irruption de Dieu dans l’humanité est toujours un événement actuel mais ne s’est-il pas fait trop insignifiant pour être pris au sérieux ? Et pourtant…

Qui aurait pu prévoir qu’un dénommé Bergoglio, venu d’Argentine, fils d’un émigré italien deviendrait le pape François, le 13 mars 2013 ? En 2015, une naissance sur 8 a eu lieu dans une zone de conflit (O.F. du 18/12 15 p. 2). Parmi les enfants nés ces temps-ci dans la précarité et parfois dans l’indifférence de l’entourage, il y a peut-être tels et tels qui seront appelés pour prendre en charge, d’une manière ou d’une autre, une humanité en dérive.
D. Boëton

L’icône de St Joseph est présentée tous les ans
dans la chapelle de St Joseph des Champs

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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