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Mystère du Jeudi Saint - Olivier Clément

Olivier CLÉMENT

MYSTÈRE DU JEUDI SAINT

Le Jeudi saint, avec le repas pascal et la trahison de Judas, nous rappelle à la fois le mystère du plus grand amour et celui d’une liberté non libérée qui s’engloutit dans la nuit.
Mystère du plus grand amour ! Le Christ, l’Adam définitif, nous communique dans l’Eucharistie une chair non plus mêlée de mort, mais vivifiée par l’Esprit. Il nous rend accessible sur l’arbre de la croix, le vrai fruit de vie. Le Christ apparaît parmi les hommes comme l’Amour en personne. De toute éternité, Il est un seul être avec l’Origine, le Père ; Il est un seul être, dans son humanité, avec chacun et avec tous. Car c’est humainement qu’il adhère à son Père, c’est humainement qu’il devient le Vivant en qui repose et d’où jaillit le Souffle.
Volontairement contenu en un point de l’espace et du temps, le Christ contient en réalité et transfigure en son humanité l’espace de la terre et le temps de l’histoire : "Car c’est en Lui qu’ont été créées toutes choses". Par son adhésion constante au Père, dans l’Esprit Saint, par son attitude en permanence eucharistique, Jésus fait devenir corps et sang de Dieu, son corps tissé de la terre, son sang où bat toute la vie du monde.
Alors rien, ni personne, n’est désormais séparé de lui. Il partage avec toi, dans le secret, le pain de la souffrance et le vin de la joie. Désormais, nous sommes donc en lui membres les uns des autres au sens le plus réaliste, comme les grains de blé sont dans le pain : “De même que ce pain rompu, autrefois disséminé sur les collines, ne fait plus qu’un, rassemble ainsi ton Église, des extrémités de la terre, dans ton Royaume”. Nous ne sommes pas seulement autour de Jésus, à sa table, nous entrons dans son Corps comme dans une ouverture de lumière, Nous entrons par son Corps dans la plénitude du Dieu amour ! “Comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi, qu’ils soient eux aussi, en nous”.
Le Jeudi Saint, mystère du plus grand amour, mais aussi celui d’une liberté non libérée qui s’engloutit dans la nuit. Tout est offert ; mais tout peut sans cesse être trahi. Le mystère de la trahison est situé par les Évangiles au cœur même de celui de l’amour. Judas quitte le lieu de lumière : "Ayant pris la bouchée, il sortit ; il faisait nuit !" Pourquoi ? “C’était un voleur”, dit saint Jean. Voleur de temps, car en bon activiste, il méprise les gestes d’amour gratuit, de beauté gratuite, comme celui de la femme qui oint d’un parfum coûteux les pieds de Jésus, et les essuie de ses cheveux. Voleur de puissance peut-être : pour certains exégètes, Judas aurait eu partie liée avec les partisans d’une libération guerrière et aurait voulu mettre Jésus à l’épreuve. Voleur d’amour, car par avarice d’argent, par désir d’efficacité, il confisque l’amour que lui mendie humblement le Dieu fait homme. “Voici, je me tiens à la porte et je frappe”.
Le pain est rompu, le vin répandu, Judas sort dans la nuit. Le dernier repas anticipe la croix. Mais la croix confirmera la plénitude, la croix certifiera que nous recevons à la table du festin, un germe de feu. Oui, à condition qu’en chacun de nous, Judas devienne Pierre et qu’à la question : “M’aimes-tu ?”, il réponde : “Seigneur, tu sais que Je t’aime”.

La Croix du 23 Mars 1978.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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