Luc 23,35-43

25 Novembre 2007
Solennité du Christ, roi de l’univers
34ème Dimanche du T.O. –C-
2 Sam. 5, 1-3 Col 1,12-20 Lc 23, 35-43

Arrivées en Terre Promise, vers 1200 avant J.C., les tribus d’Israël s’organisèrent comme elles purent avec une certaine autonomie.
Il fallait bien un chef dans chaque tribu. On les appela des « Juges »

Environ deux siècles plus tard, le désir d’être comme les pays voisins prit de la consistance. Il fallait un roi. A contre cœur, Samuel sacra Saül qui régna une vingtaine d’années.

On sait les crises violentes de jalousie qui empoisonnèrent les relations de Saül avec un jeune berger, David. Auprès de la foule, il avait plus de succès que le roi parce qu’il avait le tort de réussir tout ce qu’il entreprenait.
Mais David resta toujours correct à l’égard de Saül.

Saül, ayant fait une faute professionnelle, Dieu se désintéressa de lui et David devint l’élu du Seigneur. Chef de bande, il passa dans l’opposition armée. Saül mourut, un de ses fils lui succéda… et la guerre continua.

En habile politique, David s’installa à Hébron. C’est une ville de la tribu de Juda, sa tribu d’origine, et c’est là que se trouvent les tombeaux d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et de Joseph, les tombeaux des ancêtres ! Bonne références !
A Hébron, il fit reconnaître sa royauté par ses partisans.

Au détour d’une déclaration bienveillante sur les honneurs rendus à la dépouille mortelle de son ennemi Saül, David rappela incidemment aux gens du Nord qu’il était roi de Juda.(2 Sam 2,7).
Le peuple du Nord était las de la guerre. Quand le fils de Saül fut assassiné, une délégation vint à Hébron pour rencontrer David et lui proposer d’être le roi et des tribus du Nord et des tribus du sud. L’unité du pays était amorcée sur un fond de réconciliation.

Deux remarques 1). La Bible donne beaucoup d’importance à un événement qui concerne une infime partie de l’humanité. Que représentent les agitations de quelques tribus de Palestine au regard de la terre entière ? Une graine moutarde ! Il faudra suivre son développement.
2).Alors que le réflexe des peuples est de lutter pour conserver ou retrouver leur indépendance, on peut s’étonner de voir quelques tribus venir spontanément se soumettre à un roi qu’ils ont combattu jusqu’ici.
*
Et maintenant regardons l’évangile.
Au temps de Jésus, la Palestine est devenue un petit canton (toujours indocile) de l’empire romain. La menace du désordre est un argument dont les autorités religieuses et impériales vont se servir pour éliminer un individu dangereux.
Charpentier de son état, Jésus a exercé son activité dans une bourgade négligeable, et il met, dit-on, l’ordre public en danger. Il est condamné à mort.
Quand il est crucifié, chefs religieux, soldats et un des bandits crucifiés près de lui improvisent un concert de moqueries.

Un écriteau indiquait aux passants le motif des condamnations. Celui qui est apposé sur la croix de Jésus dit ceci : « Celui-ci est le roi des juifs ». Les autres on ne sait pas ce qu’ils ont fait ni qui ils sont. Ils ont tous perdu leur identité.
Il est plus important pour les badauds de connaître le motif du délit que le nom du délinquant. Le message est clair. Il est interdit de se déclarer roi des Juifs à Jérusalem ; du moins tant qu’il y a un empereur à Rome.

Et pourtant, sous les pancartes se produit une chose étrange. Les mains et les pieds cloués au bois de la croix, aucun geste n’est possible pour personne.
Tout est dans le souffle d’une parole, une parole qui va créer un monde nouveau.

Un des bandits redonne au crucifié du milieu une identité en l’appelant par son nom. « Jésus ». Immergé dans un océan de haine, il écoute ce bandit.
*
Remarques :
Cette exécution de routine ne dérangea pas davantage de monde dans l’empire romain que n’en avait fait autrefois le sacre du roi David. Dans les deux situations, il y a une démarche volontaire suivie d’une réconciliation qui introduit dans un monde nouveau.

Il y eut beaucoup de sang versé avant que les tribus du nord viennent reconnaître David comme roi. C’était des luttes entre frères de race et voilà qu’ils se souviennent : « Nous sommes du même sang que toi. »

Au Golgotha, un bandit avoue à son complice : « Après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. » Et s’adressant à Jésus. « Souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton règne. »
Parler de royaume inviterait à penser à un territoire. Parler d’un règne invite à penser à la personne qui exerce une autorité reconnue. Le bandit aurait sûrement voulu que la police impériale l’oublie. Il souhaite que Jésus se souvienne malgré la distance qui le sépare de Jésus : « Lui, il n’a rien fait de mal »
Tous les deux font partie de la même humanité. Ils sont du même sang.
*
Ces deux événements mettent en relief les deux piliers du Règne que Jésus inaugure : la volonté de l’unité et la réconciliation dans la vérité.
Le règne en est toujours à ses commencements. Juste avant de mourir, le bandit devient disciple. Le soir même, il sera au paradis.

Pour reconnaître ce règne et devenir disciple, il suffit de se tourner vers le Christ avec le poids de notre vie. Et peu importe qu’il soit énorme.
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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