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Le temps des moines

Extrait du livre de Danièle Hervieu-Léger disponible au magasin sur commande :

« Le temps des moines, Clôture et hospitalité »

Aux éditions Puff

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Pages 629 à 631 « … L’apprivoisement de la mort
En arrière-plan des bénéfices affectifs, psychologiques ou esthétiques associés à la rencontre de cette « vie en ordre » donnée à partager dans le cadre monastique, cette « guérison du temps » est rarement sans lien, du côté des visiteurs et des hôtes, avec la découverte du rapport apaisé que les moines travaillent à entretenir avec la mort.
Il arrive que cette perception soit directe : c’est le cas, par exemple, lorsqu’il leur est donné d’assister aux funérailles d’un frère et d’éprouver la confiance tranquille qui en marque en général la célébration. Cette découverte passe aussi par des conversations avec des moines ou par des observations : celle, en particulier, de l’attention privilégiée que les communautés réservent partout à leurs membres invalides ou les plus âgés 1. Ainsi, à propos d’un père très âgé et grabataire dont la présence est forcément lourde à porter pour une communauté très réduite en nombre, et que l’on avait suggéré, au sein de l’ordre, de placer dans une maison adaptée, le père joseph Deschamps, abbé de l’abbaye de Port-du-Salut, réagissait vivement à cette suggestion : « C’est impensable pour nous ! Il fait partie de nous et même, il nous rassemble. » De façon générale, cette familiarité apaisée avec la grande vieillesse, qu’un moine qualifia devant moi d’« apprivoisement de la mort », entre pour une part importante dans le sentiment d’un « apaisement de la vie » dont font état beaucoup de ceux qui fréquentent les monastères. Cet effet de pacification est particulièrement souligné par des personnes sous le choc d’un traumatisme émotionnel violent (perte d’un proche, expérience professionnelle bouleversante, accident grave, dépression, etc.) qui recourent aux monastères, et y sont en règle générale volontiers accueillies, quoi qu’il en soit de leurs croyances religieuses, de leur situation matrimoniale, de leur orientation sexuelle ou de la nature des drames vécus par eux.
Il y a quelque chose d’une cure cathartique dans cette cristallisation du désir d’alternative que produit l’expérimentation, par des tiers, d’un temps monastique qu’ils n’aspirent évidemment pas à partager leur vie durant : un effet de cristallisation qui opère parce qu’au sein de cette écologie de la lenteur sous la forme de laquelle se présente le régime monastique du temps, toutes les autres dimensions concrètement structurantes de la vie monastique peuvent (idéalement au moins) faire système. … »
1. Cette dimension est particulièrement bien mise en évidence dans le documentaire ethnographique en quatre films, réalisés par des chercheurs de l’El-JESS et du CNRS, « Portraits de moines » réalisés à l’abbaye de la Grande Trappe [http://vimeo.coml album/25 69002J.

Pages 665 à 667 « … - La petite communauté trappiste de Port du Salut en Mayenne, pratique elle aussi une hospitalité très ouverte à l’égard de personnes sans domicile fixe - « nos passagers » dit le père abbé -, à la dis - position desquelles elle a installé un logement hors hôtellerie. Elle a connu également quelques épisodes pénibles : bagarres, locaux plus ou moins saccagés, personnes tentées d’accaparer durablement le lieu, etc. Ceci n’a pas remis en question la pratique d’un accueil qui fait système avec le choix de cette communauté, réduite en nombre mais dont la cohésion est forte, d’agir comme un « ferment » dans un environnement local et ecclésial avec lequel elle entretient de multiples liens, dans les deux sens.
Depuis que l’un d’eux avait tout cassé, il y a des personnes bénévoles de la paroisse qui viennent nous aider tous les matins et tous les soirs pour les passagers : nous en recevons 300 par an.
La disponibilité de la communauté a d’ailleurs déclenché, de plusieurs façons, des effets retour en renforçant fortement les liens avec les habitants du village : « Nous ne sommes plus, dit le maire, étrangers au monastère. » Des initiatives partagées avec la population locale - reconstitution de la « route des moines » dans le cadre des célébrations du second centenaire du retour des moines à Port du Salut sur un tracé défriché dans la campagne et que l’office du tourisme envisage désormais de pérenniser ; « Semaine verte », destinée à la remise en état d’une butte préhistorique située dans la clôture, ouverte pendant une semaine pour l’occasion ; accueil de manifestations musicales intégrées au festival des « Nuits de la Mayenne » (Cuivres en fête), etc. - attirent à chaque fois au monastère un nombre inattendu d’habitants de la région. Un ébéniste retraité de grand talent a installé un atelier dans les locaux de l’abbaye et propose des stages de perfectionnement professionnel ou d’initiation à des personnes intéressées, qui logent à l’hôtellerie.
Un projet de béguinage a été envisagé, sans succès pour l’instant, mais « qui reviendra », etc. Les circulations qui se condensent ainsi autour du petit noyau de la communauté et élargissent un réseau plus serré d’« amis de l’abbaye » (dont un « familier »), donnent à voir, dans des registres variés, quelque chose de cette « zone où nous nous tenions ensemble » évoquée à propos des activités musicales de l’abbaye par l’ancien abbé de Ligugé. Selon Dom Joseph Deschamps, abbé de la trappe de Port du Salut - qui fut lui-même, avant d’entrer au monastère il y a vingt ans, père blanc chez les Dogons du Mali pendant de longues années -, c’est la pratique d’un « monachisme hospitalier » qui seule peut donner son sens complet, au-delà de la communauté, à la fois à la « vie simple et sobre » menée par les moines et à la vie de prière qui en est la justification ultime. … »

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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