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Le Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ.

Hébreux 9, 11-15

11 « Le Christ, lui, survenu comme un grand prêtre des biens à venir, traversant la tente plus grande et plus parfaite qui n’est pas faite de main d’homme, c’est-à-dire qui n’est pas de cette création,
12 entra une fois pour toutes dans le sanctuaire, non pas avec du sang de boucs et de jeunes taureaux, mais avec son propre sang, nous ayant acquis une rédemption éternelle.
13 Si en effet du sang de boucs et de taureaux et de la cendre de génisse, dont on asperge ceux qui sont souillés, les sanctifient en leur procurant la pureté de la chair, 14 combien plus le sang du Christ, qui par un Esprit éternel s’est offert lui-même sans tache à Dieu, purifiera-t-il notre conscience des oeuvres mortes pour que nous rendions un culte au Dieu vivant.
15 Voilà pourquoi il est médiateur d’une nouvelle alliance, afin que, sa mort ayant eu lieu pour racheter les transgressions de la première alliance, ceux qui sont appelés reçoivent l’héritage éternel promis. »

A propos de cette lecture.

Le Père Van Hoye dit très bien que l’épître aux Hébreux a un style à part qu’on peut considérer comme celui d’un sermon soigneusement composé dont l’auteur ne dit pas son nom. Il ne semble pas écrire mais il parle. Son style est plus réservé et plus modéré, tout différent de celui de Paul.
L’épître aurait été écrite dans les années qui précédèrent la destruction du temple. « Son apport doctrinal consiste avant tout dans la présentation sacerdotale du mystère du Christ. » TOB. Dans la nouvelle Alliance, le Christ réalise ce que le prêtre de l’Ancienne Alliance ne pouvait pas faire.
Dès le verset 11 de la péricope de ce dimanche, reprend en antithèse, le contenu des versets précédents, 8-12 ; tout change : autre prêtre : grand prêtre des biens à venir ; autre tente : elle n’est plus faite de main d’homme ; autre sang : non plus le sang des boucs mais le propre sang du Christ.
Dans ce changement l’efficacité est affirmée, le Christ est entré une fois pour toutes dans la Tente, il est la voie d’accès pour entrer en rapport avec Dieu et pour y arriver il est l’offrande sacrificielle.
La tente plus grande et plus parfaite c’est le Christ dans laquelle nous devons entrer pour trouver l’union à Dieu. L’existence de ce nouveau moyen d’accès est inséparable de l’offrande sacrificielle du Christ : c’est avec son sang propre qu’il entre dans la tente.
C’est le Christ qui a constitué cette tente : son humanité prend la place de la première tente dont le rôle était d’introduire au sanctuaire. La tente c’est son humanité par laquelle il nous introduit au sanctuaire.
Dans les chapitres centraux de l’épître, 8 à 10, ce sujet est traité plus spécialement. Une comparaison détaillée y est faite entre le culte ancien et l’activité sacerdotale du Christ. Ici comme partout dans l’épître, la grande question est celle de l’accès à Dieu. A cette aspiration fondamentale « Dieu, toi mon Dieu, je te cherche, mon âme a soif de toi... » Ps. 63, 2, des obstacles s’opposent.
Le peuple fragile et pécheur a conscience de la distance qui le sépare du Dieu très saint. C’est le rôle du grand-prêtre de franchir cette distance et d’établir la communication. C’est ce que Christ effectue de manière efficace.

Mais l’homme n’est pas simplement éloigné de Dieu. Par le péché, il a offensé Dieu et il s’est souillé lui﷓même, de sorte qu’il n’est plus en état de se présenter devant Dieu.
En plus de la distance à franchir, il y a un pardon à obtenir et une purification à effectuer.
A cette situation, comment le culte ancien faisait﷓il face ? Quelle portée avait la démarche du grand﷓prêtre ?
Notre auteur note qu’elle se situait à un plan terrestre et y restait confinée. Le sanctuaire érigé selon les prescriptions de la Loi ne pouvait être réellement la maison de Dieu qui n’habite pas en des constructions humaines.
Il n’était, en fait, qu’un symbole. Et ce symbole, par sa disposition même et par les lois qui y réglaient les cérémonies, révélait un sens négatif.
La Tente de l’Exode, comme ensuite le Temple de Jérusalem le sera, était divisée en deux parties, dont la seconde constituait le sanctuaire proprement dit, la première n’étant, en somme, qu’une antichambre : seule cette première partie était généralement accessible. L’entrée de la seconde était soumise à des restrictions très sévères : il n’était permis à personne d’y pénétrer, sauf, une seule fois par an, au grand﷓prêtre, et il devait alors se munir de sang sacrificiel pour faire l’Expiation. Après cette liturgie solennelle, le chemin du sanctuaire se refermait de nouveau complètement.

De cette réglementation inspirée par Dieu, notre auteur observe qu’elle manifestait l’inefficacité de la démarche du grand﷓prêtre. Le but était d’établir une communication entre le peuple et Dieu. Mais puisque à la fin de l’action liturgique, les mêmes restrictions restaient imposées, les mêmes incapacités reconnues, il est clair que la communication n’avait pas été établie, ni la distance franchie. L’action liturgique n’était qu’une sorte de mime impuissant. Le grand﷓prêtre ne frayait pas le chemin jusqu’à Dieu 9, 8.

La raison de cet échec se trouvait dans les rites eux﷓mêmes, dépourvus d’efficacité véritable. Ce sont, dit l’auteur, des « rites de chair » c’est﷓à﷓dire des rites purement extérieurs. Entre le grand﷓prêtre et les sacrifices qu’il offre, il y a une distinction nécessaire : un homme ne peut pas s’offrir lui﷓même, car il est souillé et par là indigne d’être offert à Dieu. Le grand﷓prêtre cherche donc, hors de lui﷓même, un être qui ne soit pas souillé : le rituel lui dit de prendre un animal « sans défaut et de l’offrir.

Mais de tels « dons et sacrifices ne peuvent obtenir le résultat souhaité qui est de faire agréer par Dieu le prêtre lui﷓même. Ils sont en effet impuissants à transformer intérieurement celui qui les présente, quelle que soit la perfection extérieure des cérémonies. 9, 9.
Il est impossible que du sang de taureaux et de boucs enlève les péchés. Marqué d’une irrémédiable extériorité, le culte ancien ne renouvelait pas profondément et ne pouvait donc pas l’établir dans une relation authentique avec Dieu.

C’est à cette situation sans issue que le Christ vient porter remède.
Son offrande est bien différente : elle est spirituelle, personnelle, ce n’est plus un sacrifice rituel. La dimension spirituelle de l’offrande du Christ assure à son sang le pouvoir d’agir au plus profond de l’homme en purifiant les consciences.

La grande nouveauté est que le Christ s’est sacrifié lui même : il est celui qui offre, le prêtre, et aussi celui qui est offert, la victime. Alors que pour le grand﷓prêtre, il y a une nette distinction entre les rites accomplis et son existence personnelle.
Pour le Christ son l’offrande est inséparable du drame de son existence.
Son offrande a commencé dès le début de sa vie dans sa prière : « voici Père que je viens faire ta volonté. » Elle se poursuit jusqu’à sa prière au jardin des oliviers, prière qui jaillit de son combat contre la mort : « non pas ma volonté mais que ta volonté soit faite. »
Ce n’est pas un rite extérieur, mais la réalité de sa vie, et de sa mort qui fait le cœur du sacrifice. Car, étant sans tâche, le Christ n’eut pas besoin de chercher une victime sacrificielle, il s’est présenté lui-même. Et c’est par la certitude de l’Esprit qui est en lui qu’il se sait aussi prêtre capable d’offrir son sacrifice.
« Selon la conception antique il fallait un feu venu du ciel pour rendre la victime agréable et agrée par un Dieu. Ici il y a en Lui l’Esprit éternel et pas besoin de feu ».

Ce sacrifice personnel était possible, parce que, à la différence des grands﷓prêtres, le Christ était une victime sans défaut, 9, 14, le sacrifice du Christ n’a pas été extérieur à lui mais personnel.
Aucun péché ne le souillant intérieurement, le Christ pouvait donc se présenter lui﷓même à Dieu et être agréé : le Christ s’est offert, dans la plénitude﷓ de l’Esprit, 9, 14. Voyant que l’extériorité des sacrifices anciens ne pouvait plaire à Dieu, il se présente lui﷓même spontanément pour accomplir avec amour la volonté de son Père : Tu n’as agréé ni holocaustes ni sacrifices pour le péché, alors j ai dit : Voici, je suis venu... pour faire, Dieu, ta volonté, 10,6﷓7.

Ce sacrifice parfaitement intériorisé n’en fut pas moins réel. Il n’est pas resté au plan des intentions, ni ne s’est contenté d’une expression symbolique. Il a pris la nature humaine tout entière ; il s’est réalisé par la souffrance et la mort. Là encore, c’est une nouveauté : le rituel ancien ne donnait pas de valeur particulière à la mort de la victime et ne pensait même pas à parler de souffrance. La mort était une condition préalable ; ensuite avaient lieu les rites proprement dits (gestes d’offrande, rites du sang, combustion). Mais le sacrifice du Christ consiste dans ses souffrances et dans sa mort.
Il consiste, plus exactement, dans la transformation de la souffrance et de la mort. Car, telle qu’elle s’imposait aux fils d’Adam, la mort n’apportait rien de bon ; elle ne faisait qu’accentuer leur séparation d’avec Dieu, Ps. 6, 6 ; Is. 38, 18. La merveille du mystère du Christ, c’est qu’il a pris notre mort de pécheur et par un pur mouvement d’amour pour nous, il l’a transformée en sacrifice qui mène à Dieu.
L’événement –sacrifice de Jésus n’est pas un événement qui passe, s’efface mais il établit au contraire, « une fois pour toutes » une réalité nouvelle cad l’entrée de l’humanité dans la gloire du Christ.
C’est cette réalité nouvelle qui rend possible le culte authentique et épanouit l’existence chrétienne. Du même coup c’est le sacrifice du Christ qui redresse toutes les situations.

Pour terminer reprenons quelques notes du Père Van Hoye : « la Passion est un véritable sacrifice d’alliance par sa nature profonde. […] La Passion est fondée sur l’existence réelle d’une double relation : Jésus est fils de Dieu, Jésus est frère des hommes et elle ne tend à rien d’autre qu’à porter cette double relation jusqu’à ses dernières conséquences. […]
Sa Passion a ainsi scelle dans la mort sa solidarité avec nous et sa glorification, qui n’annule pas la Passion mais en manifeste la valeur sur le plan divin, consacre à jamais cette solidarité, donnant au Corps du Christ le pouvoir de s’agréger les multitudes humaines ».

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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