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La vie radicalement nouvelle des ressuscités

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32ème Dimanche du T.O. – C

2 M. 7, 1-2, 9-14 2 Thes. 2, 16a à 3, 5 Lc 20, 27-38

Au 4ème s. avant J.C., les Grecs ont conquis tout le Moyen Orient. Ils étaient conduits par Alexandre le Grand. A sa mort, son royaume est partagé entre trois de ses généraux.
Après avoir été occupée par l’Egypte, la Palestine se trouve rattachée à la Syrie.

Dans la culture grecque, on ne sépare pas religion et politique. Les juifs dispersés à travers le monde ont su assimiler les éléments de la pensée grecque compatibles avec leur foi et rejeter le reste. Par contre, ceux de Palestine ont fait bloc et conservé l’intégrité de leurs habitudes. Cela ne pouvait pas durer.

Au 2ème avant J.C., devant la menace des armées romaines, les rois syriens font l’union sacrée autour d’une idée simple : la même religion pour tout le royaume. Et c’est là que nous trouvons le roi syrien Antiochus. Entre 170 et 167 avant JC., il veut contraindre les juifs de Palestine à renoncer à leurs traditions.

Certains prennent le maquis. Leur résistance aboutira à la renaissance provisoire d’un Royaume en Israël. D’autres se laissent aller. D’autres se font prendre et nous voyons aujourd’hui, face à Antiochus, une mère et ses sept garçons.

L’interrogatoire musclé est mené devant une assiette. Le choix est simple : ces prévenus vont-ils manger du porc, viande interdite, et donc renier leur foi pour adopter la religion d’Etat ? Le texte d’aujourd’hui nous propose la réponse des quatre frères aînés, en nous évitant le détail des tortures.

L’un d’entre eux fait une déclaration au nom de tous. Ils sont les héritiers d’une longue tradition. Ils sont prêts à mourir plutôt que d’abandonner la foi de leurs pères. Il y a des convictions dans la vie qui ne sont pas négociables. Antiochus n’a pas à se faire d’illusions.

Le deuxième frère est loin de l’attitude de Jésus qui demande à son Père de pardonner à ses bourreaux. Lui, il insulte le roi (scélérat !), et l’oppose à Dieu, le vrai Roi du monde. On sent que ce garçon aime la vie. On la lui arrache. S’il se défend, il insiste quand même sur une chose : la fidélité à Dieu, jusque dans la mort, le fera passer personnellement de la vie présente à une vie éternelle.

Le troisième semble plus coopérant. Il tend la langue et présente ses mains. Il anticipe l’évangile : mieux vaut entrer sans mains au ciel que d’aller avec ses deux mains dans la géhenne de feu. Il affirme que son corps ressuscité retrouvera son intégrité.

Le quatrième aussi anticipe la parabole de Lazare le pauvre, et du riche. Entre eux, une frontière est infranchissable. Antiochus ne sera pas du bon côté.
Réflexions. Dieu n’a pas demandé à Abraham de croire en la résurrection. Il lui a promis de faire une alliance avec un fils, Isaac, (Gen 17, 21) qu’il ne peut avoir.
Abraham a compris ce qu’il pouvait. Il a cru en cette alliance, en dépit des apparences contraires, et il nous est présenté comme le père des croyants.
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Les épreuves ont toujours été pour les peuples l’occasion de mûrir et de développer leur réflexion sur leur destinée.
Au fil des chocs de son Histoire, le peuple juif a découvert avec surprise que son Dieu était le Dieu des tous les peuples, qu’il n’habitait pas uniquement dans le temple de Jérusalem, que sans cesse, il l’a « relevé » (ressuscité) après les épreuves les plus dures.
Il a cru qu’une longue vieillesse entourée d’enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération était un signe de la fidélité de Dieu.
Mais alors, que deviennent ces Credo quand des jeunes acceptent de mourir plutôt que de renier leur foi. Comment la fidélité de Dieu va-t-elle répondre à la fidélité des martyrs ?
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Ce récit marque une étape importante dans le progrès de la foi d’Israël. Pour la première fois s’exprime l’espérance en la résurrection personnelle des martyrs. Dieu donnera sa vie éternelle à celui qui renonce à sa propre vie par fidélité.
Il sera auprès de Dieu, avec son corps recréé comme par une nouvelle naissance. Ce n’est pas le désir de perdre la vie qui anime le martyr. S’il consent à la perdre, c’est qu’il est animé par une conviction plus forte que la peur.
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La foi juive fera encore des progrès. La résurrection ne sera pas réservée aux martyrs mais à tous les justes. Jésus apportera un nouvel éclairage : la résurrection n’est pas la réanimation d’un cadavre. Tout, dans l’être humain, sera spiritualisé.
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La résurrection du Christ, (son retour auprès du Père avec son humanité) est l’aboutissement de la promesse d’alliance faite par Dieu à Abraham. Elle n’ajoute rien à la foi juive. Elle la porte à son sommet. Dieu n’est pas le Dieu des morts mais des vivants. Sa fidélité ne décroche pas avec le dernier soupir du fidèle.
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Pourquoi n’aurions-nous pas à faire dans notre vie le long chemin chaotique parcouru par le peuple d’Israël ? Les sondages disent que des catholiques pratiquants ne croient pas en la résurrection. Ils sont encore en chemin.
Nous avons appris la résurrection du Christ au catéchisme. La foi donne d’expérimenter dans notre vie, la fidélité de Dieu au cœur de ses silences, de ses absences, (ressenties comme monstrueuses), en attendant un nouvel horizon.

La résurrection de chacun sera l’accomplissement parfait de l’Alliance de Dieu avec chacun. En attendant, elle est une provocation quotidienne. La promesse de Dieu tient quand nous l’oublions et quand nous croyons qu’il nous abandonne.

D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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