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Jeudi Saint -Cène du Seigneur

Jeudi Saint

Homélie

On ne peut comprendre la Cène de Jésus qu’en la situant dans la tradition liturgique du premier Testament : ce n’est pas un acte nouveau indépendant de l’histoire du Peuple de l’Alliance.
Jésus institue l’eucharistie dans le cadre d’une liturgie juive.
Les liturgies juives célèbrent un événement, la sortie d’Egypte et une réalité, le peuple de l’Alliance est un peuple libéré.
La Pâque au temps de Jésus était aussi la fête du Renouveau- au sens de l’apparition du printemps. C’était la fête du passage de Dieu qui sauve son peuple, la fête de la liberté, de toutes les formes de libération.
Jésus inaugure une Pâque toute nouvelle qui est éternelle et annoncée depuis les débuts de la formation du peuple de Dieu.
Pour le peuple de Dieu remercier, louer, louanger, célébrer, magnifier, glorifier et bénir Celui qui, pour tous nos pères et pour nous fit tous ces signes, était une dette. Pour leur donner le pays de la promesse, Dieu les avait sortis de la servitude vers la liberté, de la détresse vers la joie, de l’idolâtrie à la foi, de la raideur de leur nuque à la confiance.
Cette Pâque toute nouvelle, quel sens allait-elle prendre ? et, dans quel but la célébrer ?
Jésus va parachever ce qui était commencé, le transformer et le porter à son sommet afin de rendre l’homme juste, saint, libre pour aimer comme il avait lui-même aimé son Père et les hommes, femmes et les enfants de sont temps.
Pour aimer, pour que l’homme puisse aimer, il lui faut être libre et le rendre libre.
La Passion et la mort-résurrection de Jésus constituent un même sacrifice qui rend possible ce passage, cette libération ; la nouvelle sortie de notre Egypte d’esclavage personnel vers la progressive liberté d’aimer.

Jésus vient apporter la dimension toute divine à cette libération : en s’engageant personnellement il donne l’exemple et nous invite à nous engager à sa suite.
Se libérer c’est tout simplement aimer cad : se déposséder de soi, donner tout ce qu’on a, se mettre à la dernière place, être serviteur de tous, perdre sa vie, aller jusque là !
C’est ce que Dieu fait et Jésus nous apprend qu’en voulant sauver sa vie on la perd mais en acceptant de la perdre on gagne tout.

Ce soir, avec le lavement des pieds, c’est Jean le disciple bien aimé qui nous fait entrer dans cette soirée ultime où Jésus ayant aimé les siens les aima jusqu’au bout, pour nous apprendre comment aimer jusqu’à la croix, s’il le faut : sachant que l’amour gratuit, l’amour-agapè comporte une part de souffrance parce qu’il nous dépouille de notre égoïsme, de notre orgueil dans l’amour humble et doux à l’image du Maître.
Jésus nous fait découvrir et comprendre cela dans un geste symbolique fort que Jean est seul à rapporter. Jésus lave les pieds de ceux qui ont parcouru avec lui les chemins et routes.

Quel est le sens d’un tel geste ? Quel rapport avec l’eucharistie ? Dans le lavement des pieds, nous allons découvrir le sens profond de l’eucharistie, ce que Jésus a vécu ce soir là, le secret du cœur de Dieu.
Jésus donne deux sens à son geste : le premier dans le dialogue avec Pierre et le second par une sentence adressée à tous.
Nous retenons avant tout la parole : « si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres. Car c’est un exemple que je vous ai donné, pour que comme moi je vous ai fait, vous fassiez vous aussi ». Mais ce que Jésus dit à Pierre a toute son importance et même fournit le fondement du commandement : « vous devez vous laver les pieds les uns aux autres »

Arrêtons-nous au refus catégorique de Pierre : est-ce de l’orgueil ? « Toi, Seigneur, tu ne me laveras pas les pieds » Est-ce sa haute estime de Jésus ? Il a certainement une très grande estime de Jésus, à qui il a dit un jour : « tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » Est-ce cette estime qui l’empêche de se laisser faire ou alors une fausse idée de Dieu. ?
Jésus dit deux phrases à Pierre qui refuse catégoriquement de se laisser laver les pieds par lui. La première : « ce que je veux faire…tu le comprendras plus tard ». Pierre ne peut encore comprendre. Et, comme pour insister, un peu plus loin Pierre va demander : « Seigneur où vas tu ? » « Où je m’en vais maintenant tu ne peux me suivre, tu me suivras plus tard »
Nous savons nous ce que veut dire ce « plus tard ». Pierre n’a pas encore vécu la mort-résurrection du Christ. C’est à cette lumière qu’il va pouvoir comprendre le geste de Jésus.
Pierre comprendra bien plus tard mais pour l’instant il s’en tient à un sens premier.
La seconde phrase, « si je te lave pas , tu n’auras pas de part avec moi…. » cad tu ne me seras plus associé, tu rompras avec moi. Avoir les pieds lavés par Jésus est une condition pour avoir part avec lui à la joie du Royaume. Le péché nous coupe de Dieu, des frères, mais Dieu espère toujours : « peut-être portera-t-il du fruit ».
Si Pierre persiste dans son refus catégorique d’être purifié il se coupera définitivement du Christ, il va briser l’espérance de réconciliation qui est en Dieu : « tu n’auras point de part avec moi »
Après la résurrection Pierre a compris le sens profond du geste de son Maître et l’a transmis à l’Eglise : il faut être lavé par le Christ. C’est lui seul qui peut nous laver, nous purifier.
Il suffit d’un seul bain pour être totalement pur.
Voilà qui donne sens total du geste : c’est l’offrande du Christ qui ouvre les portes du Royaume.
Et nous n’avons qu’une chose à faire : nous laisser aimer par lui, recevoir le salut qu’il inaugure symboliquement ce soir-là » FN 53-3

Arrêtons-nous au premier sens à savoir qu’à la suite du Christ il faille se laver les pieds mutuellement, se manifester l’amour mutuel.
L’amour mutuel que nous recommande le Christ trouve sa force, son sens, son origine dans le geste du Christ : il ne nous lave les pieds dans un but de propreté hygiénique mais ce sont les cœurs qu’il touche, qu’il rend purs afin de les rendre libres et qu’ils puissent déborder de son amour.
C’est le monde à l’envers : Pierre après un premier mouvement de révolte est invité à découvrir le Christ sauveur qui le touche, le guérit au plus profond.
Pierre semble avoir compris et dit : « Seigneur non seulement mes pieds mais encore les mains et la tête ». C’est de son cœur tout entier purifié par le Christ qu’éclatera l’urgence de l’amour qui se manifestera dans les services rendus les uns aux autres.
Quand Jésus dit « se laver les pieds les uns aux autres » il ne s’agit pas seulement d’un service à l’autre mais aussi accepter que l’autre me lave les pieds, me rende service.
Laver les pieds ce n’est pas faire la leçon, mais rendre de petits services humbles, cachés, discrets dont personne ne s’en apercevra et dont notre cœur purifié par le Seigneur nous aura fait découvrir la possibilité, la nécessité, l’urgence.

C’est un monde tout nouveau, sans dessus dessous, un monde invraisemblable qui est en train de naître.
A notre tour nous ne découvrirons le sens de l’eucharistie qu’en vivant le lavement des pieds, en étant fidèles à son commandement. Il ne s’agit pas d’imiter, de faire seulement mais d’entrer dans le Don d’amour que nous manifeste le Christ, et qu’il nous rappelle ce soir dans ce mémorial.
Que désire-t-on faire ? Rendre l’absent présent, proche de la vie des disciples et constituer la communauté des disciples de Jésus.
Cet amour fraternel à manifester, à vivre n’est pas facultatif mais nécessaire et constitutif de la vie de foi du croyant et de la communauté fraternelle.
L’eucharistie est l’acte fondateur par lequel l’Eglise se constitue : acte déraisonnable qui mettra les derniers à la première place et les premiers à la dernière place.
Oui c’est un monde insensé, bouleversé qui commence ce soir-là.
Etonnant de voir où Jésus place le bonheur : « heureux êtes vous si du moins vous mettez cela en pratique », heureux de ressembler au Seigneur, de participer à sa mission par de simples gestes, et services rendus.
Heureux parce qu’alors le disciple fera l’expérience de la présence du Seigneur.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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