Jacques 3,16-4,3

Jacques 3:16 - 4:4 16

Car, où il y a jalousie et chicane, il y a désordre et toutes sortes de mauvaises actions. 17 Tandis que la sagesse d’en haut est tout d’abord pure, puis pacifique, indulgente, bienveillante, pleine de pitié et de bons fruits, sans partialité, sans hypocrisie. 18 Un fruit de justice est semé dans la paix pour ceux qui produisent la paix. 4:1 D’où viennent les guerres, d’où viennent les batailles parmi vous ? N’est-ce pas précisément de vos passions, qui combattent dans vos membres ? 2 Vous convoitez et ne possédez pas ? Alors vous tuez. Vous êtes jaloux et ne pouvez obtenir ? Alors vous bataillez et vous faites la guerre. Vous ne possédez pas parce que vous ne demandez pas. 3 Vous demandez et ne recevez pas parce que vous demandez mal, afin de dépenser pour vos passions.

Jacques ne conçoit pas la vie chrétienne autrement que vécue dans le concret du quotidien au fil des événements.
La foi imprègne toute la vie, la transforme, l’illumine lui donnant le souffle de Dieu.
Il est donc pratiquement impossible de vivre comme autrefois. L’Evangile est la révélation d’une Sagesse toute divine dont l’amour est le cœur et lui donne tout son sens.
C’est justement de cette sagesse dont il est question dans cette péricope. Non plus la sagesse des Grecs, sagesse des hommes mais celle que Dieu a révélée à son Peuple tout au long de son histoire, Sagesse d’en haut, manifestée dans le Christ en son mystère pascal. Cette sagesse est don de Dieu.
Jacques s’en prend aux faux sages et afin de les distinguer des vrais. Il donne des critères pour reconnaître la vraie de la fausse sagesse (v14) celle qui rend amer, jaloux, prétentieux.
V16 : il en arrive au fléau qui ravage le monde et atteint la communauté : il parle d’abord de rivalités et de conflits. Tels sont les produits de cette sagesse d’en bas.
V17 La sagesse d’en haut, celle de Dieu produit des fruits de sainteté, de paix. C’est une sagesse d’amour qui a sa source en Dieu et produit des fruits d’amour, telle que la capacité de comprendre les autres, d’ obéir les uns aux autres, d’avoir pleine condescendance vis à vis des plus faibles et de leur donner toute leur place. Une telle sagesse est toujours en quête de faire le bien d’une manière spontanée et sans restriction de personnes.
Cette sagesse a horreur de tout faux semblant : l’amour ne supporte pas l’hypocrisie.
Le Christ meurt sur la croix en ne faisant pas semblant d’aimer :son amour va jusqu’au bout, jusqu’ à l’extrême. L’amour hypocrite n’est pas persévérant, il s’arrête très vite en cours de route et abandonne.
Jacques insiste sur le problème de la jalousie et des rivalités. Elles ne sont pas propres à son temps : dès le début du récit biblique nous trouvons la jalousie de Caïn qui trouve un rival en son frère et ne trouve pas d’autre solution que de le supprimer. Les frères de Joseph seront pris du même sentiment jusqu’à supprimer leur frère ; comme si la jalousie était inscrite au cœur de l’homme.
C’est une réalité qui encore aujourd’hui est à l’origine de nombreux problèmes dans notre société. Elle engendre la négation , la suppression si possible de celui qui empêche de vivre, de réaliser un projet personnel.
L’autre n’est-il pas au contraire celui-celle qui me fait exister, vivre en lui permettant d’exister et de l’aimer tel qu’il-elle est.
Pour Jacques ces comportements de jalousie et de rivalité relèvent du paganisme. L’Evangile du Christ nous introduit dans une toute autre vision de la vie et de l’homme.
« Il n ‘y a pas un bonheur païen et un bonheur chrétien, il y a deux manière de vivre le bonheur : la manière païenne et la manière chrétienne. Jusqu’ici nous étions sous le règne de la convoitise cad de l’égoïsme.. » M-N Thabut

Dans un second temps Jacques s’attaque à l’origine des méfaits de la sagesse d’en bas.
« Cette façon négative de désirer est désignée par le verbe « convoiter ». Elle s’inscrit sur le registre du voir, du visible, de ce qui relève de la sensibilité (les plaisirs) et entraîne le désir de la possession immédiate : prendre sans demander. D’autre part les plaisirs, objets de la convoitise ne sont pas des objets inertes mais des forces désordonnées qui mettent déjà en danger la cohésion de l’individu, avant de détruire celle du groupe. »Cah Evangile 61 pe43

D’où viennent les guerres ? Elles trouvent leur cause et leur origine en nous tous, dit Jacques. Chacun de nous est capable de déclarer la guerre, si petite soit-elle.
_ La tolérance et la compréhension n’ont pas été les vertus les plus manifestes au cours de l’histoire du christianisme !
Et la prière dans tout cela ? « Vous n’obtenez rien, dit Jacques, parce que vous priez mal ! » Comment comprendre cette affirmation ? Jésus a certainement « bien » prié et il a été crucifié. Notre prière est mauvaise parce que nous nous plaçons en face de Dieu comme des « ayant droit ». Nous revendiquons. Et si nous n’obtenons pas ce que nous demandons, nous faisons grève, nous ne prions plus ! Notre prière est mauvaise parce que nous réduisons Dieu à une idée, et notre foi à un savoir. Nous prions pour nous, pour avoir, pour renforcer notre pouvoir, pour que notre volonté soit faite. Il nous est difficile d’entrer dans la prière de Jésus, celle du Notre Père.

Or la prière, la vraie, est avant tout l’expression d’une capacité d’émerveillement face à un Dieu –Père, qui jamais ne donne une réponse à mes questions et qui cependant me fait vivre dans la paix. La vraie prière est une pauvreté qui se reconnaît telle et n’a d’autre chemin que de se recevoir de Dieu. Elle est faite de l’espérance d’accueillir et de vivre de cette sagesse de Dieu.
Notre prière ne sera prière en vérité qu’à partir du moment où nous osons croire que pour Dieu chacune et chacun est un être unique créé pour être heureux, créé à l’image de Dieu et donc fait pour l’amour.
Nous n’avons pas d’autre objectif que celui de demander de vivre pleinement dans l’amour donné et reçu.
Et dans cet amour se trouve le repos, la paix, fruit d’une sagesse intérieure reçue qui instaure entre nous des relations pacifiques, douces, conciliantes, telles qu’elles existent en Dieu lui-même.
Jacques ne parle pas de l’intervention de l’Esprit : la véritable Sagesse produit la justice cad l’ajustement au désir de Dieu dont le Christ et le modèle unique et l’unique référence.
Dans ces conseils Jacques nous bouscule en remontant à la source des nos rivalités et jalousies en vue de nous laisser guérir par Celui qui est notre Vie, notre Sagesse !

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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