JOIE AU CIEL

SAINT FRANÇOIS DE SALES

JOIE AU CIEL

Je lisais en la Vie du bienheureux Ignace, fondateur des Jésuites, que Dieu lui découvrit un jour le mystère de l’ineffable et très adorable Trinité, de laquelle vision il reçut tant de clarté et de lumière en son entendement qu’il en faisait depuis des discours les plus relevés qui se puissent entendre, se fondant de joie toutes les fois qu’il en avait le souvenir. Que si ce Saint reçut tant de consolation par cette vision, quelle pensez-vous doit être celle des Bienheureux en la claire vue de ce mystère ineffable ?
Or, non seulement ils voient Dieu, qui est en quoi consiste la félicité, mais encore ils l’entendent parler et parlent avec lui, et c’est ici un des principaux points de leur félicité. Mais quel langage est-ce qu’ils tiennent et de quel parler se servent-ils ? Leur parler et leur langage n’est autre que celui d’un père avec ses enfants, il est tout filial et plein d’amour. Car, comme ce lieu est la demeure des enfants de Dieu, aussi leur langage est-il tout filial et plein de dilection, puisque le Ciel est le lieu d’amour et que nul n’y entre qu’il n’ait la charité et qu’il n’aime Dieu. Et quelles paroles d’amour disent-ils ? Telles que celles-ci : "Tu seras toujours avec moi et je serai toujours avec toi ; je ne m’éloignerai jamais pour peu que ce soit ; tu seras désormais tout à moi et je serai aussi tout à toi ; tu es tout mien et je serai tout tien". De qui sont ces paroles ? Non d’autre que de Dieu même qui les dira au cœur de l’âme fidèle et bienheureuse, laquelle, par un amour réciproque, répondra ces gracieuses et douces paroles de l’Épouse : "Mon Ami est tout à moi et je suis toute à lui" ; il est à cette heure tout mien, et je serai désormais toute sienne. Si étant encore en cette vallée de misère, l’Épouse prononçait ces paroles d’amour avec tant de suavité, ô Dieu, quelle joie et quelle jubilation pensons-nous que sera celle des Bienheureux en ce dialogue qu’il feront en cette félicité ?
Là Notre Seigneur leur découvrira de grands secrets, il leur parlera de ce qu’il a souffert, de ce qu’il a fait pour eux. Il leur dira : "En un tel temps j’ai souffert telle chose pour vous". Il les entretiendra du mystère de l’Incarnation et Rédemption, leur disant : "J’ai fait telle chose pour vous sauver et attirer à moi. Je vous ai attendus tant de temps, allant après vous quand vous faisiez les revêches, vous contraignant par une douce violence à recevoir ma grâce. Je vous donnais ce mouvement et telle inspiration en un tel temps ; je me servis d’un tel pour vous attirer à moi" En somme il leur découvrira ses secrets jugements et les voies inscrutables qu’il a tenues pour les retirer du mal et pour les disposer à la grâce.
Saint Bernard était, comme vous savez, tout plein d’amour et grandement dévot à Jésus-Christ et à sa très sainte Mère, mais tout particulièrement à l’humanité du Sauveur, en sorte qu’il prenait un particulier plaisir de méditer son enfance. Étant un jour en l’église de Châtillon sur Seine, méditant la sacrée Nativité de Notre-Seigneur, son entendement et toutes ses facultés furent tellement englouties en la contemplation d’icelle, et avec tant de consolation et admiration, qu’il fut tout absorbé, demeurant quelques jours sans se pouvoir déprendre ni retirer, quelque violence qu’il se pût faire. Dès lors, en quel abîme, je vous prie, l’entendement de l’homme se perdra-t-il en la claire vue non seulement de la Nativité du Sauveur, mais de tous les divins mystères ?

Le livre des quatre amours, p. 88-91

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

Abbaye du Port du Salut - 53260 Entrammes | tél : (33) 02 43 64 18 64 - fax : (33) 02 43 64 18 63

 
>>>>