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J’ai mal à mon Eglise

J’ai mal à notre Église

Depuis plusieurs mois, l’Église traverse une période fort douloureuse. À l’intérieur : une Église humiliée, par certains de ses propres enfants, prêtres et même évêques ;

Déshonorée aussi, par un trop long silence... sur le silence de ceux qui auraient dû intervenir. À l’extérieur : une Église raillée, discréditée par le miroir grossissant et parfois déformant, des média. Dans la mesure où nous aimons notre Église, il n’est pas anormal d’en souffrir. C’est même le contraire ne pas souffrir qui serait anormal ! .
« .l’achève dans ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ
pour son Corps humilié qui est l’Église » Col 1,24

Voir son Église déshonorée, défigurée...
Alors que, peut-être, secrètement, nous aimerions appartenir à une Église de purs. Au moins, une Église sans trop de scandales à répétition !
***
Méditer sur l’évangile de ce jour pourrait bien apporter un petit rayon de lumière sur cette actualité bien sombre.
S’il fallait un titre pour notre méditation je suggérerais volontiers : « Un "sacré" examen de repêchage »
"Sacré" parce que c’est Le Seigneur lui même qui mène jeu !

Tout avait si bien commencé, lors d’une première pêche miraculeuse, en saint Luc Pêche, à l’issue de laquelle Jésus invitait à le suivre... Et Luc précisait : « Laissant tout, ils Le suivirent. » Luc 5, 11 Ils avaient si fidèlement, si loyalement suivi Jésus durant tout son ministère ; Jusqu’à son arrestation, à Gethsémani.

Qui donc étaient ces Douze, choisis, sélectionnés par Jésus lui même ?
Eh, bien ! Les circonstances de l’arrestation de Jésus vont le révéler
Un traître, Une bande de fuyards, un renégat !
Certes, ils ne sont pas QUE cela ! Ils ne sont pas D’ABORD cela !
Mais ils sont cela AUSSI : faibles, fragiles, faillibles...
C’est là, frères et sœurs, le premier germe de l’Église, notre Église.
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Nous devons reconnaître le courage de Benoît XVI,
Affirmant et exigeant une « tolérance zéro », à propos de la pédophilie.
« Tolérance zéro ! » lors de la période de discernement et de formation dans les séminaires...
« Tolérance zéro ! » lorsque des cas nouveaux seraient avérés dans ce domaine...
Il faut s’en réjouir, il faut s’en féliciter ...Certains disent : « Enfin ! »

Mais en même temps, quand on réfléchit au choix des Douze disciples par Jésus lui-même,
On peut, légitimement, se poser des questions !
Sans doute, Jésus avait annoncé la couleur
la CROIX serait au cœur de son programme !
-  la CROIX serait LE cœur de son programme !
Mais, Jésus n’aurait-il pas dû, quand même, les avertir
« Les gars, je vous préviens, dans mon équipe ce sera `zéro défaillance !’ »

Nulle part les évangiles ne mentionnent cette mise en garde de Jésus. « Il savait, Lui, ce qu’il y a dans le coeur de l’homme » Jean 2, 25
Il savait la nature humaine faible, fragile, faillible...

C’est donc avec une certaine joie grave et cependant teintée d’humour que Jésus, après la résurrection, Vient « repêcher » ses disciples dans le lac !
Soudain, Pierre panique un peu : il est nu... Pierre réalise que son cœur est à nu devant le Seigneur, tout comme Adam après la faute. Du coup Pierre enfile un vêtement ...comme s’il pouvait ainsi, dissimuler les replis de son cœur. Mais on ne cache pas son cœur à Jésus !

Pierre, bien sûr, n’a pas oublié un certain feu de braises...
Là, devant ce feu de braises, pendant qu’il se chauffait ;
Pendant que commençait, à quelques mètres, un jugement inique et tragique,
Pierre, par trois fois, va affirmer solennellement
« Je ne connais pas cet Homme » Le 22, 57-60

Comme par exprès, un autre feu de braises attend Pierre sur le bord du lac !
Et là, devant ce feu de braises, à nouveau, par trois fois, Pierre va réaffirmer son amour à Jésus
« Seigneur, tu sais tout : tu sais que je t’aime. »

N’avez vous jamais prononcé des paroles brûlantes... Ardentes comme des braises ? Ce triple « Je t’aime », ça va lui brûler le coeur et les lèvres, Comme des morceaux de braises ; Comme ces braises qui jadis purifièrent les lèvres d’Isaïe (Is 6, 6-7) Lxvd )aiuav jean 78, 78 anthrakian anthracite De tout cela, QUELS ENSEIGNEMENTS POUR NOUS ?
1 Bon sens L’arbre qui tombe fait, en cinq secondes, plus de bruit que l’immense forêt qui nuit et jour pousse en silence pour le bien de la planète et de l’humanité... Le bien qui jour et nuit ruisselle à flots sur notre monde en gestation ne fait pas la une des journaux.
2 Réalisme Moi, frère Yvon, j e suis capable du pire Ce que Pierre a fait trahir je suis capable de le faire... Ce que des prêtres ont fait sur des enfants, je serais capable de le faire si je me trouvais dans des circonstances identiques, avec les mêmes blessures psychologiques. Des pères de famille ont parfois souillé la dignité de leurs propres enfants ! Chacun de nous est capable du pire.
3 Foi et espérance Que peut dire l’Église devant le monde et devant son Seigneur ? Elle peut dire avec l’épouse du Cantique « Je suis noire, mais je suis belle ! » Ct 1, 5 Je suis noire du péché de mes enfants, mais je suis belle de la beauté de mon Époux, de mon Seigneur. Le Salut que l’Église ose annoncer vient d’au delà d’elle même... Elle même a besoin de ce Salut.
4 Charité Quelle délicatesse et quelle exigence dans la manière que Jésus a de « ressusciter l’amour enseveli » de Pierre ! Aucun reproche à Pierre, mais une question,
LA question qui, en fait, brûle chacun de nous devant son frère, devant son conjoint, devant son prochain...
« Est ce que tu m’aimes ? »
Frère et sœurs, sommes nous prêts à entendre cette question de quiconque vient à notre rencontre « Est ce que tu m’aimes ? », avec toutes ses intonations, avec ses accentuations ?

Dernier retour au bord du lac : ça s’est passé il a vingt-cinq ou peut-être trente ans ! Un foyer de l’Arche de Jean Vanier fait un pèlerinage en Terre Sainte. Ce jour là au programme : le Lac de Tibériade, avec en soirée l’Eucharistie... L’évangile s’impose : celui de ce jour. Au lieu d’une homélie, une mise en scène, en particulier le dialogue entre Jésus et Pierre. Durant la petite répétition, une personne handicapée au visage très défiguré intervient ; elle insiste, insiste, insiste pour tenir le rôle de Jésus : on accepte ... et on répète. Arrive le moment de la mise en scène : et au moment de poser LA question, ça sort comme naturellement
« Est ce que tu m’aimes, COMME JE SUIS ? »

Homélie du 3e dimanche de Pâques-
Frère Yvon -Timadeuc

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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