Isaïe 3,1-10

1ère lecture : Esaïe 11/1-10

1 Un rameau sortira de la souche de Jessé, un rejeton jaillira de ses racines.
2 Sur lui reposera l’Esprit du SEIGNEUR : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de vaillance, esprit de connaissance et de crainte du SEIGNEUR.
3 —et il lui inspirera la crainte du SEIGNEUR. Il ne jugera pas d’après ce que voient ses yeux, il ne se prononcera pas d’après ce qu’entendent ses oreilles.
4 Il jugera les faibles avec justice, il se prononcera dans l’équité envers les pauvres du pays. De sa parole, comme d’un bâton, il frappera le pays, du souffle de ses lèvres il fera mourir le méchant.
5 La justice sera la ceinture de ses hanches et la fidélité le baudrier de ses reins.
6 Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau. Le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira.
7 La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits, même gîte. Le lion, comme le bœuf mangera du fourrage.
8 Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra. Sur le trou de la vipère, le jeune enfant étendra la main.
9 Il ne se fera ni mal, ni destruction sur toute ma montagne sainte, car le pays sera rempli de la connaissance du SEIGNEUR, comme la mer que comblent les eaux.
10 Il adviendra, en ce jour-là, que la racine de Jessé sera érigée en étendard des peuples, les nations la chercheront et la gloire sera son séjour.

A propos de cette lecture :

Les images traduisent souvent de façon plus compréhensible ce que de belles théories peuvent avancer. Ce texte d’Esaïe en témoigne, lui qui annonce le surgissement, l’inattendu hors du presque rien d’une souche ! D’emblée l’auditeur se trouve confronté à l’espérance de Dieu pour qui l’impossible devient possible.
Un rameau peut être un greffon ou une pousse. Esaïe pense-t-il aux deux significations ? Le greffon est docile entre les mains du jardinier lorsqu’il l’ente sur un vieil arbre afin que traversé d’une vie nouvelle, celui-ci produise à nouveau de bons fruits. Le greffon peut aussi être une bouture qui surgit d’elle-même d’une racine qu’on croyait desséchée.
La première interprétation signifierait que Dieu, le jardiner, applique une nouvelle ente de meilleure qualité sur le tronc qu’est la maison royale, annonce d’une initiative inédite de la part de Dieu en faveur de la maison de David.
Le mot hébreu « géza » signifie d’après les hébraïsants la souche restante d’un arbre abattu. C’est aussi tout le contexte de nos versets. Dans la continuité d’Esaïe 10/33 (« Voici que le Seigneur Dieu, le tout-puissant, jette bas la ramure avec violence : ceux qui sont de haute stature sont abattus, les plus élevés sont mis bas »), le prophète reconnaît l’incapacité de l’homme à bâtir une société nouvelle qui porte la marque de Dieu. Seul l’Esprit de Dieu, déjà présent lors de la première création, peut insuffler un esprit nouveau à ce qui en manque. _ La souche de Jessé, qui peut paraître image de mort recèle au contraire une vitalité insoupçonnée. L’arbre réduit à une seule souche est l’image de la désolation, le symbole de la maison de David anéantie au moment de la ruine du Temple. Pour accentuer l’image, le prophète ne parle pas du tronc de David-Roi, mais du tronc de Jessé, le père de David, quand toute puissance royale était encore absente.
Dieu est le Dieu des surprises, il gouverne le monde en y intervenant de façon imprévue. Il semblerait que le salut de Dieu ne se manifeste - par principe, pourrait-on dire - qu’à l’heure où tout recours humain fait défaut. Dieu se plaît à jouer le rôle de sauveur, mais en utilisant comme levier de son action quelque élément inattendu, si bien qu’à partir d’une situation sans issue, il reconstruit tout à partir de rien, de presque rien.
Le rejeton, image de vie, mais d’une vie insoupçonnée appelle l’idée de l’Esprit, du souffle qui, dans la Bible, est source de toute fécondité et de toute action. L’Esprit se pose sur le rameau non pour en prendre possession, sans plus, mais pour le mouvoir, pour le mettre en route. _ Esaïe en énumère toutes les qualités (que la liturgie de la confirmation reprendra). Grâce à l’Esprit, ce rejeton va sonner juste avec Dieu. La justice sera le baudrier de ses hanches et parce qu’il sonnera juste avec Dieu, la nature elle-même se réconciliera. Un tableau idyllique décrit les animaux réconcilies entre eux. Les plus féroces ont déposé toute agressivité. Aux yeux du prophète, les bêtes elles-mêmes bénéficieront de la paix apportée par le roi messianique. L’harmonie sera universelle.
La terre sera remplie de la « connaissance » du Seigneur, c’est-à-dire qu’elle vivra dans une relation d’intimité, d’épousailles avec Dieu, source de toute réconciliation, de toute paix. La non-violence qui habite le cœur de Dieu habitera également le cœur humain.
Cet oracle est né dans un temps de désarroi pour l’espérance d’Israël. Plutôt que de sombrer dans le catastrophisme, comme c’est encore le cas pour bien de paumés de la foi, le prophète invite à la joie. Il annonce une paix universelle, capable d’arracher les siens au fatalisme en leur proposant une espérance capable de mobiliser leurs énergies.
Aujourd’hui, rien n’est accompli encore de cette espérance. Il nous reste à continuer à demander la paix qui seul Dieu lui-même peut donner. A nous peut-être de faire tout ce qui dépend de nous pour résoudre les faux problèmes et les faux antagonismes.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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