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Homélie du Jubilé sacerdotal de Dom Joseph

Port du Salut 7 juillet 2013

Homélie.

Le juif religieux ne cesse de rendre grâce alors que l’homme moderne, ayant appris à se construire lui même, seul et à partir de lui-même, le fait de plus en plus difficilement.
L’homme biblique rend grâce pour le don de Dieu et pour Dieu qui donne gratuitement. Il dit merci à celui qui donne et pour le don qui lui est fait et qu’il reçoit ; le merci est double en quelque sorte. Le magnificat exprime cette double reconnaissance : celle qui reconnait les dons reçus et celle envers le Seigneur qui comble, les affamés, les pauvres… ; reconnaissance de la gratuité totale car « le Seigneur fit pour moi des merveilles, » pour moi la petite humble servante. Et pour bien se rappeler le don et Celui qui donne, l’homme biblique plante une pierre pour faire mémoire et ne pas oublier : que le don ne soit pas recouvert par le sable et oubliée sa trace !

Ces cinquante années furent pour moi, une histoire, une belle histoire, une histoire sainte avec Dieu et les hommes ; comme l’est chacune de nos histoires quand nous retrouvons Dieu qui chemine avec nous. On nous disait pendant notre formation théologique que nous allions signer « un chèque en blanc ». Cela ne me semble pas tout à fait juste, car pendant ces cinquante années, c’est Dieu qui a écrit avec moi. Ce fut une lettre d’amour et de sang, une lettre pas toujours compréhensible que nous avons écrit ensemble au cours des jours, des mois et des années pour arriver à cette cinquantième année.
Une histoire sainte dont les plus belles pages ont été celles où c’est Lui, le Seigneur, qui a pris le crayon, la plume, qui a pris ma main ; et nous l’avons écrite ensemble ou plutôt je l’ai laissé écrire : pas toujours ce qu’on aurait pu souhaiter mais certainement le meilleur pour nous. Des merveilles dont vous-mêmes peut-être et tant d’autres ont été témoins et bénéficiaires ; merveilles qui rendent la vie sacerdotale, missionnaire et monastique belle, au-delà de tous les ennuis et souffrances rencontrées. Des années durant lesquelles Dieu m’a manifesté son amour, sans toujours que je m’en rende compte et surtout durant lesquelles Dieu s’est fait connaître comme le Dieu d’amour, le Dieu qui sauve.
Comme dans un couple les époux apprennent à vivre ensemble, ces cinquante années à travers et au-delà de tous les événements furent une vie avec le Christ. Vivre avec Christ en vivant son Evangile, ce fut toute la trame de ma vie.

Je puis vous assurer que vivre avec le Christ n’a pas toujours été de tout repos : l’amour et la mission qu’il nous confie est exigeante et sans limites, mais jamais il ne nous abandonne.
La Guinée et l’expulsion ; le retour en Belgique et l’attente à Thy-le Château (Catho de Lille), avant de partir au Mali ; puis le départ pour le Mali à Bandiagara au sol rocheux, plus de 80% de cailloux ; forages de puits et construction de barrages ; la Belgique à nouveau, puis retour au Mali dans la plaine sablonneuse ; enfin en 1991 retour pour motif de santé à Ollignies, au service de l’aumônerie régionale Vie Féminine. L’appel à la vie monastique : Scourmont, puis Port du Salut… ; entrée en 96, profession solennelle en 2000, responsabilité en 2003, élection abbatiale en 2006, bénédiction le 30 avril….

Ces cinquante années furent la manifestation et la victoire de la FIDELITE de ce Dieu qui faisait route avec moi à travers les joies, les peines, les échecs, les réussites. Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui je ne le connais pas de la même manière qu’il y cinquante ans. Ce n’est pas lui qui a changé mais bien moi.
La vie avec Lui m’a profondément transformé, ainsi que le sens de ma vie et du sacerdoce qui au cours des années s’est approfondi et s’est calqué sur celui du Christ.
Comme pour les disciples d’Emmaüs, Christ a toujours été là, à côté, silencieux, m’invitant à relire avec lui les Ecritures, tentant vainement parfois de me faire signe ou me faire comprendre. C’était Lui qui marchait à côté, me réchauffant le cœur aux moments de découragements, ouvrant toujours un avenir, faisant déboucher toute souffrance sur la VIE.
Il faudrait parler de la souffrance et de la mort rencontrée tout au long de ces années.
Progressivement le Christ nous a fait comprendre que la croix est incontournable. Il nous a toujours invités à le rejoindre dans l’intimité de son mystère pascal. Ne fallait-il pas qu’avec lui nous passions par la souffrance, pour arriver à la Résurrection, à la paix, à la réconciliation. Personne n’aime la souffrance. L’homme a besoin de savoir que sa souffrance a du sens, que quelqu’un la connaît et la porte avec lui, qu’elle débouchera un jour sur autre chose que le néant.
Il veut que sa souffrance soit une souffrance de naissance, qu’elle porte du fruit et éclate en vie. Dans la seconde lecture de ce 14° dimanche, Saint Paul nous fait comprendre que la souffrance, si nous l’acceptons dans la foi et avec amour, entre dans le grand travail de la création nouvelle. Le Christ n’a jamais prôné la souffrance : dans l’évangile de ce jour, envoyant ses disciples à la moisson, c’est pour la guérison des malades qu’ils sont envoyés et pour proclamer la proximité du Règne de Dieu.

La croix est incontournable et heureux sommes-nous si nous avons pu l’intégrer dans notre vie, la vivre avec le Christ, être avec lui : « avec lui je suis crucifié », dit Paul.
En mourant sur la croix Christ crée un monde nouveau, un monde de fils de Dieu, un monde d’hommes qui peuvent vivre dans la liberté dans la fraternité.
Pour appartenir à cette création nouvelle il n’y a plus qu’un seul comportement nécessaire : aimer. Pour celui qui est en Jésus-Christ, la seule chose qui soit efficace c’est la foi agissant par l’amour.
En rentrant du Mali, pendant ma convalescence et faisant un bilan : il m’apparu clairement que l’essentiel de ma vie avait été d’aimer les gens, de leur faire connaître l’amour du Christ en essayant de répondre à leurs besoins les plus urgents non seulement de l’âme mais du corps : l’eau, la nourriture qui leur faisaient crucialement défaut sur le plateau rocheux de la région dogon. Et le constat fut tout simple ; je n’avais pas assez aimé… mal aimé…
C’est d’ailleurs la seule chose qu’il nous demandera : comment as-tu aimé ? Et, c’est encore et toujours vrai : « ce que vous avez fait au plus petit…c’est à moi que vous l’avez fait. »

Jésus désigne ‘les Soixante –douze’, non pas pour les garder auprès de lui, mais pour les envoyer annoncer que le Règne de Dieu est tout proche. Il s’agit d’une mission urgente qui ne souffre aucun retard. Mission exigeante qui appelle le messager à vivre dans une attitude permanente de détachement et de totale remise entre les mains de Dieu.
Ils reviennent dans la joie. Jésus leur fait découvrir alors la portée profonde des gestes qu’ils ont accomplis « je voyais Satan tomber du ciel comme l’éclair ». Jésus déclare ainsi la lutte contre toute forme de mal et la libération du mal. Il leur révèle la source de la puissance qu’ils ont expérimentée. Il leur donne aussi le vrai motif de leur joie, « Ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais parce vos noms sont inscrits dans les cieux ! C’est là la grâce du choix de Dieu qui leur a tout révélé. Et il les entraîne dans l’action de grâce.

Cette page de Luc nous rappelle que depuis Pentecôte nous vivons à l’heure de la moisson , et que chaque jour quelque part mûrit un fruit....Il importe que de nouvelles équipes de moissonneurs prennent la relève pour relayer ceux qui sont épuisés.

L’amour du Christ nous presse, nous étreint, nous prend tout entier, nous entraîne sur des chemins, sur les voies du Christ, à sa suite dans un don de plus en plus total, de manière à vivre comme le Christ tout entiers tournés vers le Père et vers les hommes.

Le trésor que nous a confié le Seigneur c’est dans des vases d’argile que nous le portons, dans notre corps et que continue l’agonie de Jésus afin que la vie, l’amour triomphe.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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