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Homélie du 21e Dimanche C

26 août 2007
21ème dimanche du T O C
Isaïe 66, 18-21 - Hé 12, 5-7 - Lc 13, 22-30

Le peuple juif est exilé à Babylone (Irak du sud) depuis 587 avant J.C. Mais le vent de l’histoire a tourné. Après avoir écrasé l’Assyrie (Irak du Nord) la Babylonie a été écrasée, en 539 avant J.C., par Cyrus, roi de Perse, (Iran actuel). C’est lui qui domine tout le Moyen Orient... pour l’instant !
En 537 avant J.C., Cyrus, un païen, autorise le peuple Juif à retourner dans son pays. C’est LA bonne nouvelle !

La plupart des juifs qui ont vécu la destruction de Jérusalem en 587 (Il y a 50 ans de cela !) sont morts en déportation. Les survivants sont ou bien trop vieux, trop malades pour faire le voyage ou bien ils préfèrent rester dans un pays où ils ont pris racine. C’est donc une nouvelle génération qui entreprend le voyage

Pour cette génération née en exil, ce retour est la découverte d’un pays qu’ils ne connaissent que par entendre dire. Ils en ont rêvé mais l’enthousiasme ne dure pas longtemps.
Ce qui était une bonne nouvelle pour les exilés est une mauvaise affaire pour les étrangers qui se sont installés, avec leur religion, sur les terres, dans les maisons et les ateliers devenus disponibles. Les exilés sont mal reçus.

Après l’enthousiasme du retour, c’est la désillusion. Comment faire pour récupérer les biens des parents et des grands parents après une aussi longue absence ? Un demi-siècle ! Avec quel argent reconstruire la ville et le temple ? Comment éliminer les cultes idolâtres qui se sont installés dans le pays ? Quelle relation avoir avec les rares juifs qui avaient échappés à la déportation et qui ont épousé des femmes étrangères ?

Quand les Juifs regardent avec leurs yeux une telle situation, ils font une déprime. Leur Dieu a été pris au dépourvu par la décision du païen qui les a libérés. A leur retour, les exilés sont à la rue. N’aurait-il pas été mieux de rester Babylonie ? Il y a de quoi perdre la foi.

Mais Dieu voit autre chose. Là où les exilés voient une détresse sans nom, Dieu voit un avenir glorieux. Il dit : « Je viens rassembler les hommes de toute nation et de toute langue….Ils viendront et ils verront ma gloire »
« Je viens. Ils viendront. » C’est un lointain disciple d’Isaïe qui annonce la nouvelle pour que les juifs découragés relèvent la tête. Ils peuvent penser que Dieu aurait pu venir un peu plus tôt. Souvent, nous le pensons aussi.

Quand nos affaires vont bien, quand nos projets se réalisent, nous pensons que nous y sommes pour quelque chose et, si nous sommes croyants, il peut nous arriver de penser qu’à ce moment-là, Dieu était présent dans notre vie.
Mais quand nos affaires vont mal, nous pensons que Dieu nous a oubliés.
En fait, il serait plutôt absent quand notre suffisance nous fait croire que nous n’avons pas besoin de lui. Il n’y a pas de place pour lui dans notre vie.

C’est quand nous sommes dépossédés de nous mêmes quand nous n’avons que des ruines à présenter qu’il peut venir. C’est dans le vide de notre vie qu’il vient parce qu’il y a de la place.
Alors, n’essayons pas devant lui de camoufler notre désarroi.
*
Qui ira annoncer aux nations lointaines que Jérusalem les attend ?
« J’enverrai les rescapés de mon peuple…Ces messagers de mon peuple annonceront ma gloire parmi les nations. »
Les rescapés sont des gens qui ont échappé à une mort certaine. Les témoins d’une catastrophe appellent les secours pour qu’ils les envoient dans les hôpitaux et mettent en place une cellule psychologique.

Dieu fait autrement. Ils choisit des rescapés, des hommes démunis, ruinés, sans forces mais vivants pour en faire des messagers et ils les envoie à l’autre bout du monde. Ces rescapés sont les meilleurs messagers qu’il puisse imaginer. Parce qu’ils ont l’expérience d’un salut, ils pourront témoigner sans faire de littérature.

Porter l’évangile ce n’est pas proposer un programme avec conviction, c’est témoigner d’un salut que nous avons expérimenté. Question !
Avons-nous conscience d’avoir été sauvé par Dieu et de quoi ? Question abrupte et réponse difficile.
On peut poser la question autrement. Quelle expérience avons-nous d’un pardon reçu qui nous a permis de continuer de vivre ? Quelle expérience avons-nous d’avoir surmonté un handicap ?

Le mot salut évoque une situation où nous serions arrachés à un péril immédiat. Nous disons : « J’ai eu de la chance ; je l’ai échappé belle ! » Mais il y a des saluts « longue durée ». Nous pouvons peut-être repérer dans notre vie les étapes d’un long cheminement qui nous a libérés des contraintes exagérées de conditions de travail, d’une éducation, de blocages dans tel ou tel domaine.

Conclusion : Au cours de cette eucharistie nous pouvons faire l’inventaire de nos détresses actuelles et évaluer l’acte de foi qui nous est demandé.
Eucharistie veut dire « rendre grâce ». Nous pouvons rendre grâce pour le travail patient que Dieu a fait en notre vie parce que nous avons pris conscience peu à peu de tel ou tel chemin de libération que nous avons parcouru… en sachant que d’autres chemin nous attendent.

Une parole du Deutéronome me semble opportune : « Le Seigneur t’a porté comme un homme porte son fils tout au long de la route que tu as parcourue (Dt 1, 31 b).

Résumé : « Le Seigneur vient. Il enverra des rescapés. Les peuples viendront »

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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