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Homélie du 20e Dimanche C

St Joseph des Champs 19 août 2007
20ème Dimanche du T.O. – C-
Jérémie 38, 4-6. 8-10 Hébreux 12, 1-4 Luc 12, 49-53

Nous sommes vers 588 avant J.C . Avec Nabuchodonosor, la Babylonie (Irak du sud) a triomphé de l’Assyrie (Irak du nord). Elle dispute maintenant la domination de l’Orient avec l’Egypte et tout naturellement, la guerre se déroule en Palestine.

Nabuchodonosor, ne pouvant aller jusqu’en Egypte, fait le siège de Jérusalem qui capitule. Il installe sur le trône le roi Sédécias qui doit s’aligner sur la politique de Babylone.
Pourtant, en sous-main, Sédécias prend contact avec l’Egypte pour délivrer Jérusalem. Manœuvre risquée. D’autant plus qu’il y a en ville un individu suspect, le prophète Jérémie. Il est convaincu que l’alliance avec l’Egypte n’amènera que des malheurs pour la ville et il le dit.

Des chefs obtiennent de Sédécias l’arrestation de Jérémie. Accusé de porter atteinte au moral des habitants de Jérusalem, il est emprisonné mais il continue d’annoncer la catastrophe qui menace la ville, infidèle à son Dieu.

Les chefs veulent en finir et interviennent auprès du roi qui leur donne carte blanche. Et voilà Jérémie dans la boue, au fond d’une fosse, jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il faut l’intervention d’un étranger, un Ethiopien, pour le sauver.
On peut noter six intervenants dans le jeu politique de ce récit.

Deux grandes puissances, la Babylonie et l’Egypte, c’est une de trop. Quand on veut le pouvoir, on le veut absolu.

A l’étage en-dessous, il y a les petits rois. Ils essaient de faire les bonnes alliances, les bons choix, mais leur survie dépend de leur soumission.

Il y a, autour de tous les rois, les hommes du gouvernement, et aussi les « cabinets noirs », les proches collaborateurs qui travaillent dans l’ombre. On ignore leur nom. Ils préparent les décisions du roi. Ils sont écoutés. On ne connaît pas le nom des chefs qui ont convaincu Sédécias de supprimer Jérémie.

Il y les opposants, souvent des hommes seuls, très seuls. Désignés comme ennemis du régime, leur nom est rendu public. Aujourd’hui, c’est Jérémie, un homme seul. Son seul appui, c’est sa relation vraie avec Dieu.

Il y a l’opinion publique manipulée par le discours « politiquement correct ». Les gens ont beaucoup entendu les prises de position de Jérémie. Maintenant ils n’entendent plus rien et ne se posent pas de question. L’opinion ne réagit pas.

Pourtant, il y a des hommes courageux, eux aussi très seuls. L’histoire garde leur nom. Aujourd’hui, c’est Ebed-Mélek, un officier éthiopien au service du palais. Il n’est pas mêlé aux intrigues mais il est humain, simplement humain. Il intervient et fait changer d’avis le roi Sédécias, décidément indécis.
En ce temps-là, il s’agissait de faire le bon choix pour sauver Jérusalem. Sédécias et ses conseillers se sont trompés. Jérémie avait raison. Jérusalem a été pillée en 587 par Nabuchodonosor, la population déportée.
L’Egypte a laissé faire.
*
Aujourd’hui, il s’agit de sauver la planète, de trouver les chemins d’une paix durable, d’assurer la liberté de l’information, la liberté de conscience. Il s’agit d’assurer à toutes les populations l’accès à l’eau potable, de lutter contre la faim.
Nos épreuves, nos soucis quotidiens s’inscrivent dans la complexité de la mondialisation et nous retrouvons les acteurs de ce petit récit biblique.

Aujourd’hui, les puissances politiques et les puissances économiques se font une guerre sans merci. A l’étage en-dessous, « les proches collaborateurs » politiques et les sous-traitants économiques essaient de faire le bon choix pour survivre.

Aujourd’hui encore des gens, souvent bien seuls, se lèvent pour s’opposer et proposer des solutions dites alternatives. Ils parlent.

Et le problème pour les conseillers du pouvoir est de les faire taire. On les neutralise mais ils parlent… jusqu’à ce que, éventuellement, on les fasse taire définitivement. Il arrive qu’on se rende compte de l’importance et de la justesse de leur message quand on célèbre leurs funérailles.

Parmi les opposants d’aujourd’hui, il y a les associations. Elles sont proches des problèmes concrets et se veulent humaines. Elles se font entendre comme elles peuvent. Il arrive qu’elles défendent les droits de l’homme.

Voix isolées ou petites associations, certaines sont à l’intérieur de l’Eglise, d’autres lui totalement sont étrangères. Comme dans le récit d’aujourd’hui, il arrive que Dieu sauve son témoin par l’intervention d’un étranger.

Et il y a « nous », l’opinion publique. Quelle est notre capacité de résistance à la pression des idées à la mode ?
Nous sommes la plupart du temps des suiveurs mais qui suivons-nous ?

Jérémie est un exemple. Ce qui motive son choix, ce qui lui donne la force de se lever pour s’opposer, c’est la qualité de sa relation à Dieu qui lui donne une juste appréciation des réalités.

Quand on l’imagine au fond de sa citerne et quand il en est sorti grâce à l’intervention de l’éthiopien Ebed-Mélek, on peut lire le Psaume 39

« Il m’a tiré de l’horreur du gouffre, de la vase et de la boue. Il m’a fait reprendre pied sur le roc ; il a raffermi mes pas.
Dans ma bouche, il a mis un chant nouveau, une louange à notre Dieu.
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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