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Homélie 33e Dimanche A

33ème dimanche du T.O. –A-
Proverbes 31,10-13.19-20.30-31 1 Thessaloniciens 5, 1-6 Matthieu 25, 14-30

Dans toutes les sociétés, à travers les siècles, il y a eu des sages. Ils ont réfléchi sur ce qui se passait et noté leurs réflexions. Le Livre des Proverbes, écrit au retour de l’exil (6ème s. avant J.C.), fait partie de cette littérature mise sous le patronage du sage qui reste la référence : « Salomon, fils de David, roi d’Israël. »
Ce livre fait l’éloge d’une sagesse qui se laisse identifier dans le comportement des gens. Aujourd’hui, c’est le portrait d’une maîtresse de maison qui nous est proposé. En regardant son portrait, nous pouvons éprouver un fort sentiment de décalage.

Cette femme, on en parle sur la place publique et on ne peut en dire que du bien. Elle sait gérer son budget. Elle sait tirer parti de tout. Pas dépensière, elle a la main ouverte pour donner aux pauvres. Elle ne passe pas plus de temps qu’il ne faut devant son miroir. Elle est courageuse et naturellement, son mari lui fait confiance.
Donc, on parle d’elle sur la place publique mais elle n’a rien pas à dire dans la gestion des affaires publiques. Elle est cantonnée dans les travaux domestiques, ce qui aujourd’hui est un schéma dépassé.
Cette année, le Secours Catholique nous invite à réfléchir sur le concret de la vie des couples et des enfants dans notre société. On dirait que nous sommes devant une situation insoluble.
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Dans la crise actuelle, certains reprochent aux familles de vivre au-dessus de leurs moyens. Ce à quoi d’autres répondent ceci : quand on n’a pas les moyens de vivre, on ne peut vivre qu’au-dessus de ses moyens. Des familles sont condamnées à vivre à crédit, ce qui peut conduire au surendettement et à la déroute.
Contrairement à ce qu’on dit, bien des parents n’ont pas la liberté d’aller ou de ne pas aller au travail. Ils prennent ce qu’ils trouvent quand il y a quelque chose à trouver. Si le chômage est une catastrophe, il faut aussi envisager le veuvage, la dislocation du couple.
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Par ailleurs, il est définitivement acquis que les femmes ont le droit de faire des études, d’avoir une vie professionnelle, d’exercer au plus haut niveau des responsabilités. Elles y apportent leur sensibilité particulière, leur expérience du contact avec le réel.
Pour toutes sortes de raisons, les mères de famille aujourd’hui ne restent pas à la maison pour faire la cuisine, s’occuper des enfants et épousseter les meubles.

Le Secours Catholique attire l’attention sur un autre volet de la situation.
Au plan national, en 2007, 300.000 familles se sont adressées au Secours Catholique dont 173.000 familles monoparentales et 117.000 couples avec des enfants. Le nombre total des enfants de ces familles s’élève à 645.000.
On connaît la situation de ces enfants et adolescents laissés à eux-mêmes devant la télévision, prisonniers de leurs jeux électroniques, abandonnés au hasard de la rue ou embrigadés dans la bande du quartier.
On les retrouve de plus en plus, et de plus en plus jeunes, dans les commissariats et on accuse les parents. Ils n’ont pas exercé leur responsabilité !
Mais de quoi parle-t-on quand on dit le mot « parents » ? Les familles sont bien souvent monoparentales, décomposées, recomposées.
Il arrive à la radio de ne plus parler de parents mais de « délégués à l’autorité parentale », délégation à temps partiel sans doute. Qui se sent responsable de l’éducation ? Quels adultes, les enfants ont-ils devant eux ?
Si beaucoup de familles réussissent à élever leurs enfants, c’est à dire à les construire, on ne peut oublier celles qui galèrent à longueur de temps.
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On peut avoir envie devant ce tableau de baisser les bras mais l’évangile nous invite à mettre en action les possibilités, même minimes, que nous avons. Nous ne sommes pas des spécialistes de la rééducation mais nous avons chacun au moins un talent à faire valoir.
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Si nous avons regardé l’affiche du Secours-Catholique, nous pouvons être surpris du message qu’une pré-adolescente nous adresse. « J’ai besoin de toi ». Jamais sans doute des pré-ado ne nous ont interpellés personnellement de cette façon et pourtant leur comportement, leurs dérives sont souvent des appels au secours.
« J’ai besoin de toi. » Sans repères, ils cherchent un repère. Ils ont besoin d’avoir quelqu’un à qui parler, quelqu’un qui leur donne le temps de s’exprimer, quelqu’un qui prend du temps pour les écouter sans se laisser manipuler par leur discours, quelqu’un qui ne les condamne pas avant d’avoir essayé de comprendre. Ils peuvent dire des choses abominables. Ils peuvent avoir fait des choses atroces. Il faut essayer de les écouter jusqu’au bout.
J’ai retenu la réflexion d’une mère de famille, il y a 30 ou 40 ans. « Quand nos enfants font des bêtises, ils restent nos enfants. »

Cette journée nous invite à réveiller notre foi en l’homme, image de Dieu. Pouvons-nous essayer de travailler à établir avec les plus démunis une relation qui soit aussi humaine que possible quand il s’en trouve sur notre chemin. On ne soupçonne pas l’importance d’un simple bonjour adressé à un adolescent inconnu sur un trottoir.

Si nous nous sentons totalement démunis, nous pouvons entrer dans la prière d’un pasteur protestant : « Seigneur, si je ne peux pas leur parler de toi. Accepte au moins que je te parle d’eux. » Dans la Bible, le sage, qu’il soit artisan, artiste, technicien de la politique ou professionnel de l’écriture n’est pas un rêveur. Il prend les choses comme elles sont et travaille avec patience à défoncer les impasses.
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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