Hébreux 4,12-13

Héb 4, 12-13

Vivante, en effet, est la parole de Dieu, énergique et plus tranchante qu’aucun glaive à double tranchant. Elle pénètre jusqu’à diviser âme et esprit, articulations et moelles. Elle passe au crible les mouvements et les pensées du cœur. Il n’est pas de créature qui échappe à sa vue ; tout est nu à ses yeux, tout est subjugué par son regard. Et c’est à elle que nous devons rendre compte.

Un texte très bref mais particulièrement vigoureux !
La Parole de Dieu nous est présentée aujourd’hui, pourrait-on dire, dans l’exercice de ses pouvoirs de jugement et d’exécution.

C’est un fait Dieu a parlé. L’auteur nous donne les caractéristiques de la puissance extraordinaire de la Parole de Dieu : vivante, énergique, tranchante, pénétrante, discernante.
Dieu a parlé, et on est préoccupé de celui qui parle et de l’effet de sa parole.

Au chapitre 1 et 2 l’auteur nous a initiés aux différents temps et à la manière dont Dieu a parlé autrefois. Sa dernière Parole et définitive fut celle de son Fils, reflet de sa splendeur, de sa gloire, supérieur aux anges et à Moïse.
Auquel des anges a-t-il dit : « c’est toi qui est mon Fils, à partir d’aujourd’hui je suis ton Père ! Je serai pour lui un père et lui sera pour moi un fils » 1,4
Pourquoi l’auteur fait-il cette comparaison avec les Anges ? Ils étaient considéré comme intermédiaires entre Dieu et les hommes : « considérés comme les êtres les mieux placés pour exercer cette médiation : ils sont les êtres les plus proches de Dieu, surtout les sept anges qui se tiennent devant la gloire du Seigneur et se tiennent en sa présence » Van Hoye.
L’auteur des Hébreux veut marquer la radicale nouveauté apportée par le Christ, seul médiateur parfait entre Dieu et les hommes.
Sa capacité de médiation n’a aucune égale puisqu’elle est toute divine tout en étant incarnée dans l’humanité du Christ : « le Christ est Dieu avec Dieu et il est homme avec les hommes »
Sa première capacité de médiation n’est –elle pas de parler, de dire Dieu aux hommes de son temps, de tout les temps.
Christ est venu nous dire cette parole « vivante, énergique, plus tranchante qu’aucun glaive double tranchant ». La Parole peut nous travailler parce qu’elle est vivante, et vivante parce que divine.
Avec la Parole de Dieu nous sommes deux, un vivant nous parle, ces mots, ces phrases vivifiées par Dieu nous accompagnent pour nous faire vivre.
La Parole est vivante, plus tranchante qu’un glaive à double tranchant. Une telle insistance sur la puissance de la Parole nous interpelle encore aujourd’hui.
Ce sont des termes que nous retrouvons en Apoc 1,16 Dans sa main droite il a sept étoiles, et de sa bouche sort une épée acérée, à double tranchant ; et son visage, c’est comme le soleil qui brille dans tout son éclat.
Et encore Apoc 2,12 « "A l’Ange de l’Eglise de Pergame, écris : Ainsi parle celui qui possède l’épée acérée à double tranchant.
Rien n’étant caché à Dieu, la parole a un rôle de jugement. Le Messie apparaît donc comme le juge eschatologique qui sonde les reins et les cœurs.
La foi chrétienne n’est pas adhésion à un système d’idées abstraites proposé à l’intelligence humaine et la bible n’est pas un manuel pour répandre une idéologie mais elle est parole de quelqu’un à quelqu’un, parole inséparable de celui qui la prononce et donc « parole vivante » qui interpelle chacun de nous et nous touche au cœur de nos vies. C’est aussi en ce sens qu’on la dit « vivante » car elle concerne la vie, elle donne la vie, elle vise un accroissement de vie.
Le jugement n’est donc qu’en vue d’une plénitude de la vie et non pour la mort, c’est pourquoi on dit : « Elle est vivante la Parole de Dieu ».
Dieu parle et mérite qu’on l’écoute et qu’on le croie. La Parole de Dieu est vivante car Dieu ne meurt pas, il ne cesse jamais de communiquer : sa Parole est une vie toujours nouvelle qui nous rejoint, chacun(e) personnellement, ces paroles il nous les donne pour que quelque chose change dans nos cœurs et notre vie, que nous soyons des vivants selon le Royaume.
Précisément parce que « La Parole est plus coupante qu’une épée à deux tranchants… elle pénètre jusqu’à la moelle » elle nous atteint plus profondément que tous les discours humains, parce qu’elle pénètre notre conscience et démasque nos étroitesses « discernant dispositions et pensées du cœur ».
Dans ces versets si la parole de Dieu est présentée dans sa fonction de jugement, d’exécuteur c’est en vue de provoquer la conversion et donner la vie.

Parce qu’elle nous met en question et que nous nous sentons sans recours devant ses exigences, nous sommes tentés de nous soustraire à son audition.

L’auteur nous met en garde contre cette manœuvre lamentable qui ferait de notre vie un échec.
« Il faut être plus attentifs…de peur que nous ne nous perdions » et par trois fois il reprend l’avertissement du ps 94 : « aujourd’hui si vous entendez sa voix n’endurcissez pas votre cœur ».
Dieu décide de faire dépendre la réussite de sa Parole de notre accueil.
Une rencontre avec la Parole et son auteur n’agira que si elle peut pénétrer au plus profond jusqu’à l’adhésion de notre cœur. Tant qu’elle ne touche pas le cœur au risque de diviser âme et esprit elle restera stérile.
Bien sûr on peut se fermer à la parole, on peut résister un temps mais finalement on ne peut lui échapper totalement.
C’est justement alors qu’elle pourra purifier, passer au crible les pensées du cœur. Et parfois elle semblera cruelle mais ce sera là comme le scalpel du chirurgien qui tranche pour sauver.
Dans les événements auxquels notre foi est confrontée, la Parle vivante passe au crible nos intentions les plus intimes en nous invitant à réviser nos critères de jugement de manière radicale.
Le texte grec ne parle pas seulement de pénétration mais aussi de division. La Parole de Dieu « pénètre jusqu’à la division d’âme et d’esprit, de jointures et de moelles ». C’est bien d’une mise à mort qu’elle fait penser. ? Porter atteinte à la moelle c’est porter atteinte à la vie. Pour l’atteindre il faut dépasser la cuirasse cad dépasser les jointures. C’est là que pénètre la Parole de Dieu.

_ A ce réalisme, nous voudrions échapper, aucun recours n’est possible, face à la Parole qui nous juge mais l’auteur est impitoyable, tous, dit-il, « nous aurons à lui rendre des comptes ».

Au verset 13 : « tout est à nu devant ses yeux » évocation de l’histoire malheureuse de l’homme dans le récit de la création. Adam après la faute cherche à se cacher : il se sait nu.
Il ne put échapper à la Parole de Dieu. Dieu l’appela et il lui fallut répondre.
« Nous devons lui rendre compte » : notre existence n’est pas un jeu irresponsable !
Un jour une confrontation aura lieu entre la Parole de Dieu et la nôtre ! Etre responsable, c’est effectivement « répondre », devoir affronter par la parole la Parole d’un Autre. Pour qui n’a pas pris au sérieux la Parole de Dieu, l’issue de la confrontation peut être grave. Parole insécurisante mais énergique, créatrice de vie. « Comme un souffle fragile »
Il ne faudrait pas faire une lecture menaçante de ce texte, dans la vision d’un Dieu qui ne laisse rien passer.
Tout change si nous rétablissons la vérité de notre relation à Dieu. Il est amour et sa parole ne peut être qu’amour, même quand nous la voyons comme une menace.
Si parfois elle nous semble telle, « il faut la laisser un moment réactiver silencieusement notre foi en l’amour, puis recevoir la Parole d’amour dans l’amour » A. Sève.

"Vivante, en effet, est la parole de Dieu, énergique et plus tranchante qu’aucun glaive à double tranchant. Elle pénètre jusqu’à diviser âme et esprit, articulations et moelles. Elle passe au crible les mouvements et les pensées du cœur. Il n’est pas de créature qui échappe à sa vue ; tout est nu à ses yeux, tout est subjugué par son regard. Et c’est à elle que nous devons rendre compte."

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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