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Fête du Sacré-Coeur

SAINT FRANÇOIS DE SALES

LE CÔTÉ OUVERT

Lorsque quelque grande princesse ou seigneur meurt d’une mort inopinée, on ouvre son corps pour voir de quelle maladie il est mort, et quand on a trouvé la cause de son trépas l’on est content et ne passe-t-on pas plus outre. Notre Seigneur étant sur l’Arbre de la croix, il dit avant que de rendre l’esprit ces paroles, mais d’une voix haute, éclatante et ferme : "Mon Père, je recommande mon esprit entre vos mains", et rendit son esprit tout incontinent en les prononçant. L’on ne pouvait croire qu’il fût mort, l’ayant ouï parler tout à l’heure d’une voix si forte qu’il ne semblait pas qu’il dût sitôt mourir. Aussi que le capitaine des soldats vint pour savoir s’il était vraiment trépassé, et voyant qu’il l’était, il commanda qu’on lui donnât un coup de lance au côté ; ce que l’on fit, et donna-t-on droit contre son cœur. Son côté étant ouvert, l’on vit qu’il était vraiment mort, et de la maladie de son cœur, cela veut dire de l’amour de son cœur.
Notre Seigneur voulut que son côté fût ouvert pour plusieurs raisons. La première est afin qu’on vît les pensées de son cœur, qui étaient des pensées d’amour et de dilection pour nous, ses bien-aimés enfants et chères créatures, qu’il a créées à son image et ressemblance, pour que nous vissions combien il désire nous donner de grâces et bénédictions, et son cœur même, comme il fit à sainte Catherine de Sienne. J’admire cette grâce incomparable de quoi il changea de cœur avec elle ; car auparavant elle priait ainsi : "Seigneur, je vous recommande mon cœur", mais depuis elle disait : "Seigneur, je vous recommande votre cœur", de sorte que le cœur de Dieu était son cœur. Certes, les âmes dévotes ne doivent point avoir d’autre cœur que celui de Dieu, point d’autre esprit que le sien, point d’autre volonté que la sienne, point d’autres affections que les siennes ni d’autres désirs que les siens, en somme elles doivent être toutes à lui.
La seconde raison est afin que nous allions à lui avec toute confiance, pour nous retirer et cacher dedans son côté, pour nous reposer en lui, voyant qu’il l’a ouvert pour nous y recevoir avec une bénignité et amour non pareils, si nous nous donnons à lui et que nous nous abandonnions entièrement et sans réserve à sa bonté et providence.
Vous me demanderez peut-être les raisons pour lesquelles nos cœurs à nous autres sont si cachés qu’on ne les voit point. Pour deux raisons il est expédient qu’il soit ainsi. La première, pour ce que l’on aurait horreur de découvrir dans les cœurs des méchants et grands pécheurs des choses si sales, horribles et tant de misères : car sainte Catherine, qui avait reçu ce don de Dieu, de pénétrer les consciences et connaître les péchés les plus secrets, en avait une si grande horreur, qu’il fallait qu’elle se détournât pour s’empêcher de les voir. Et de notre temps, le bienheureux Philippe Néri avait reçu cette même grâce de la divine Bonté ; souvent il se bouchait le nez pour ne sentir une si grande puanteur qui sortait des pécheurs. L’autre raison est parce qu’il n’est pas expédient que l’on voie le cœur des bons, de peur qu’ils ne tombent en vanité ou que cela ne donne de la jalousie aux autres. Or, en Notre Seigneur il n’y avait rien à craindre que l’on vît son cœur, parce qu’il n’y avait rien en lui qui pût donner de l’horreur, puisqu’il était si pur, si saint et la pureté même ; il ne pouvait point aussi tomber en vanité, lui qui était l’auteur de la gloire.

Le livre des quatre amours, p. 48-50

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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