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Fête de tous les Saints

2e lecture : 1 Jean 3,1-2

Voyez quel grand amour le Père nous a donné !

1 Voyez de quel grand amour le Père nous a fait don, que nous soyons appelés enfants de Dieu ; et nous le sommes ! Voilà pourquoi le monde ne peut pas nous connaître : il n’a pas découvert Dieu.
2 Mes bien-aimés, dès à présent nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que, lorsqu’il paraîtra, nous lui serons semblables, puisque nous le verrons tel qu’il est.

A propos de la 2ième lecture :

Nous avons ici une révélation fondamentale du Nouveau Testament ; tellement inouïe que Jean lui-même en est tout émerveillé. Il est comme incapable de l’exprimer et de la décrire ; alors il nous invite à voir par nous-mêmes.
L’expérience de Dieu et de son amour pour nous, personne d’autre ne peut la faire à notre place. Laissons-nous entraîner et suivre Jean, essayons de voir ce qu’il veut nous dire, à quoi il nous invite : « Voyez ».
_ « Voyez quel amour le Père nous a donné, puisque nous sommes appelés enfants de Dieu ! Et nous le sommes ». En quelques lignes Jean nous plonge dans la profondeur de notre vie de baptisé, nous sommes enfants de Dieu, comblés de l’amour de Dieu. Mais comme il le dit encore : « ce que nous serons n’a pas encore été manifesté ».
Nous avons à vivre et à assumer tous les jours notre condition d’enfant de Dieu. Nous avons à devenir ce que nous sommes ; devenir enfant de Dieu n’est pas, avant tout, un titre de gloire, c’est un appel quotidien et une exigence de notre vocation chrétienne.
« L’appel » adressé est constamment considéré dans l’Ecriture comme étant déjà effectif : sur ce point, Jean ne laisse subsister aucun doute. Nous ne sommes pas seulement appelés enfants de Dieu, nous le sommes réellement. Cette réalité est tellement forte, qu’il en résulte que le monde ne nous connaît pas car il ne peut pas imaginer de quoi il s’agit. L’idée qu’il s’en fait et la nôtre sont incompatibles. Cette affirmation revient fréquemment dans les écrits de Jean.
En quelques lignes Jean nous plonge dans la profondeur de notre vie de baptisé.
« Voyez de quel grand amour le Père nous a fait don ». Le Dieu de la Bible est un Dieu d’Amour, qui donne, un Dieu qui fait grâce. Dieu n’est que gratuité. Voilà qui détonne avec notre monde d’aujourd’hui où tout s’achète et tout se vend. « Voilà pourquoi le monde ne peut pas nous connaître ». Est-il possible qu’enfant de Dieu je sois tout à fait à l’aise dans le monde ? Un sociologue contemporain écrit : "Dans ce monde où toutes les relations sont fonctionnelles, où tout est régi par la technique, il devient absolument anachronique, démodé de célébrer à la messe du dimanche un Dieu personnel. Cela étonne par rapport au monde habituel des relations ».
Certes, nous sommes enfants de Dieu mais comme le dit encore Jean, ce que nous serons n’a pas encore été manifesté c.à.d. que nous avons à vivre et à assumer tous les jours notre être d’enfant de Dieu. Au dernier jour, « lorsqu’il paraîtra », nous serons comme Jésus, son Fils Bien-Aimé ; nous découvrirons en nous les traits de son visage. Et ce sera encore cadeau de sa part.

Deux thèmes se croisent : les conséquences de la proximité de l’avènement du Christ et la justice caractéristique des régénérés.

1.Ce que le Père nous a donné
« nous sommes enfants de Dieu », frères de Jésus ; il s’agit d’une participation à l’Esprit qui permet d’entrer en communion de volonté avec le Père pour vivre notre réalité d’enfant de Dieu et la mettre en pratique, tout comme Jésus.
C’est le Père qui donne ce « pouvoir de devenir enfant de Dieu » Jn. 1,12,
Ce que le Père a donné c’est d’être maintenant réellement les hommes d’une nouvelle origine. « Comment cela peut-il se faire ? » L’origine de notre condition nouvelle est le don du Père, le don gratuit de son amour. Cet amour, Jean nous invite à le discerner dans les œuvres et dans le ministère du Fils, ainsi que dans la vocation des disciples : « si tu savais le don de Dieu, c’est toi qui lui aurait demandé de l’eau » Jn. 4,10

2. v.1b Jésus, le monde et les chrétiens. « Voilà pourquoi le monde ne nous connaît pas ». Il ne faut pas oublier les derniers entretiens de Jésus, aux chap. 14-17 de Jean, dans lesquels Jésus met en garde ses disciples face à toutes les tribulations qu’ils vont connaître de la part du monde : ils savent de fait que le monde les rejette ou les méprise. Les auditeurs de cette lettre ne peuvent donc douter que leur condition présente est bien celle de Jésus et celle qu’il leur a annoncée. Le temps présent qui semble caractérisé par la méconnaissance du rôle des disciples, est en réalité le temps où les disciples apparaissent pour ce qu’ils sont vraiment : les enfants, les engendrés du Père.

3. v. 2a « pas encore manifesté »
Jean 17 nous présente la condition des disciples déterminée par l’œuvre achevée que le Père a donné à faire à son Fils et par l’avenir qui s’ouvre pour eux avec ce don.
En Jean 17 le thème de la gloire exprime la gravité de l’heure : v.1 « Après avoir ainsi parlé, Jésus leva les yeux au ciel et dit : ‘Père, l’heure est venue, glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie. 9 Je prie pour eux ; je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés : ils sont à toi. 22 Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un, 23 moi en eux comme toi en moi, pour qu’ils parviennent à l’unité parfaite et qu’ainsi le monde puisse connaître que c’est toi qui m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. 24 Père, je veux que là où je suis, ceux que tu m’as donnés soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent la gloire que tu m’as donnée, car tu m’as aimé dès avant la fondation du monde. »
Jean invite les siens à se ressourcer à la source de l’Espérance qui sans cesse nous fait cheminer et nous remet en route vers l’accomplissement de l’œuvre du Fils.
4. v 2b « Nous savons » que, lorsqu’il paraîtra, nous lui serons semblables, puisque nous le verrons tel qu’il est. »
Jean en appelle à la tradition la communauté : « nous savons… » Il s’agit de l’enseignement apostolique : la vocation chrétienne est annoncée comme un face à face avec Dieu qui comble l’espérance juive mais la bouleverse parce qu’elle devait être le propre du Messie.
Ce que les disciples savent déjà c’est qu’ils verront la gloire du Fils « aimé depuis avant la fondation du monde, » celle qu’ils ont contemplée, la gloire du Fils unique venu du Père. Gloire du Fils « tel qu’il est », tel qu’il peut déjà parler de lui-même dans sa passion mais tel que ses disciples ne peuvent encore le voir parfaitement.
Le fait d’être semblable au Fils et le fait de le voir coïncident. Il ne s’agit donc pas de l’espérance d’un salut inimaginable. Il s’agit de savoir et de voir qu’au bout du chemin nous verrons Dieu tel qu’il est, nous verrons vraiment « quel grand amour le Père nous a donné » et que nous lui sommes semblables.
C’est à partir de là qu’il faut interpréter cette « similitude » du v 2b.
Chez Jean, la communauté voit un tel amour au cœur du Père qui a donné ce Fils, et elle prend une telle conscience de la cohérence de cet amour avec le dernier mot de tout ce qu’il y aura jamais à en connaître, qu’elle se trouve à son tour située dans cet amour dont elle éprouve les aspects, petit à petit, en les vivant elle même.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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