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Fête de l’Epiphanie du Seigneur.

Epiphanie

La première lecture aujourd’hui est tirée d’un livre écrit par un lointain disciple du prophète Isaïe. Qu’a-t-il sous les yeux ? Une population déprimée. Nous sommes vers 520 avant J.C. Le peuple de Dieu est revenu d’exil le cœur rempli d’espoir : enfin Dieu avait repris les choses en mains. En fait, rien ne se passe comme le peuple l’avait légitimement imaginé. Il est revenu sur une terre gérée par une administration tatillonne, une terre qui a trouvé d’autres propriétaires. Dans l’empire perse, Jérusalem a l’allure d’un chef-lieu de canton sans intérêt. Il est bien loin le temps où le peuple de Dieu faisait entendre sa voix dans le concert des nations.

C’est alors que la parole du prophète claque comme un coup de fouet pour réveiller Jérusalem enfouie sous ses décombres et ses déceptions : « Debout, Jérusalem, resplendis !(…) Les ténèbres couvrent la terre (…) mais sur toi se lève le Seigneur.(…) Les nations marcheront vers ta lumière. »
Jérusalem sera le centre du monde. Les juifs dispersés s’y rassembleront et les païens eux-mêmes viendront avec leurs richesses. Isaïe ne nous fait pas regarder des ruines. Il nous fait lever les yeux pour apercevoir les gens qui viennent de loin, attirés par u-ne gloire qui se lève. Dieu relève mais il a besoin d’hommes debout. Seul, Dieu sauve mais il ne sauve jamais tout seul.
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Si maintenant, nous mettons en vis-à-vis le récit de l’Annonce aux bergers et le récit de l’Annonce aux mages, nous observons d’abord que les uns et les autres lèvent les yeux. Ils s’arrachent à l’attraction des choses de la terre.

L’Annonce aux bergers :
- Dans la société juive, les bergers, marginaux, sont quand même juifs. Quand Dieu veut livrer un message à son peuple, il choisit qui il veut. D’autres bergers sont intervenus avec bonheur dans l’histoire du peuple de Dieu. (David par exemple)
- Que Dieu envoie des anges est banal dans la culture juive. (par exemple Gabriel, Raphaël dans l’histoire de Tobie) Les bergers ne sont pas dépaysés.
- Cette nuit-là, des bergers, ont donc eu quelque chose à voir dans le ciel, des anges, et quelque chose à entendre. Un message : un Sauveur vous est né.

L’Annonce aux mages
Le Dieu des Juifs n’est pas leur préoccupation. Ce sont des astrologues. Evidemment, ils ne vivent pas en apesanteur, le souci des choses de la terre est présent dans leur vie mais leur passion est de scruter le ciel. Une nuit, le mouvement d’une étoile attire leur attention. Aucune parole n’accompagne ce phénomène. Ils l’interprètent comme ils peuvent. Les hypothèses s’enchaînent. Une retient leur attention : la naissance d’un nouveau roi.

L’étoile les a conduits à Jérusalem puis a disparu. Naïvement, ils demandent au hasard de leurs rencontres : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » La réponse se construit en parcourant un circuit inattendu.
Arrivée au palais la question est prise au sérieux par Hérode. Un nouveau roi ne peut que fragiliser son pouvoir. Où est-il ? L’inquiétude gagne la ville. Les spécialistes des Services de Sécurité n’ont rien remarqué. L’institution religieuse est convoquée et donne sans peine la réponse au roi : « A Bethléem, en Judée. »

Faisons le point. Des non-juifs ont donc vu un signe dans le ciel. La parole qui donne du sens à ce signe est d’abord énoncée par une institution religieuse froide qui répond à une question posée par un pouvoir hostile. Car Hérode a déjà dans la tête de faire le nécessaire pour neutraliser ce nouveau roi. Se croyant malin, il fait des mages ses complices. Il les convoque et leur donne renseignements et instructions : qu’ils aillent et qu’ils reviennent avec les précisions nécessaires. C’est donc Hérode qui transmet aux mages la parole qui accompagne le signe qu’ils ont perçu en Orient.
L’étoile reprend sa route et les mages la suivent. Ils déposent leurs présents et « regagnèrent leur pays par un autre chemin. »
*
Quelques observations pour allumer nos réflexions.
- Il y a des gens, dans notre monde aujourd’hui, qui ne lèvent pas les yeux. Ils sont enlisés dans l’urgence de la misère ou dans la recherche, sans cesse renouvelée, d’une satisfaction immédiate.
- Il y a des gens qui ne connaissent pas Dieu mais ils ont le cœur allumé par une question. Quel sens a notre monde ? Ils reçoivent la réponse par des gens qui n’ont qu’une envie : détruire ce qu’ils cherchent.
- Notre Eglise ne serait-elle pas parfois une institution froide qui transmet sèchement ce qu’elle sait ?! Baptisés, est-ce que nous nous investissons dans ce que nous disons de notre foi ?
- A travers ce dédale, la Parole de Dieu réussit à ouvrir sa route. « L’endroit où se trouvait l’enfant n’est pas précisé ». Le chemin des mages s’est éclairé au fur et à mesure qu’ils avançaient. La foi se fortifie en marchant. Chacune de nos vies est con-duite, après beaucoup de péripéties imprévisibles, à l’endroit où Dieu nous attend.
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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