Accueil > Prier avec nous > Homelies > Fête de l’Epihanie.

 

Fête de l’Epihanie.

Epiphanie

- En ce début d’année, le jour recommence à grignoter la nuit. Si nous la trouvons encore bien longue, nous savons que le jour va venir. Nous savons même l’heure précise, à la minute près. La mécanique céleste fonctionne.
- Dans le quotidien de notre vie, la mécanique est moins précise. Nous parlons de longue maladie, (Quelquefois, la guérison est incertaine), de chômage longue durée. (On n’en voit pas le bout).
- Et dans la vie des peuples, c’est pire. Des générations se succèdent dans une nuit qui semble ne jamais devoir finir. Un lointain disciple du prophète Isaïe est témoin de cette situation. Regard sur les siècles passés.
*
Tout seul au milieu des nations païennes, le peuple élu devait révéler la sagesse de son Dieu. Mais, infecté par le goût de la domination, il s’est conduit comme les autres peuples : conquêtes et exploitation des pauvres. Se sentant trahi, Dieu laisse les choses aller comme elles sont menées et les catastrophes s’enchaînent.
- Les Assyriens (Irak du nord) envahissent le royaume d’Israël (nord Palestine)-(-721 av J.C.).
- Puis les Babyloniens (Irak du sud) envahissent l’Assyrie et le royaume de Juda. La royauté est abolie et la population est emmenée en exil. (-587) Le peuple de Dieu dis-paraît de la scène internationale. A vue humaine, aucun espoir n’est raisonnable.
Les ténèbres ont fini par étouffer la lumière.

Mais ce disciple d’Isaïe pressent que quelque chose bouge dans les relations interna-tionales. Une rumeur devient information. Cyrus, roi des Perses (Iran) qui domine le Moyen-Orient, autorise tous les peuples déportés à regagner leur pays. (-538)

Des Juifs, qui avaient fini par s’installer sur leur terre d’exil, n’envisagent pas le re-tour. D’autres prennent le risque. Leur enthousiasme ne dure pas longtemps ; ils se heurtent à toutes sortes de difficultés. Le moral retombe. Le prophète secoue l’opinion et allume une espérance : « Debout, Jérusalem, resplendis ! Elle est venue ta lumière ; et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. »
Le peuple qui pataugeait dans les ténèbres reste l’élu de Dieu, mais dominer les autres peuples par la force des armes n’est plus à l’ordre du jour. Le peuple de Dieu n’a pas vocation à devenir une puissance temporelle. Il est appelé à œuvrer dans un chantier bien circonscrit : accueillir la lumière de Dieu et la laisser pénétrer le quotidien de sa vie. Alors, tous les peuples séduits, viendront de partout se rallier au peuple élu. Même les tribus de Madiane et d’Epha qui avaient pillé Jérusalem seront attirées par la gloire du Seigneur.
*
La démarche des mages décrite par Matthieu illustre cette attirance que Jésus exerce sur les peuples lointains. Semi-magiciens et semi-astrologues, les mages travaillaient dans la nuit et essayaient de déchiffrer le message des étoiles. Dans leur entourage, leur parole est prise au sérieux mais leurs découvertes enclenchent de nouvelles questions. Une étoile les intrigue. Perçue comme un appel, ils se mettent en route. Ils cherchent, tâtonnent et arrivent à Jérusalem. Il faut aller plus loin. Ils continuent leur route. Et s’inclinent devant un enfant : « Le roi des Juifs qui vient de naître ! »
Deux observations
1). Le peuple élu a été dépouillé de tout pouvoir temporel pour mauvaise conduite. Il a expérimenté que la recherche de la gloire humaine conduisait à une impasse.
Dépouillé ! Il serait mieux de dire que, libéré de toute ambition humaine, il retrouve le chemin de l’Alliance. Des ruines de Jérusalem se dégage un chemin de lumière capable d’éclairer les intelligences et les cœurs.

Au cours de l’Histoire, l’Eglise, reconnue, avec un pouvoir temporel, comme un peuple parmi les autres, n’a pas fait mieux que le peuple élu. Elle s’est fait plaisir dans le faste du pouvoir ; elle a fait la guerre pour défendre ses territoires ; elle a pratiqué la brutalité.
Libéré de ce pouvoir, l’Etat du Vatican aujourd’hui n’a pas d’usine d’armement et le Pape n’a pas d’armée. Dans les médias qui façonnent l’opinion, l’Eglise n’a pas beau-coup de place. On l’ignore, on la plaisante, on la néglige, on la quitte alors que d’autres cherchent à y entrer. Pour agir, le Pape n’a que sa Parole ancrée dans la Parole de Dieu. Il arrive que certains l’écoutent. Il arrive qu’un trait de lumière traverse la nuit.

2). Lumière et ténèbres cohabitent dans nos vies : laisser-aller, compromission, dé-mission après un échec et, en même temps, certitude qu’une lumière habite nos ténèbres. Quand l’homme cesse de s’agiter au milieu de ses ruines, quand elles sont bien mûres, presque pourries, une lumière, une espérance émerge.

Cette fête de l’Epiphanie invite chaque baptisé à vérifier ses ambitions. Il a une place dans la société qui lui donne un peu ou beaucoup de pouvoir. Le baptisé est aussi capable et aussi minable que n’importe qui, n’importe où. Où qu’il soit, son pouvoir ne doit pas s’exprimer en propagande, en conquête mais en disponibilité. La lumière de Dieu n’est pas le fruit de son travail. Elle lui est proposée ; il la reçoit ; elle façonne sa manière de vivre.
Sans s’en rendre compte, il devient lumière pour son entourage.
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

Abbaye du Port du Salut - 53260 Entrammes | tél : (33) 02 43 64 18 64 - fax : (33) 02 43 64 18 63

 
>>>>