Fête de Noël

Lettre aux Hébreux – chap 1

1 À bien des reprises
et de bien des manières,
Dieu, dans le passé,
a parlé à nos pères par les prophètes ;
2 mais à la fin, en ces jours où nous sommes,
il nous a parlé par son Fils
qu’il a établi héritier de toutes choses
et par qui il a créé les mondes.
3 Rayonnement de la gloire de Dieu,
expression parfaite de son être,
le Fils, qui porte l’univers
par sa parole puissante,
après avoir accompli la purification des péchés,
s’est assis à la droite de la Majesté divine
dans les hauteurs des cieux ;
4 et il est devenu bien supérieur aux anges,
dans la mesure même où il a reçu en héritage
un nom si différent du leur.
5 En effet, Dieu déclara-t-il jamais à un ange :
Tu es mon Fils,
moi, aujourd’hui, je t’ai engendré ?
Ou bien encore :
Moi, je serai pour lui un père,
et lui sera pour moi un fils ?
6 À l’inverse, au moment d’introduire le Premier-né dans le monde à venir, il dit : Que se prosternent devant lui tous les anges de Dieu.

A propos de ce texte :

L’épître aux hébreux ne ressemble pas aux écrits de l’apôtre Paul et, actuellement tout le monde est d’accord pour dire que Paul n’en est pas l’auteur mais qu’elle est probablement l’œuvre d’un de ses disciples. Il ne s’agit pas d’une lettre comme les autres mais « d’un sermon » d’une densité extraordinaire.
Il s’agit de l’ultime message de Dieu par son Fils, dans la continuité totale entre l’Ancien Testament et le Christ. « Dieu a parlé » : il s’agit de cette révélation finale que Dieu donne aux hommes par, et à travers, et au delà de l’incarnation et de la naissance du Christ, le Fils de Dieu.
« La pleine signification de cette révélation et cette œuvre rédemptrice est appréciée par ceux là seuls qui voient le Christ crucifié maintenant assis sur le trône et donc capables de sauver parfaitement tous ceux qui s’approchent de Dieu par Lui » Stibbs, dans Nouveau commentaire de la Bible.

« Dieu a parlé » : dans le passé ; il parle dans les derniers temps ; il parle aujourd’hui. Il a parlé à nos pères les prophètes, témoins de foi et à nous aujourd’hui.
« Il a parlé » : trois mots qui résument le principe de notre religion : Dieu a voulu nous parler, c’est donc qu’il désire entrer en relation et en communion avec nous.

Voilà que le mystère de Dieu qui semblait totalement fermé et qui le semble encore à beaucoup de croyants, nous est ouvert : Dieu a parlé. Ces trois mots disent Dieu tel qu’il se révèle ; dès lors l’accès à lui est ouvert puisqu’il en a pris l’initiative car c’est lui qui désire s’adresser à nous.
Le problème réside donc dans l’écoute cette parole, de celui qui a parlé et parle encore. C’est ce que l’auteur nous redira dans la suite : il a parlé, il parle encore et parlera encore. Notre vie de foi repose sur cette assise : l’écoute de Celui qui parle, l’écoute de la Parole.

L’épître commence par une phrase très solennelle qui, reprenant toute l’histoire des prophètes qui ont été les guides éclairés de l’Ancien Testament, ouvre d’une manière toute radicale sur la nouveauté qu’apporte la naissance de Jésus. Le passé, l’ancien ouvre sur une nouveauté toute radicale : c’’est la toute nouvelle image de Dieu qui apparaît, image dont on ne parlait que par bribes, par touches successives et distinctes et qui était une approche toujours plus concrète et plus claire de Dieu dont il était interdit de voir la face.
Ici, est dit l’aboutissement d’une longue chaîne d’annonces des prophètes tout entiers tournés vers Celui qui allait venir. Dieu était resté loin et voilà que le Dieu qu’il fallait craindre, dont on redoutait la vengeance, parle par lui même.
Le temps de la prophétie est bien résumé par St Augustin dans son commentaire du psaume 109 : « le temps de la prophétie était la prédiction des promesses. Il a promis le salut éternel, une vie bienheureuse sans fin avec les anges, et l’héritage qui ne peut se flétrir, la gloire éternelle ; il a promis la douceur de son visage, la demeure de sa sainteté dans les cieux, et nulle crainte de mourir désormais, puisque les morts ressuscitent. C’est là comme sa promesse finale vers laquelle court tout notre élan ; et quand nous y serons parvenus, nous n’aurons plus rien à rechercher, plus rien à exiger. »

Ainsi il a parlé jadis en ces jours qui sont les derniers ; c’est aux hommes que Dieu parle, à une humanité qui est prise dans le mouvement de l’histoire et victime de ses infidélités. Un long temps de préparation mais est venu le moment où « les temps sont accomplis » où l’attente est au sommet et Dieu, alors envoie son Fils et il « peut dire tout ce qu’il veut » : Il a parlé aux prophètes et finalement à nous..

Saint Augustin dit très bien : « Aussi Dieu ne s’est-il pas contenté de faire avec les hommes le pacte de l’Écriture pour qu’ils croient, mais il a établi un médiateur garant de sa foi : non pas un prince, un ange ou un archange, mais son Fils unique. Ainsi devait-il montrer et donner par son Fils lui-même le chemin par lequel il nous conduirait à cette fin qu’il nous a promise. Car c’était trop peu de chose pour Dieu que son Fils nous montrât le chemin ; il a fait de lui le chemin, par lequel tu irais sous sa direction, le chemin que tu suivrais. »

P. Vanhoye dit qu’ici se trouve « le fait capital : Dieu a parlé… L’auteur ne s’intéresse pas au contenu du message…il est plutôt préoccupé de celui qui a parlé et il se tient en sa présence avec un profond respect…la foi chrétienne n’est pas adhésion à un système d’idées…la Bible n’est pas un manuel conçu pour propager une « idéologie » mais elle est la parole de quelqu’un à quelqu’un, parole inséparable de celui qui la prononce et donc parole vivante ». Et il faut le dire aussi de celui qui l’écoute.

Pour Saint Bernard, il nous était pas possible d’aller à lui mais c’est Dieu qui fait le déplacement et qui vient à nous : « Toutefois, je voudrais bien savoir pourquoi il a voulu lui-même venir à nous et pourquoi ce n’est pas plutôt nous qui sommes allés à lui. Car pour nous, c’était bien nécessaire ! Et, de plus, ce n’est pas l’habitude des riches d’aller chez les pauvres, même quand ils ont l’intention de leur faire du bien. C’était donc à nous, mes frères, qu’il convenait d’aller vers Lui. Mais un double obstacle nous en empêchait. Car nos yeux étaient aveugles, et lui, il habite une lumière inaccessible ; paralysés, couchés sur notre grabat, nous étions incapables d’atteindre la grandeur de Dieu. C’est pourquoi notre très doux Sauveur et le médecin de nos âmes est descendu de sa hauteur, et c’est pourquoi il a tempéré pour nos yeux malades l’éclat de sa gloire. Il s’est revêtu comme d’une lanterne, je veux dire de ce corps glorieux et pur de toute souillure qu’il a assumé. »

v. 2-4 : nous y trouvons huit affirmations successives concernant Jésus-Christ, Dieu, fils éternel du Père.
Dans sa relation avec les hommes il est leur prophète, leur prêtre, leur roi. C’est « en lui que Dieu prononce la Parole finale de sa révélation ; aussi Christ apporte-t-il Dieu aux hommes.
En sa propre personne il nous lave de nos péchés et achève l’œuvre de réconciliation de sorte qu’il conduit les hommes à Dieu. « Après avoir accompli la purification des péchés, (il) s’est assis à la droite de la Majesté divine dans les hauteurs des cieux ». A propos de ce v.3, Van Hoye écrit : « L’auteur fixe ainsi la perspective de son développement. Ce n’est pas sur le Verbe de Dieu avant l’incarnation qu’il fixe ses regards, ce n’est pas non plus sur l’enfant de Bethléem, mais sur le Christ sacrifié et arrivé par son sacrifice dans la gloire du Père » : le Christ qui sauve.
A Noël c’est déjà tout le mystère du Christ sacrifié, glorifié que nous pouvons percevoir en filigrane et célébrons dans l’enfant de la crèche.

v. 5 : Fils : le nom le plus éminent. Celui que Dieu a établi héritier de toutes choses, c’est lui par Dieu a créé les mondes, les réalités visibles et invisibles, lui qui est supérieur aux anges. Il a hérité d’un nom, le nom de Seigneur.
Il est dit de lui tout ce qu’il résume, tout ce qu’il réalise, tout ce qu’il est devenu. Son nom de « Fils de Dieu » est aussi celui de « frère des hommes » (2,11-12).

SAINT AUGUSTIN

LE DESSEIN DE DIEU

Dieu a fixé un temps pour ses promesses, et un temps pour accomplir ce qu’il a promis. Le temps des promesses était le temps des prophètes, jusqu’à Jean Baptiste ; mais à partir de celui-ci et jusqu’à la fin, c’est le temps d’accomplir ce qui a été promis. Il est fidèle, Dieu qui s’est fait notre débiteur, non en recevant quelque chose de nous, mais en nous promettant de si grandes choses. C’était peu de promettre, il a voulu encore s’engager par écrit, dressant avec nous comme un contrat de ses promesses ; ainsi, lorsqu’il commencerait à s’en acquitter, nous pourrions considérer dans l’Écriture l’ordre où devrait se réaliser ce qu’il a promis.
C’est pourquoi, comme nous l’avons déjà dit souvent, le temps de la prophétie était la prédiction des promesses. Il a promis le salut éternel, une vie bienheureuse sans fin avec les anges, et l’héritage qui ne peut se flétrir, la gloire éternelle ; il a promis la douceur de son visage, la demeure de sa sainteté dans les cieux, et nulle crainte de mourir désormais, puisque les morts ressuscitent. C’est là comme sa promesse finale vers laquelle court tout notre élan ; et quand nous y serons parvenus, nous n’aurons plus rien à rechercher, plus rien à exiger.
Et dans ses promesses et ses annonces, il n’a pas tu le plan selon lequel nous parviendrons à ce but final. En effet, il a promis aux hommes la divinité, aux mortels l’immortalité, aux pécheurs la justification, aux humiliés la glorification. Tout ce qu’il a promis, il l’a promis à des gens qui n’en étaient pas dignes. De la sorte, ses promesses n’étaient pas comme le fruit d’une récompense, mais comme une grâce donnée gratuitement, comme l’indique ce nom. Vraiment, mes frères, comme cela paraissait incroyable aux hommes, ce que Dieu promettait : qu’à partir de cet état mortel où ils sont corruptibles, méprisables, faibles, poussière et cendre, ils deviendraient égaux aux anges de Dieu ! Aussi Dieu ne s’est-il pas contenté de faire avec les hommes le pacte de l’Écriture pour qu’ils croient, mais il a établi un médiateur garant de sa foi : non pas un prince, un ange ou un archange, mais son Fils unique. Ainsi devait-il montrer et donner par son Fils lui-même le chemin par lequel il nous conduirait à cette fin qu’il nous a promise. Car c’était trop peu de chose pour Dieu que son Fils nous montrât le chemin ; il a fait de lui le chemin, par lequel tu irais sous sa direction, le chemin que tu suivrais.
Dieu a donc promis que nous viendrions jusqu’à lui, c’est-à-dire à cette ineffable immortalité et cette égalité avec les Anges. Que nous en étions loin ! Lui si haut et nous si bas ! Nous étions malades, sans espoir de guérison. Un médecin a été envoyé, le malade ne l’a pas reconnu. "Car s’ils l’avaient connu, jamais ils n’auraient crucifié le Seigneur de gloire". Mais que le malade tue son médecin a été le remède du malade. Le médecin était venu le visiter et il a été tué pour le guérir. Il s’est fait reconnaître aux croyants, Dieu et homme : Dieu qui nous a créés, homme qui nous a recréés. Autre était ce qui apparaissait en lui, autre ce qui était caché ; et ce qui était caché l’emportait de beaucoup sur ce qui se voyait : ce qui l’emportait ne pouvait se voir. Le malade fut guéri par ce qui ne pouvait se voir, pour devenir capable de le voir plus tard ; Dieu retardait cette vision en la cachant, il ne la refusait pas.

Sur le psaume 109, 1-3, CCL 40, 1601-1603.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

Abbaye du Port du Salut - 53260 Entrammes | tél : (33) 02 43 64 18 64 - fax : (33) 02 43 64 18 63

 
>>>>