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Dimanche de la Sainte Trinité


Sainte Trinité –C-

Une des premières choses que le jeune enfant découvre en famille, c’est la parole. Quand ses parents lui parlent, il entend, il écoute, il réagit. Pour apprendre à lire et à écrire, il va aller à l’école. Personne n’a eu l’idée de lui mettre sous les yeux, dès son premier jour de classe, les dernières productions littéraires de son temps. Il va suivre un long cheminement, meublé de réussites et d’échecs, qui le familiarisera peu à peu avec la culture de son peuple et de son temps.

Dieu est ce qu’il est et l’homme n’y peut rien. Pour se faire connaître, il a choisi une démarche progressive. Abraham, Moïse et bien d’autres ont perçu quelques menues étincelles de sa gloire qui se sont développées avec le temps. Aujourd’hui, nous savons sur Dieu des choses que nos ancêtres dans la foi ne savaient pas. En savoir plus ne garantit pas que notre relation avec Dieu soit meilleure. Qui est Dieu ? La question traverse les siècles. Les réponses évoluent. Avec quelques repères, peut-être pourrons-nous découvrir où nous en sommes dans notre cheminement.

Premier repère. Pour affronter les situations qu’ils ne maitrisent pas, les chefs de clans et de tribus des temps anciens s’adressent à des puissances qu’ils appellent des dieux. Tant ils en ont besoin, tant ils en fabriquent. Le peuple élu se démarque. Il ne sert qu’un Dieu. Spontanément, il vit cette situation en mettant en avant ses besoins. Ce faisant, il met Dieu à son service. Ce que Dieu n’accepte pas. Il refuse de n’être qu’un dieu parmi d’autres et qu’on le mette en statue comme les autres. Avoir un dieu qu’on ne peut présenter, cela ne fait pas riche aux yeux des autres peuples. A longueur de temps les prophètes rappelleront : « Vous n’aurez pas d’autre Dieu que lui. Vous n’en ferez pas d’image ». Dieu est au-delà de tout.

Dans l’imaginaire de l’époque, les batailles entre les peuples sont la partie visible des batailles entre les dieux. Souvent, les peuples vaincus, pragmatiques, se soumettent au dieu du vainqueur. Quand Israël sera battu, il sera tenté d’en faire autant. Là encore, les prophètes interviendront.

Deuxième repère. Les juifs découvrent que leur Dieu est aussi le Dieu de tous les peuples. C’est surprenant et mobilisateur. Le peuple d’Israël comprend qu’il est appelé à gouverner le monde, par la force au besoin. Mais leurs défaites, l’occupation de leur pays par des puissances étrangères, et 50 ans d’exil interrogent leur foi. Du Dieu de l’Alliance, on attend désormais un libérateur, un messie.

Troisième repère. Chasser les Romains n’est pas le premier souci de Jésus de Nazareth. Ses déclarations jettent le trouble. Il affirme comme tout juif : « Le Seigneur, notre Dieu, est l’unique Seigneur », mais voilà qu’il parle de Dieu comme de son Père. Il se dit envoyé pour révéler son nom à tous les hommes. Il n’est plus question de conquêtes territoriales.
Sa mission accomplie, il enverra l’Esprit d’Amour sur toute la terre. Tout cela fait rêver, mais les Juifs qui écoutent Jésus ont un réflexe qui leur parait de bon sens. Qu’un homme se dise Fils de Dieu est de la folie pure. L’affaire finit mal … sur une croix !
La Résurrection et la Pentecôte changent la donne. Il faut prendre au sérieux ce que Jésus a dit.

Quatrième repère. Les dictateurs des premiers siècles de notre ère se prennent pour des dieux et exigent qu’on leur rende un culte. Les premiers chrétiens refusent et sont persécutés, ici ou là dans l’empire romain, pendant 3 siècles. Avec l’empereur Constantin, la paix revient. La réflexion chrétienne s’éveille et alimente des combats acharnés. Beaucoup essaieront de ramener les paroles de Jésus à un niveau « raisonnable ». Les débats aboutiront, au 4ème s., à la rédaction d’un texte que nous disons tous les dimanches, le Credo.

Le Dieu des chrétiens est un dieu unique mais pas solitaire. C’est un Dieu vivant et non un monstre froid boulonné sur son socle. En lui, il y a une communauté d’amour entre trois personnes distinctes. Ce Dieu n’a rien lâché de son projet de départ : faire alliance avec l’homme, mais ce projet n’est plus à regarder à simple hauteur d’homme mais à hauteur de Dieu qui veut nous faire entrer dans sa vie.

Quand je recevais des fiancés, je leur posais toujours cette question. « Vous souvenez-vous de la première rencontre avec la famille de l’autre ? » Eh oui ! Ils s’en souviennent. Même quand cela se passe bien, c’est toujours un moment délicat. Il faut du temps pour se sentir chez soi quand on est chez l’autre.

Traduction pour chacun de nous : je suis destiné, par Jésus, le Fils, à vivre avec le Père, grâce à l’amour que l’Esprit me donne. Mon ultime demeure, c’est la Trinité. C’est elle qui m’accueillera. Ma vie m’est donnée pour que je m’acclimate à ses manières. La fête de la Trinité est la fête de la patience de Dieu qui se fait connaître peu à peu au long des siècles et au long de chacune de nos vies.
Ce que je découvre de lui affine ma connaissance de l’homme. Ceux qui remettent en cause l’image qu’ils se font de Dieu sont sages. Qu’ils deviennent des chercheurs ! Ceux qui aident à mieux le servir et non pas à s’en servir sont des artisans de paix.

Conclusion : La Trinité éternelle n’est pas un événement à situer dans l’Histoire. Que la vie de Dieu prenne naissance et se développe dans une vie, ça, c’est un événement. Une foi vivante n’est pas une collection de convictions intellectuelles immuables. Dieu ne change pas mais les situations nouvelles que nous traversons invitent à une relecture continuelle de sa Parole et à de nouvelles découvertes.
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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