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Dédicace de la Basilique du Latran

9 Novembre 2014
Dédicace de la Basilique du Latran

Pour entrer dans l’ambiance de la première lecture, il faut se souvenir du fait que le Temple de Jérusalem a été pillé, profané, et détruit par les armées chaldéennes con-duites par Nabucodonosor (597 av. J.C.). La population a été emmenée en exil à Ba-bylone et Ezéchiel, autrefois prêtre du temple, était l’un des déportés.

Le moral est au plus bas. Et voilà que dans ce climat de profonde déprime, Ezéchiel fait un rêve. Un rêve que l’Eglise nous invite à partager. Il rêve qu’il est à Jérusalem. A l’entrée du Temple, il voit une source. L’eau coule en abondance s’en va vers la vallée du Jourdain et donc se déverse dans la Mer Morte ... ainsi appelée parce que sa densité en sel est si importante que le corps humain flotte. Aucun poisson ne peut y vivre et le rivage est désert.

Que peut faire l’eau douce d’une source quand elle se mêle à l’eau salée de la Mer Morte ? Je me souviens qu’une année, étant directeur de colonie de vacances au bord de la mer, il avait plu (de l’eau douce !) pendant tout le séjour. Et les enfants avaient observé que la mer était toujours aussi salée ! L’eau douce du temple ne peut que se perdre dans la mer Morte !

Comme tous nos rêves, celui d’Ezéchiel a un bon niveau d’incohérence. L’eau qui sort du Temple pénètre dans la Mer Morte et en assainit les eaux. Le sel disparaît. Le poisson devient abondant. La verdure envahit le rivage ; les arbres poussent, les fruits sont excellents ; il y a une récolte tous les mois et le feuillage peut servir de remède.
L’eau sortie du temple qui assainit tout ce qu’elle touche est l’image du Peuple de Dieu (d’une Eglise) qui assainirait, guérirait tout ce qu’elle touche !

Nous pouvons à notre tour faire un rêve. Chacune de nos vies assainirait tout ce qu’elle touche ! Chacune de nos journées fait 24 heures. Nous allons au travail ; nous faisons le ménage, les courses etc. Nous rencontrons des gens dans les magasins, dans la rue, dans des réunions où nous participons à la prise de décisions.

Tout cela laisse des traces. Le soir, pouvons-nous dire que nous n’avons été que des branches mortes flottant dans la Mer Morte, que nous avons jeté de l’huile sur le feu dans les conversations où on démolissait le prochain ou que nous avons guéri des blessures, apaisé des colères, atténué des tristesses, redonné confiance. Avons-nous essayé d’assainir des situations ?
Pouvons-nous rêver d’un monde où les gens diraient : « Comme ça fait du bien de rencontrer un chrétien ! »
*
Quelques siècles après Ezéchiel, Jésus arrive au Temple. Va-t-il trouver une source ? Oui, bien sûr ! Mais ce n’est pas de l’eau qui coule, c’est de l’argent.
On ne peut pas dire que l’argent salit tout ce qu’il touche. Il permet de vivre et d’élever la famille. Combien de chèques s’en vont, par le canal d’associations diverses, aider des pays ou des personnes en difficulté. Mais on ne peut pas dire qu’il assainit tout ce qu’il touche. Au Temple de Jérusalem, les affaires ? Ça marchait ! Pour la célébration des sacrifices, il fallait des bêtes, au plus près du Temple. Et pourquoi pas dedans ? « Dans le Temple, il trouva installés les marchands de bœufs, de brebis et de colombes et les changeurs » La monnaie romaine étant interdite au Temple, il fallait des bureaux de change. Tout cela est source de revenus. La démarche des pèlerins était facilitée. Les pèlerins étaient-ils exploités ?

Dans le rêve d’Ézéchiel, la source qui sortait du temple purifiait la Mer Morte. Au temps de Jésus, il faut purifier la source qui sort du Temple. C’est Jésus qui va s’en charger : "Détruisez ce temple et en trois jours, je le rebâtirai."
Jésus va faire du neuf. Ce n’est plus de l’eau ou de l’argent qui va couler, c’est son propre sang. Jésus, mort et ressuscité, est le nouveau temple qui ne peut plus être détruit.

Il vient habiter notre vie concrète. "Nous sommes, nous dit St Paul, la maison que Dieu construit."
Le chantier n’est pas fini. Nous n’en sommes pas à pendre la crémaillère.
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Quand il célébrait la dédicace d’une nouvelle église, St Augustin aimait dire que sa construction s’est faite dans la peine. Il a fallu couper du bois dans la forêt, scier les planches, tailler les pierres.
"Si ce bois et cette pierre n’étaient pas réunis selon un certain plan, s’ils ne s’entrelaçaient pas de façon pacifique, s’ils ne s’aimaient pas en quelque sorte par cet assemblage, personne ne pourrait entrer ici.
Enfin, quand tu vois dans un édifice les pierres et le bois bien assemblés, tu entres sans crainte, tu ne redoutes pas qu’il s’écroule." (Commun de la Dédicace)

Traduction : Nous ne pouvons construire une communauté chrétienne sans que nos convictions ne soient sciées, rabotées pour qu’elles puissent s’ajuster aux convictions des autres, elles-mêmes sciée et rabotées. Se raboter le tempérament, nous savons fai-re ! Savons-nous, dans nos échanges quelquefois difficiles, discerner le travail de l’Esprit ?

Pour construire leur foi, les chrétiens ont besoin d’une communauté. Cette fête nous invite à construire là où nous sommes, une communauté chrétienne qui soit harmonieuse. En la voyant, les gens auraient envie d’en faire partie et, une fois dedans, ils se sentiraient en sécurité. Ce n’est pas un rêve, c’est un chantier.

D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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