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C’est aux petits et aux pauvres que Dieu révèle les merveilles de son amour

1ère lecture : Sophonie 2/3 3/12-13

3 Cherchez le Seigneur,
vous tous, les humbles du pays,
qui accomplissez sa loi.
Cherchez la justice,
cherchez l’humilité :
peut-être serez-vous à l’abri
au jour de la colère du Seigneur.

3, 12-13
12 Je laisserai chez toi un peuple pauvre et petit ;
il prendra pour abri le nom du Seigneur.
13 Ce Reste d’Israël ne commet plus d’injustice ; +
ils ne diront plus de mensonge ;
dans leur bouche, plus de langage trompeur.
Mais ils pourront paître et se reposer,
nul ne viendra les effrayer.

Les trois lectures de ce dimanche sont centrées sur le thème de la pauvreté évangélique. Avec Sophonie la pauvreté n’est plus seulement un état social. Elle évoque le fond de l’expérience religieuse qui trouvera son achèvement dans les béatitudes, en n’oubliant pas que les Evangiles sont tout autre chose qu’une sagesse humaine et la pauvreté dont parle les béatitudes autre chose qu’une pauvreté matérielle, même s’il faut admettre que l’aspect matériel peut en faire partie.. Voilà pour le thème.

Le livre de Sophonie : dans une Bible qui fait 3095 pages (TOB), le livre de Sophonie occupe 9 pages dont 3 pages d’introduction. Voilà un livre qui ne pèse pas lourd. Et pourtant !
Sophonie (dont le nom signifie « Dieu cache » au sens de « Dieu protège ») est le premier du Testament hébraïque qui, tout en parlant de pauvreté au sens matériel du terme, de dénuement, de privation et d’injustice subie, lui donne aussi le sens spirituel d’humilité et d’accueil à Dieu.

Situation politique : Au 7ème s. av. J.C, dans le royaume de Juda, au sud de la Palestine, le jeune roi Josias, à l’âge de 8 ans, est monté sur le trône à la suite de l’assassinat de son père.
La Judée est prise en tenaille entre deux puissances, l’Assyrie et l’Egypte : et tout un courant d’opinion encourage la collaboration avec les Assyriens qui occupent le royaume d’Israël, au nord.
A Jérusalem, dans les sphères du pouvoir, les luttes d’influence vont bon train. Sophonie essaie de mettre Dieu à la bonne place dans la tête de ceux qui veulent conduire la politique du pays. Il proteste et lance un vibrant appel à chercher les véritables sécurités qui ne sont pas celles mises en place
Constatant que les manières de vivre des Assyriens et leurs codes vestimentaires, attirent et déjà se répandent à Jérusalem, Sophonie craint qu’accepter la mode des étrangers, fut-elle vestimentaire, ouvre une porte à une seconde étape. Où va s’arrêter la volonté de ressembler ? Elle ne s’arrêtera pas. Pour lui, si on ne reste pas attentif, le risque est de se laisser séduire par les dieux des Assyriens et leur culte. Il y aura à Jérusalem des prêtres qui iront jusqu’à servir des dieux étrangers.
L’originalité religieuse du royaume de Juda est donc menacée s’il perd son indépendance politique
Dans un poème, le Dies irae repris autrefois dans nos sépultures, Sophonie annonce alors la réplique de Dieu : un jour de colère, de destruction, de bouleversement général. 1, 14. En effet, Dieu ne peut se reconnaître dans un peuple qui a adopté le mensonge et l’infidélité comme pratique habituelle. C’est en vue de fuir la colère du Seigneur que Sophonie invite à la conversion. Il proteste et lance un vibrant appel à chercher les véritables sécurités. Elles constituent l’essentiel du triple appel à chercher Dieu, à chercher la justice, à chercher l’humilité.
Triple appel « non pas ici en se rendant à un sanctuaire », car Sophonie s’oppose au formalisme du culte, mais en recherchant dans l’obéissance la volonté de Dieu : pratique de la justice et rejet de l’orgueil. Cette conversion amènera « peut-être » le salut » Cah Evangile 100, p. 15.
La conversion n’est-elle pas tout simplement l’appel à chercher Dieu, repris trois fois.
Cette triple répétition n’est pas seulement persuasive mais marque l’importance de l’enjeu pour l’homme qui se met à la recherche du bonheur. Le bonheur n’est pas dans l’équilibre politique que les chefs tentent de trouver dans les relations avec les Assyriens. En 2,1 Sophonie, appelle à une attitude vraie : l’invitation à la conversion n’a rien d’un « quelconque mysticisme évaporé » B. Renaud.
Car le Dieu de l’Alliance ne renonce pas. Il prend acte de la situation et, avec Sophonie, il ouvre une porte à l’espérance. Ce jour sera le jour où le Seigneur se souviendra de son peuple et il en fera un peuple nouveau. « Israël, je ne laisserai subsister au milieu de toi qu’un peuple petit et pauvre qui aura pour refuge le nom du Seigneur. ».
« Après la menace et l’exhortation, la promesse : celle d’un temps nouveau où le petit peuple qui se sera mis en route dans une démarche de foi finira par rencontrer son Dieu Tout le poids du message porte sur la conversion intérieure et la paix qui en découlera. » B. Renaud dans Ass. du Sgr.

Deux caractéristiques à ce peuple : il sera tout petit et constituera le noyau, le germe d’un peuple tout nouveau, tout entier remis dans les mains de Dieu et il trouvera en lui toute sa force et son dynamisme. Un peuple petit, pauvre, heureux et en bonne santé parce que le Seigneur le protège.
De cette proximité avec Dieu tout va découler : ce petit reste d’Israël « ne commettra plus d’iniquité ; ils ne diront plus de mensonges, on ne surprendra plus dans leur bouche de langage trompeur : mais ils pourront paître et se reposeront sans personne pour les faire trembler. »

Le seul moyen de retrouver la miséricorde du Seigneur est de devenir pauvre soi-même. Le pauvre, aimé de Dieu, est l’homme qui accepte de dépendre, qui accepte de vivre en recevant et dès lors qui laisse Dieu bouleverser sa vie. Ses paroles sont une invitation à nous persuader que l’avenir du Royaume appartient à celles et ceux qui ont une âme de pauvre et refusent de se résigner ou de s’enfermer dans l’amertume.
A. Maillot écrit : « Il y a une contradiction chez Sophonie, chez son Dieu, entre le : ’Je vais tout détruire, mon jour de colère totale arrive’ et le : ‘Cherchez le Seigneur et peut-être serez-vous protégés’. Ce n’est pas la logique mathématique, mais c’est la logique du cœur. C’est la logique qui d’un côté affirme : ‘à cause de leur idolâtrie congénitale tous les Israélites doivent périr’, et qui de l’autre, à cause de l’amour dont elle est issue, est obligée d’avoir la brèche du peut-être, la brèche de l’espérance. Car l’amour ne peut cesser d’espérer. C’est pourquoi tout jugement de Dieu, fût-ce le jugement dernier, porte au flanc le ‘peut-être’ de la grâce. (…)
Si tout le monde est menacé, il en est cependant certains qui peuvent se rendre compte de cette menace, se convertir et y échapper, tandis que d’autres semblent condamnés à s’endurcir et donc à périr obligatoirement. En effet ces derniers, les riches, les nantis sont ‘inconvertibles’, car ils ont une sécurité. Son argent pour l’un, sa fonction, la gloire, l’armée, son temple, sa science pour les autres, leur laissent croire qu’ils sont protégés, immunisés. Et c’est leur perte. L’humble, lui, a plus de ‘chance’. Car il a la malchance de ne disposer d’aucune sécurité.
On peut voir ici ce qu’est l’humble ou l’humilié dans l’A.T. (…) Cependant l’humble n’est pas sauvé par nature. Lui aussi doit se reprendre, revenir sur lui-même. Mais pour lui c’est possible. Pour lui il y a la trouée du ‘peut-être’. Il peut trouver Dieu et sa justice ; mais cela ne signifie pas qu’obligatoirement il le veuille. (…) . A. MAILLOT, Sophonie, Delachaux et Niestlé, Paris 19, p. 98 sv.
Etre le petit reste ! ? Sommes-nous prêts à accepter l’idée que le christianisme de ce début du 3ième millénaire doive être un christianisme discret, de service, sans tambour ni trompette ? Et comme le disent les Béatitudes, être heureux de notre pauvreté, heureux d’être ce petit reste appelé à inventer avec notre Dieu un monde plus beau ?

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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