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Baptêùe du Seigneur.

2ième lecture : I Jean 5 :1 – 9

La foi en Jésus-Christ : racine de la charité

1.Quiconque croit que Jésus est le Christ est né de Dieu ; et quiconque aime Dieu qui engendre aime aussi celui qui est né de Dieu.
2. A ceci nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu, si nous aimons Dieu et mettons en pratique ses commandements.
3. Car voici ce qu’est l’amour de Dieu : que nous gardions ses commandements. Et ses commandements ne sont pas un fardeau,
4. puisque tout ce qui est né de Dieu est vainqueur du monde. Et la victoire qui a vaincu le monde, c’est notre foi.
5. Qui est vainqueur du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ?
6. C’est lui qui est venu par l’eau et par le sang, Jésus Christ, non avec l’eau seulement, mais avec l’eau et le sang ; et c’est l’Esprit qui rend témoignage, parce que l’Esprit est la vérité.
7. C’est qu’ils sont trois à rendre témoignage,
8. l’Esprit, l’eau et le sang, et ces trois convergent dans l’unique témoignage :
9. si nous recevons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand ; car tel est le témoignage de Dieu : il a rendu témoignage en faveur de son Fils.

A propos de cette 2ième lecture :

1. La victoire de la foi
Le mot « foi »n’apparaît qu’une fois en 1 Jn. 5,4 : il utilise toujours le mot « croire ». Il n’est pas inutile de relire les versets qui précèdent :
19 « Quant à nous, nous aimons parce que Dieu lui-même nous a aimés le premier.
20. Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas.
21. Et voici le commandement que nous tenons de lui : celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère. »

v.1. La foi ne peut être séparée de notre façon de voir Jésus, et Jean insiste sur cette vérité du début à la fin de cette épître. Celui qui croit que Jésus est le Christ, est alors né de Dieu (« a été engendré par Dieu », en grec).
Il est indispensable avant tout de croire que Jésus est le Christ, tout en disant que le fait de confesser que Jésus est le Christ n’est pas le fruit d’une réflexion intellectuelle. L’homme qui confesse cette vérité prouve que Dieu a agi en lui .
Si par notre foi nous sommes « engendrés par Dieu », alors nous allons d’engendrement en engendrement, Dieu continue à nous engendrer, comme il l’a fait pour son Fils. Le Père continue de nous engendrer à sa vie divine et le dernier engendrement se fera à notre mort, comme pour le Christ : par sa résurrection, sa mort fut l’ultime engendrement à la vie Trinitaire, de son humanité, C’est par cet engendrement continuel à la vie de Dieu que non seulement l’amour est devenu possible pour le croyant et sans cesse en croissance.
Engendrés par Dieu à sa vie trinitaire, à notre tour nous engendrons de l’amour.
L’amour n’a de sens qu’en relation avec l’amour fraternel : impossible d’aimer Dieu sans aimer les frères. On voit que Jean est concret et sait de quoi il parle : « si quelqu’un dit » : il est injustifiable d’abuser de son frère qui est là devant vous et en même temps de prétendre aimer Dieu que nul n’a jamais vu » Fleinert-Jenssen. Commentaire de la première épitre de Jean.
L’idée de l’amour amène à celle de notre relation avec Dieu, qui conduit à son tour à celle de la victoire. L’amour et la foi sont liés l’un à l’autre (cf. 4.16), et le croyant triomphe du monde.

v.2. « A ceci nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu, si nous aimons Dieu et mettons en pratique ses commandements. »

_ Jean ne cesse d’insister sur l’idée que l’amour envers Dieu et l’amour envers les hommes sont étroitement liés. D’habitude, il parle plutôt de l’amour pour Dieu qui se manifeste dans l’amour pour les frères. Il adopte ici la proposition inverse. Nous savons que nous aimons les enfants de Dieu, quand nous aimons Dieu. L’amour de Dieu et l’amour de l’homme, avec la vie qu’ils inspirent, ne font qu’un. Jean, qui a un esprit pratique, ne se limite pas à la pensée de notre amour pour Dieu. Il ajoute au verset 3 : « et que nous pratiquons ses commandements. »

v. 3. « Car voici ce qu’est l’amour de Dieu : que nous gardions ses commandements. Et ses commandements ne sont pas un fardeau. »

Celui qui aime vraiment a le souci de faire la volonté de Dieu. En fait, l’apôtre peut définir l’amour de Dieu en ce qu’il consiste à garder ses commandements. Jean n’est pas légaliste. Il reconnaît néanmoins que l’amour est agissant. Notre amour se manifeste tout naturellement en nous poussant à faire ce qui plaît au Bien Aimé, et qu’est﷓ce qui peut le mieux nous renseigner sur ce qui lui plaît, si ce n’est ses commandements ? En ajoutant ses commandements ne sont pas pénibles, Jean ne veut pas dire que ce soit tout à fait facile de s’acquitter de ses obligations envers Dieu, mais plutôt que les commandements de Dieu ne sont pas des fardeaux ennuyeux. Ils peuvent être difficiles, mais c’est une joie de les observer en raison de Celui qui les donne, sachant qu’il donne encore la force de les mettre en pratique. C’est la présence amoureuse de Dieu qui rend le fardeau léger. Tout dépend de la relation avec Dieu.

v. 4. « Puisque tout ce qui est né de Dieu est vainqueur du monde. Et la victoire qui a vaincu le monde, c’est notre foi. »

Il est question à présent de la victoire. Sa position à la fin de la phrase met en relief l’expression : notre foi. Il vaut la peine de remarquer que le premier verbe « triomphe » a plutôt le sens de « a triomphé ». La victoire décisive a été gagnée dans le passé, quand Christ est mort pour vaincre le mal et que les croyants lui ont accordé leur confiance. Quel rapport entre foi et naissance divine ? Les deux semblent bien distincts. Et pourtant croire c’est naître à la vie de Dieu. Croire c’est accueillir la Parole, c’est accueillir le Christ qui prend chair dans le croyant.
- « Fides ex auditu » : la foi vient de l’écoute et la foi c’est naître de Dieu, être uni à celui qui est l’Engendré, au Fils unique.
La foi est un engendrement : par notre oui nous disons notre adhésion au Christ et nous sommes remplis de son Esprit : « l’Esprit te couvrira de son ombre » Lc. 1.

Voilà toute l’œuvre de l’Esprit et de la Parole : engendrer Dieu en nous : Dieu prend chair en nous. (Cf. Guerric d’Igny.)
La foi c’est tout le contraire d’une affaire intellectuelle, volontaire, elle est adhésion libre, amoureuse qui nous entraîne à la suite du Ressuscité, une adhésion qui fait naître à la vie du Christ en nous.

v. 5. « Qui est vainqueur du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? »

Cette question à l’allure rhétorique insiste sur la place qu’occupe la foi. La victoire est pour celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu. Noter qu’une fois de plus, l’accent est mis sur 1’importance d’une vue juste de sa personne. Voici encore un exemple de l’habitude qu’a Jean de répéter un mot pour le mettre en évidence, car ces deux versets renferment une triple allusion à la victoire sur le monde. Cela ne peut nous échapper.

v. 6-8. « C’est lui qui est venu par l’eau et par le sang, Jésus Christ, non avec l’eau seulement, mais avec l’eau et le sang ; et c’est l’Esprit qui rend témoignage, parce que l’Esprit est la vérité. »

Dans ce texte Jean fait un lien entre l’eau du baptême et le sang de la croix. L’Esprit que Jésus a reçu lors de son baptême, il le donne à sa mort en « rendant » son esprit. Jean était au pied de la croix et il a vu le cœur ouvert, l’eau et le sang couler, symbole le plus fort de l’amour de Jésus.
Il y en a trois qui rendent témoignage : l’Esprit en premier mais les trois sont le même acte que Dieu réalise pour sauver l’homme.
Le deuxième témoin n’est pas de l’eau mais « l’Eau ». Le troisième témoin c’est encore « Le Sang ». La communauté johannique en comprend immédiatement la portée. Dans l’évangile de Jean, l’Eau et le Sang sont des figures du Messie.
Non seulement Jésus, par son baptême, n’a pas hésité à entrer dans un monde pécheur mais il n’a pas hésité à annoncer une Bonne Nouvelle à ce monde pécheur. Jésus lui-même offre cette eau, toujours liée à l’Esprit dans ses discours. Et Jésus parle toujours à la fois de l’eau et de l’esprit. L’eau, ici, rappelle l’eau du rocher et celle qui jaillit de l’Orient du Temple. Le Sang du Messie a été versé comme vraie boisson qui donne vie éternelle. Eau et Esprit sont signe de la mort de Jésus, source qui inonde étanche toute soif. L’Esprit, c’est le paraclet envoyé par le Père, le remplaçant et le représentant de Jésus.
Voilà la profession de foi de la communauté johannique et la profession de foi de tout baptisé, de tout homme qui a été plongé dans la mort de Jésus pour ressusciter avec lui et vivre de son Esprit. Trois témoins qui témoignent de notre vie de baptisés et dont le baptisé doit témoigner.
On peut considérer l’eau et le sang comme des événements de la vie de Jésus mais aussi comme les symboles du baptême et de l’eucharistie, tous deux enracinés dans l’action de l’Esprit. Par ces deux sacrements c’est l’Esprit du Christ qui est sans cesse donné et qui nous vivifie. Tout semblait clair en ce qui concerne l’eau mais il fallait aussi insister sur le sang. C’était la pierre d’achoppement
Le baptême de Jésus et sa mort ne sont pas à considérer seulement comme des événements du passé car leur effet, leur action, leur Etre se prolongent jusqu’à nous dans un présent, comme « l’Esprit rend témoignage ». La source de l’amour qui ne cesse de couler et se déverser sur nous.
On peut ici faire mention des sacrements : qui ne sont pas seulement moyen de sanctification mais célébrations du mystère du Christ qui se continue en nous et nous transforme. C’est l’Alliance qui sans cesse est non seulement renouvelée, actualisée mais rendue étonnamment présente.
La foi permet et rend présente une telle action et nous ouvre à cette œuvre de Dieu : la foi avec la Parole et les signes….
Ce témoignage est harmonieux. Le témoignage intérieur de l’Esprit, ainsi que tout ce qu’impliquent le baptême et la mort du Christ, ne sont pas trois thèmes qui n’auraient aucun rapport les uns avec les autres. Tous trois évoquent le même acte que Dieu a accompli en Christ pour le salut de l’homme.

v.9. Puisqu’il importe tellement d’avoir une juste conception de Jésus, il est d’un grand intérêt que celui﷓ci soit clairement présenté. Jean va citer une partie du témoignage qui fonde sa position. Il en appelle au fait bien connu de la confiance humaine. Nous croyons ce que les hommes nous disent. Nous devrions donc aussi accepter le témoignage dont l’apôtre a parlé, car le témoignage de Dieu est plus grand, et c’est de son témoignage qu’il est question. Dieu rend témoignage à son Fils. Or un témoignage engage son auteur. Et Dieu s’est engagé lui﷓même en Christ. Il a rendu témoignage que c’est ainsi qu’il est lui﷓même.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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