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Baptême du Seigneur .

11 janvier 2015
Baptême de Notre Seigneur

La tuerie, au siège du journal Charlie Hebdo, le 7 janvier à Paris ajoute une scène de violence à deux reportages télé qui avaient retenu mon attention. Nous vivons dans un monde contrasté.
- 1).Une croisière en Méditerranée. Le paquebot transporte environ 6.000 passagers. Hôtellerie, cuisine, boulangerie, restauration, piscines et cabinet médical sont minu-tieusement présentés. Le personnel est toujours sous pression ; il doit répondre à cha-que désir de chaque passager. La croisière est présentée comme une occasion de ren-contre… entre soi, car le touriste peut aller et venir seulement dans l’espace corres-pondant au prix de son billet.
J’avais comme l’impression d’un concentré d’ennui de luxe. Que faire dans un espace confiné avec tant de monde ? Réponse : concerts, théâtres, cinéma sont proposés. Le client est totalement pris en charge. Il peut se laisser vivre.
Je me suis quand même demandé combien de touristes sont capables de se libérer de leur smartphone et je me suis surpris à rêver d’un père jésuite qui proposerait sur ce bateau une retraite de 8 jours, selon les Exercices de St Ignace, pour aider les gens à trouver un sens à ce qu’ils vivent.
- 2). Un autre bateau sur la même Méditerranée. Les 500 passagers ne sont pas pris en charge. Ils sont chargés, comme des bestiaux et entassés dans les cales. Ils ont payé cher pour quitter la Syrie. Les médias ont trouvé un nom à ce bateau : la bétaillère des mers. Au bout d’une dizaine de jours, elle a été repérée par la marine italienne. L’équipage ou bien a disparu ou bien s’est fondu dans les émigrés.
Et voilà que la tuerie au siège du journal Charlie Hebdo rajoute à la violence de notre temps.
Qu’il accepte d’être flatté, qu’on le séduise en le flattant, qu’on le méprise à l’extrême, qu’on décide de le tuer quand il refuse d’être esclave, l’homme de notre temps est considéré comme une source de profit, une marchandise, ou un rebelle qu’il faut éliminer.
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Avec ces situations, essayons d’aborder aux rives de la Parole de Dieu pour découvrir que le cœur de l’homme à travers les siècles ne change pas.
Pendant des siècles, les prophètes ont rappelé au peuple élu la loi de l’Alliance qui le tient uni à son Dieu : la recherche humble et continue de la vérité, de la justice et la pratique de la miséricorde. C’étaient là les trois piliers qui devaient assurer la protection de Dieu et donc la prospérité du peuple et finalement la justification de l’existence de ce peuple.
Quand on se croit propriétaire de la vérité, on la défigure. Pendant des siècles, des responsables juifs n’ont rien voulu entendre de ce que disaient les prophètes. S’appuyant sur la Parole de Dieu qu’ils comprenaient de travers, Ils ont jeté en terre des graines stériles, voire empoisonnées.
Le goût de l’argent et du pouvoir, la certitude d’être propriétaire de la vérité ont faussé les relations humaines. Le système consistait à prendre l’argent là où il était. Quand le profit est facile, il faut le rendre plus facile encore et tant pis pour les victimes. Vivre avec de tels principes ne pouvait conduire qu’à la catastrophe : l’exil.
Et le retour d’exil n’a pas changé fondamentalement la nature humaine.

Dieu pourtant reste fidèle. L’évangile de Marc nous présente un moment où l’histoire du monde a basculé. Un jour, Jésus, un charpentier de Nazareth, prend sa place dans la file des gens qui veulent être baptisés par Jean Baptiste et changer de vie.
Entrant dans l’eau, Jésus se fait solidaire de ceux qui renoncent à des repères de vie qui détruisent le vivre ensemble. Quand il sort de l’eau, les cieux se déchirent. L’Esprit descend sur lui. Une parole se fait entendre :« Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »

Enfin, Dieu se trouve en face d’un homme parfaitement ajusté à lui. Cet homme est un cadeau de Dieu à l’humanité qui n’a rien à offrir en contrepartie. Les dons de l’Esprit sont proposés et gratuits. L’homme refuse ou accueille.
Accueillir, c’est accepter de se laisser construire sur des bases entièrement nouvelles.

Au retour de l’exil, un lointain disciple d’Isaïe avait entrevu cette situation.
« Ainsi parle le Seigneur : vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer (…) Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas , vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? (…) Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver.(…) Que le méchant abandonne son chemin et l’homme perfide ses pensées. Qu’il revienne vers le Seigneur qui lui montrera sa miséricorde. (…) Mes pensées ne sont pas vos pensées. »

Dans le climat de violence que nous connaissons ces jours-ci, voilà une invitation à accueillir ce que Dieu nous offre. Tous ceux qui sèment autour d’eux des graines de service désintéressé, des graines de tendresse, de respect, peuvent passer pour des ténors du conservatisme. Ils sont des bâtisseurs d’avenir.

Il reste que le poids de la nature humaine est toujours là. La peur (le manque de foi) nous fait prendre des demi-mesures qui laissent un goût d’inachevé. Jésus nous invite - à replonger dans l’eau de notre baptême,
- à ne pas investir dans ce qui n’a aucun avenir durable,
- à nous laisser conduire sur un chemin qui est toujours à découvrir avec une seule certitude : sur ce chemin, Jésus, crucifié et ressuscité, est un compagnon de route fidèle.

Une prière de l’Église dit ceci : (Prière matin du Mardi près l’Épiphanie)
« Jésus, tu as pris chair de la Vierge Marie pour habiter chez les hommes.
Fais de nos cœurs ta demeure à jamais »
D.Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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