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Ascension de Notre Seigneur.

1
Ephésiens 4, 1-13
1 Je vous y exhorte donc dans le Seigneur, moi qui suis prisonnier : accordez votre vie à l’appel que vous avez reçu ;
2 en toute humilité et douceur, avec patience, supportez-vous les uns les autres dans l’amour ;
3 appliquez-vous à garder l’unité de l’esprit par le lien de la paix.
4 Il y a un seul corps et un seul Esprit, de même que votre vocation vous a appelés à une seule espérance ;
5 un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême ;
6 un seul Dieu et Père de tous, qui règne sur tous, agit par tous, et demeure en tous
7 À chacun de nous cependant la grâce a été donnée selon la mesure du don du Christ.
8 D’où cette parole : Monté dans les hauteurs, il a capturé des prisonniers ; il a fait des dons aux hommes.
9 Il est monté ! Qu’est-ce à dire, sinon qu’il est aussi descendu jusqu’en bas sur la terre ?
10 Celui qui est descendu, est aussi celui qui est monté plus haut que tous les cieux, afin de remplir l’univers.
11 Et les dons qu’il a faits, ce sont des apôtres, des prophètes, des évangélistes, des pasteurs et catéchètes,
12 afin de mettre les saints en état d’accomplir le ministère pour bâtir le corps du Christ,
13 jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’adultes, à la taille du Christ dans sa plénitude.

l y a un double mystère : celui de l’ascension et celui de l’effusion de l’Esprit, il est suggéré au ps. 67 : « il est monté aux cieux » et « il a fait don aux hommes. »
Paul est en prison, sans doute durant sa captivité romaine de 61 à 63. Il a appris les magouilles et les grenouillages dans la communauté de Colosses à 200 km d’Ephèse. Il leur avait déjà écrit pour mettre les choses au point.
La lettre aux Ephésiens reprend les mêmes thèmes mais sous un mode solennel et contemplatif. Dans un milieu où sévissait l’occultisme des religions à mystère etla pratique des rites secrets, l’apôtre rappelle le mystère du Christ, sa prééminence absolue, l’universalité de son salut destiné tant aux nations païennes qu’aux juifs, l’urgence d’une connaissance adulte du Christ et l’abolition du vieil homme au profit de la croissance de l’homme nouveau.
Pour Paul l’élévation du Christ dans les hauteurs est indissociable de son abaissement, de sa descente jusqu’au plus bas de la terre.
Pour s’être « vidé de lui, en se laissant élever de terre sur une croix, il a été élevé au plus haut que tout : c’est en cela qu’il a été proclamé Seigneur » Ph. 2
« Tout Fils de Dieu qu’il était, par l’expérience de sa passion, il a fait l’apprentissage de la plus totale disponibilité » He. 5,8-10
« Il est capable de sympathiser avec les ignorants et les égarés, puisqu’il s’est lui –même enveloppé de fragilité » He. 5,2
« En ce qu’il a souffert lui-même, mis à l’épreuve il est capable de venir en aide à ceux qui sont éprouvés » He. 2,18

Tel est le don qu’il nous a valu par le don de sa vie. Paul revient sur ce point pour des communautés dont le style était encore très libre, très charismatique puisque l’on comptait beaucoup sur l’action de l’Esprit à travers les charismes des membres.
Il veut montrer aux destinataires de sa lettre que Dieu ne cesse de donner à son Eglise tout ce dont elle a besoin pour bien remplir sa mission, pour que se construise le Corps du Christ : il fait don aux croyants des différents ministères, aux apôtres et aux évangélistes. Il faut que chacun travaille à la construction du Corps unique. Pour cela, il énumère tout ce que nous avons en commun grâce au Christ et à l’action de son Esprit, ce qui fait notre unité.
Ce qui se construit n’est pas simplement un temple, c’est le Corps du Christ où l’Homme parfait dans lequel chacun de nous est membre.
Pour cela au v. 8, Paul s’appuie sur un verset du psaume 67 (68), psaume qui fait allusion à la conquête de la ville de Jérusalem par David. Le roi David est monté sur la hauteur, à l’assaut de la ville. Vainqueur de ses habitants, il la choisit comme demeure pour le Seigneur Dieu. Les Juifs relient ce psaume à la fête de la Pentecôte. Pour eux cette montée sur la hauteur est celle de Moïse sur le Sinaï, pour recevoir de Dieu les paroles de la Loi et les transmettre au Peuple.
Paul s’inspire de cette même interprétation juive. Jésus est monté au ciel avec toute son humanité non pour abandonner les hommes mais pour leur donner des apôtres, des prophètes, des évangélistes, des pasteurs et des docteurs. Par ce don le Seigneur Ressuscité assure son Eglise d’hommes et de femmes qui poursuivront son œuvre libératrice et il reste avec Elle.
L’apôtre reprend la même réalité déjà exprimée dans la lettre aux Philippiens, que nous chantons durant la Sainte Semaine : « Le Christ s’est fait obéissant pour nous, jusqu’à la mort, et la mort sur une croix. Aussi Dieu l’a-t-il exalté en lui donnant le nom au-dessus de tout nom ». Il est monté … qu’est-ce que cela veut dire ? Sinon qu’il est aussi descendu jusqu’au plus bas de la terre ! Célébrer l’Ascension du Seigneur, c’est célébrer l’ultime étape du mouvement de l’Incarnation du Fils de Dieu, chemin de révélation de l’Amour infini et vivifiant du Père pour nous. Mais c’est également faire mémoire de l’appel dont nous sommes l’objet de la part du Seigneur. Désormais dans le sein du Père et apparemment absent de notre histoire, il a besoin de nous pour faire grandir son Corps qu’est l’Eglise. Sommes-nous disposés à ajuster nos disponibilités diverses pour une prise en charge fraternelle de la croissance du Corps du Christ ? Célébrer l’Ascension, ce n’est pas, comme nous le disions plus haut nous arrêter à une page de l’agenda du Christ ressuscité. C’est rendre grâce au Seigneur qui nous appelle à contribuer tous ensemble à l’édification d’une vraie communauté témoins de la Vie reçu du Ressuscité.

A la discorde et à l’hérésie qui existent dans la communauté d’Ephèse et menacent l’Eglise, Paul oppose les sources de l’unité : la présence agissante de l’Esprit du Christ et du Père et l’activité convergente des ministères. Cette unité se réalise dans le dynamisme d’une croissance.
Il s’agit de vivre en conformité non avec des règles mais selon l’appel de celui qui nous a appelés. Finalement c’est vivre dans la cohérence, dans l’unité.
Cet appel et l’exigence de concorde dans la communauté font écho à la réunification de l’univers et l’incorporation des juifs et des païens dans l’unique peuple de Dieu.

La vocation du chrétien : c’est un appel à vivre dans une communauté profondément unie. « Accordez votre vie. »

Les conditions en sont : humilité, douceur, patience, support mutuel dans une unité qui n’est pas composée du dehors mais voulue intimement sous l’action de l’Esprit.
Il ne s’agit pas uniquement de considérations humaines car les motivations profondes sont d’ordre théologique. C’est l’Esprit qui est la source de l’unité du Corps.
L’insistance sur l’unité correspond à la foi d’Israël : « écoute, shema, Israël. »
« Un seul corps… » Le genre littéraire des acclamations est repris pour exprimer la conviction commune d’une foule pendant le culte.
Par rapport aux multiples dieux du paganisme, les juifs mettaient en valeur les signes de l’unité. Philon à propos du temple écrit : « puisque Dieu est un, il ne doit y avoir qu’un seul Temple.
L’apocalypse de Baruch écrite au lendemain de la destruction du temple, voit dans la loi le signe de l’unité : « nous sommes un seul peuple, renommé, mais qui avons reçu de l’Unique, une seule Loi. » Et cette loi qui est au milieu de nous nous aide : sa sagesse excellente qui est parmi nous, nous « soutient. Et encore unique est la loi qui vient de l’Unique et unique le monde… »

v. 4 L’unité du Corps  : c’est l’unité du Corps du Christ appelé à accomplir tout l’univers, corps ecclésial, corps cosmique.
L’unité de l’Esprit est dans le même registre. Le pneuma est l’élément divin qui pénètre tout le cosmos pour en assurer la cohésion. Il ne s’agit pas d’un esprit impersonnel mais de l’Esprit de Dieu qui habite dans le temple ecclésial comme source de l’unique espérance

v. 5 Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême.
Un seul Seigneur : Kyrios : le Christ dans sa gloire de ressuscité, intronisé comme maître du monde. La foi confesse l’action souveraine de Dieu qui a ressuscité Jésus d’entre les morts : action qui s’exprime dans le baptême qui incorpore le croyant dans le Corps de l’unique Seigneur. L’insistance sur le « un seul », une seule » : rappelle la confession d’Israël.
Le fondement dernier de l’unité c’est l’unicité de Dieu-Père-Créateur qui reste présent à sa créature pour en assurer la conservation le développement

v. 7-16 Diversité des ministères.
L’originalité de ce passage c’est le fondement christologique qui est donné à la multiplicité des services dans l’Eglise.
Pour comprendre partons du ps. 67 (68) tel qu’il était lu dans le judaïsme –et non selon le sens primitif. C’est un psaume d’action de grâce qui évoque la protection que Dieu accorda à son peuple au temps de l’Exode et spécialement à la manifestation du Sinaï. Il était chanté pour la pentecôte.
Jean s’était opposé aux traditions juives sur l’ascension mystique de Moïse recevant au Sinaï les secrets divins. Ici celui qui est monté aux cieux ce n’est pas Moïse mais le Christ lui-même.

v. 7-11 Les dons du Christ.
Descendant du Sinaï, Moïse avait apporté la Torah comme don par excellence, source de salut. Ici ce sont des hommes que le Christ glorifié donne pour l’édification de son Eglise. Ce texte est l’une des plus expressifs du NT sur le caractère personnel du ministère.
Selon Marc Jésus appela ceux qu’il voulait, ici le Ressuscité s’empare si bien de ceux qu’il appelle qu’il les donne, eux en personne, pour le service de son Eglise.
Cette liste des ministères (la plus complète du Nouveau Testament) reflète le développement des ministères dans l’Eglise. Ces ministères sont nés à l’occasion des événements et des besoins des communautés. Aucun groupement de quelque genre que ce soit ne peut se maintenir sans une certaine organisation et structuration. Lorsque des conflits inévitables se sont produits les communautés ont cherché le moyen de les résoudre dans l’esprit de l’évangile. Les Apôtres et les prophètes sont nés de la première génération, d’autres se sont ajoutés . Paul voulait surtout par là assurer l’unité des communautés par le biais des services nombreux et variés en vue de l’édification de la communauté et de son témoignage. L’Eglise devait être ainsi, dans le monde, une authentique présence du Christ ressuscité .

E

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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