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8e Dimanche A

8ème Dim. T.O. -A- (TOL)

Le prophète Isaïe que nous lisons aujourd’hui a exercé son ministère durant l’exil. Le peuple ayant rompu, de bien des manières, son alliance, Dieu l’a laissé aller là où sa manière de vivre le conduisait : la ruine de Jérusalem, la profanation du Temple et l’exil de la population en Chaldée.

En cette terre d’exil, le peuple analyse sa situation à partir des éléments qu’il a à sa disposition. Il n’est pas blessé par un petit bobo sans gravité. Il est atteint dans sa raison d’exister.
Il découvre tout simplement, ceci : abandonné par le Dieu qui l’a fait exister dans le concert des nations, il a disparu de l’Histoire. Devenue un petit territoire sans intérêt dans le royaume de Cyrus, roi des Mèdes, la Terre Promise a disparu de la géographie

N’ayant plus aucun avenir, les exilés se souviennent du passé. S’ils s’accrochent au souvenir de Jérusalem, c’est pour communier à sa détresse : “Le Seigneur m’a abandonnée ; mon Seigneur m’a oubliée » Dans cette situation, les Juifs sont déstructurés. On a du mal à imaginer leur état d’esprit.

Ils sont enfermés dans ce schéma de pensée mais le prophète se lève. Il a peut-être senti, en écoutant les rumeurs qui circulent, que quelque chose est en train d’évoluer dans la politique du roi Cyrus. Il pressent qu’une libération est peut être envisageable. Puisque Dieu est Dieu, les choses ne peuvent pas en rester là. Il travaille sûrement dans le secret des cœurs.
Le message du prophète est étonnant « Une femme peut-elle oublier son nourris-son, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ?
Même si elle l’oubliait, moi je ne t’oublierai pas. »

Pour parler de la relation de Dieu avec son peuple, on pouvait imaginer que le prophète cherche une comparaison à partir du schéma d’un couple en difficulté qui refait alliance après chaque rupture.
Il prend une autre image, celle de l’amour d’une mère pour l’enfant qui vient de naître. Le bébé ne s’exprime que par des cris et des pleurs. Il n’a que des exigences. Le temps du premier sourire n’est pas encore venu. L’amour de la maman est unilatéral, Pour l’instant, elle n’est pas payée de retour. Plus tard, elle sera sensible aux marques d’affection, mais son amour résistera à toutes les tempêtes, à toutes les ingratitudes. Le cœur de Dieu a ainsi des raisons que la raison ne connaît pas.

Comme une maman, Dieu ne peut oublier son enfant, le peuple qu’il a mis au mon-de. Aujourd’hui encore, il ne peut oublier son Église. Il ne peut pas nous oublier même ingrats, même mauvais serviteurs, même pécheurs. Si on demande d’où lui vient cette force (ou cette faiblesse !) infinie, il n’y a qu’une réponse qui ne s’explique pas et qui explique tout. Il n’est qu’amour et lui seul peut comprendre ce que cela veut dire. Chaque être humain a du prix à ses yeux. Il a besoin d’un peuple qui témoigne de cet amour, du pardon,… des pardons qu’il a reçus.

On dit quelquefois que les affaires vont comme elles sont menées.
Le peuple a subi les conséquences des choix qu’il a faits. C’est une expérience qu’il n’oubliera pas. L’action de salut de Dieu sera en fait le retour vers Jérusalem, la ville où est né le peuple. Il pourra chanter (Ps 61)
« Je n’ai de repos qu’en Dieu seul, mon salut vient de lui. Lui seul est mon rocher, mon salut, ma citadelle : je suis inébranlable. » (Ps 61, 2-3)
Un autre psaume dit : ((Ps 70, 6 - TOL) « Toi, mon soutien dès avant ma naissance, tu m’as choisi dès le ventre de ma mère ; tu seras ma louange toujours. »

I_ saïe nous présente donc aujourd’hui un Dieu plein de tendresse… peut-être un Dieu conduit par l’émotion. L’image de la tendresse peut faire naître l’image de la faiblesse... l’image d’un Dieu incapable de réagir, de montrer son autorité.
Il supporte tout et donc, on peut tout se permettre. Nous avons dans la tête quelque chose de cette image d’un Dieu avec qui on pourra toujours s’arranger.

L’évangile de Matthieu corrige cette image.
Si Dieu est présenté comme une mère par le prophète, il est présenté comme un père par Matthieu, un père qui prend soin, un père responsable qui éclaire la route à suivre... si on veut vivre. « Aucun homme ne peut servir deux maîtres : ou bien il dé-testera l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l’Argent. »

Dieu et l’Argent ont leurs exigences. L’un et l’autre sont totalitaires. Qui va dominer l’autre ? L’un et l’autre ont beaucoup de serviteurs qui ont du mal à faire un choix très clair. Peut-on vivre sans Dieu ? Peut-on vivre sans argent ?
Jésus ouvre un chemin pour clarifier la question : « Cherchez d’abord son Royaume et sa justice et tout (tout ce dont vous avez besoin) vous sera donné par surcroît. »

Philippe Torreton (acteur de cinéma) a écrit un livre en hommage à sa grand-mère. Il fait revivre cette femme, trois fois veuve. Toujours vêtue d’une blouse, elle ne restait jamais sans rien faire dans sa ferme normande. Une vie apparemment insignifiante !
Il résume sa vie ainsi : « Jeune, on t’a donné le nécessaire, adulte, tu n’avais que l’utile et à la fin de ta vie, il ne te restait que l’indispensable. (La Croix. 24 01 2014 p. 24)
Voilà une vie habitée par l’affection qui a ouvert une route.

D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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