8e Dimanche A

Isaïe 49 Rétablissement de Sion

14 Jérusalem disait :
« Le Seigneur m’a abandonnée,
mon Seigneur m’a oubliée. »
15 Une femme peut-elle oublier son nourrisson,
ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ?
Même si elle l’oubliait,
moi, je ne t’oublierai pas.
16 Car je t’ai gravée sur les paumes de mes mains,
j’ai toujours tes remparts devant les yeux.
17 Ils accourent, tes bâtisseurs ;
tes démolisseurs, tes dévastateurs, ils s’éloignent de toi.
18 Lève les yeux alentour et regarde :
tous, ils se rassemblent et viennent vers toi.
Par ma vie – oracle du Seigneur – ,
tous, ils seront comme une parure que tu revêtiras,
autour de toi, comme la ceinture d’une fiancée.
19 Car tes ruines, tes décombres, ton pays dévasté
sont désormais trop étroits pour tes habitants,
et ceux qui te dévoraient s’éloigneront

La liturgie de ce dimanche nous invite tout spécialement, non seulement à faire confiance au Seigneur et à nous en remettre à sa bonté de Père mais, surtout, à considérer ce qu’est l’homme pour Dieu, sa tendresse sans mesure de Dieu.
Nous contemplerons un Dieu non seulement Père mais également un Dieu Mère, et le prix de chacun à ses yeux de « mère ».
Cette expérience le peuple de Dieu l’a vécue dans des circonstances dramatiques qui à elles seules suffisaient pour se croire totalement abandonnés, oubliés de Dieu.

L’oracle de ce dimanche, du Second Isaïe (ch. 40-55), date de la fin de l’Exil. Le peuple a de quoi se plaindre car sa situation est détestable, peut-il encore attendre quelque chose de Dieu ? Dieu oublierait-il les siens ? Certains le pensaient.
Il s’agit de consoler le peuple que Dieu semble avoir oublié en le condamnant à l’exil et qui attend un signe de Dieu. Il ne faut pas imaginer trop vite dit le prophète Isaïe que Dieu abandonne son peuple, non seulement il n’oublie pas mais désire consoler son peuple dans son extrême souffrance en exil.

_ Le v 14 résume bien l’état d’esprit : « le Seigneur m’a abandonnée, m’a oubliée ». Ce n’est même pas une question c’est une affirmation. Et cependant le Seigneur se plaint lui aussi de l’infidélité de son peuple. S’il est à Babylone c’est à la suite de son péché, du refus d’écouter les messages que les prophètes lui envoyaient. On pourrait cependant objecter : tous ceux qui avaient péché et s’étaient fermés à l’appel des prophètes étaient morts ; en réalité, à Babylone, il restait très peu d’exilés qui étaient venus de Jérusalem, la plupart étaient nés sur place et ne connaissaient Jérusalem que par leurs parents.
Le prophète leur propose un acte de foi : il ne suffit pas de dire « je crois » mais dans les circonstances actuelles renouveler l’image toujours plus ou moins fausse que nous avons de Dieu, une image à notre mesure toute humaine. Dieu est toujours le tout Autre c’est à dire au delà de nos représentations et de nos projections. Ce qui nous permet de dire que l’amour de Dieu est d’une fidélité sans mesure, à l’encontre , à l’opposé de nos infidélités toujours possibles.
« La justification de cet Amour réside en lui-même : Amour fou s’adressant à un être qui n’en est pas digne, simplement pour aimer ». Martens –Frisque.

Le prophète écrit toujours dans un contexte bien précis et donc son message doit être Bonne Nouvelle pour le peuple, même si c’est un appel à la conversion. Celui-ci est encore en vue de vivre l’Alliance dans une plus grande fidélité avec Dieu qui s’est engagé tout entier et le premier sans jamais se dédire ni se renier.
Le peuple en exil doute. Quel est notre exil aujourd’hui ? ne serait-ce pas le doute face à la perte de la foi et de la pratique religieuse, le matérialisme ambiant qui élimine tous les repères anciens. Où aller ? qui croire ? Semble bien l’absent de notre monde et de nos vies.
C’est alors que paraît l’édit de Cyrus annonçant le retour des exilés dans leur patrie. Ce pourrait être un retour glorieux des exilés en Israël s’il n’y avait pas l’hésitation et le doute après une si longue absence.

Et voici, v. 15 la réponse du Seigneur. Il répond à leur détresse par la voix d’un prophète pour les assurer que Dieu ne les a pas oubliés. Comme aux jours de l’exode d’Egypte, le prophète se remémore l’appel de son ancêtre Jacob (Os. 11,1) et il appelle le petit reste des rescapés d’Israël à sa vocation de proclamer jusqu’aux extrémités de la terre la libération qu’apporte son Dieu. « La rédemption symbolisée d’abord par une recréation (40,1-49,13) est décrite ensuite comme la renaissance du peuple dans le sein de Sion, la capitale qui fait l’unité du pays (49,14-55,13) » R. Lack dans Ass du Sgr 39
Dieu ne peut pas oublier son peuple. C’est une parole sure de la bouche d’Isaïe. S’il a tardé à répondre, déjà il perçoit les signes de la tendresse de Dieu « gravée sur paumes ».
Des signes comme une aube qui naît : le prophète perçoit les bâtisseurs qui arrivent pour reconstruire la ville, leur arrivée chasse ceux qui avaient pour seul projet de démolir, de ravager la ville. Ils laissent la place à ceux qui construisent.
Il répond aux paroles provocatrices « le Seigneur m’a abandonné » par la parabole de l’amour maternel : Dieu se révèle mère, son amour est maternel : « quelle mère oublierait son enfant ? » A plus forte raison, Dieu ne pourrait abandonner son peuple.
« D’ordinaire Dieu est comparé à un père, ce qui évoque à la fois son autorité et son affection. Le Deuxième Isaïe n’hésite pas à donner à Dieu les sentiments d’une mère. L’Alliance tient bon en dépit de toutes les fautes d’Israël. » Seul Jérémie a été aussi loin : « Éphraïm est mon fils le plus cher, dit le Seigneur, c’est mon enfant préféré. Chaque fois que je dois le condamner, je continue malgré tout à penser à lui, tellement j’éprouve de tendresse pour lui. Je ne peux pas m’empêcher d’avoir pitié de lui. » 31,20
« Is. 49 est un texte majeur sur l’amour maternel de Dieu ; il invite à dépasser toute conception trop humaine de la paternité divine. « Dieu est tellement père qu’il est mère ». Dieu est plus encore qu’un père ou qu’une mère pour son peuple et selon l’Evangile, pour chacun de nous » Cah Evang 100pe 17
Cothenet dans Feu Nouveau cite J. Briend qui dit justement : « Si pour parler de Dieu, on ne peut le faire qu’avec un langage humain, on ne peut enfermer Dieu dans ce langage. Sur la base du dossier biblique Dieu n’est ni masculin ni féminin, bien qu’on lui a attribué des qualités aussi bien masculines que féminines ». Il est toujours au delà de ce que nous pouvons dire de Lui : c’est le mystère de son Nom »
Si le Second Isaïe évoque les relations entre Dieu et son peuple, dans l’évangile de ce jour, « Jésus, lui, parle de la relation entre chaque disciple et le Père du ciel ». Dieu ne peut oublier son enfant, même pécheur. Dieu peut-il oublier ? C’est la question que l’on se pose face aux catastrophes, aux séismes, aux massacres. Question que se posait déjà le peuple alors que pointaient déjà des signes d’espérance, de retour, de reconstruction. C’est sur ces signes que le prophète peut affirmer : « même si une femme peut oublier son enfant… ». Son affirmation n’a rien d’utopique. Il comprend les signes de l’aurore qui se lève et lui donne d’affirmer de la part de Dieu : « moi je ne t’oublierai pas ».

Heureux serons-nous de découvrir cette tendresse prévenante du Seigneur, qui sans cesse nous précède. Elle nous accompagne dans toutes nos insécurités quotidiennes pour témoigner jour après jour de l’abandon dont Jésus nous a donné l’exemple
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Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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