Accueil > Prier avec nous > Homelies > 8"e Dimanche A

 

8"e Dimanche A

8ème Dim. T.O. -A- (TOL)

Is 49, 14-15 1 Cor. 4, 1-5 Mt 6, 24-34

Quand un peuple prend des libertés avec la volonté de Dieu, les choses vont comme elles sont menées et, souvent, elles vont de travers. Le chemin qui conduit à la désintégration d’une société est long, mais elle arrive. Et alors le peuple se sent trahi par Dieu alors que c’est lui, le peuple, qui n’a pas été fidèle.

En ce temps-là, au 6ème s av J.C., le peuple de Dieu traverse une déprime. Il n’a plus de roi, plus de temple et le voilà en exil en Chaldée (Irak du sud). Les années passent et rien ne se passe. Les anciens parmi les déportés meurent les uns après les autres tan-dis que les Chaldéens font la fête avec leur dieu Mardouk qui a battu le Dieu d’Israël. Le peuple rumine sa désillusion. « Le Seigneur m’a abandonné ».
Le peuple avait cru que son Dieu allait le protéger et (sous entendu) lui permettre de continuer de vivre n’importe comment. Le fait est là : ce Dieu qui a fait alliance, avec ce peuple qu’il a créé, a renoncé à son projet : « Mon Seigneur m’a oublié. »

Un disciple du prophète Isaïe (appelé le 2ème Isaïe) réagit : une mère ne peut pas oublier son enfant. Et même si cela arrivait, Dieu, lui, n’est pas capable de se désintéresser de son peuple. S’il est silencieux, s’il semble indifférent, il est là. Tandis que le peuple s’engage gaiement dans la débandade, Dieu attend qu’on s’intéresse à nouveau à lui.

Il faut du temps pour qu’une maison abandonnée devienne une ruine. Il faut du temps pour qu’elle redevienne habitable. Il faut du temps pour admettre que la déchéance est l’aboutissement d’un comportement désordonné et pour réapprendre à écouter la Parole de Dieu et la traduire dans notre vie.
*
Au temps de Jésus, le peuple est revenu d’exil mais la situation n’est pas brillante. La Terre Promise est devenue une petite province de l’empire romain. Que des soldats étrangers occupent son pays ne trouble pas Jésus outre mesure. Son message dépasse les contingences de l’Histoire. Ce qu’il dit ce jour-là à ses disciples intéresse toute personne quelles que soient les circonstances historiques : « Nul ne peut servir deux maîtres.(…) Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l’Argent ».
Celui qui se laisse prendre par l’amour de Dieu regardera les autres comme des frères et n’aura jamais fini de s’oublier pour rendre service. Et c’est ainsi qu’il se construit.
Celui qui se laisse prendre par le goût de l’argent en voudra toujours davantage et, pour satisfaire son appétit, il n’hésitera pas à écraser ses frères en humanité.

Il y a quelques dizaines d’année, on disait que chaque billet de banque est un bulletin de vote. Les billets de banque ne sont pas faits pour être entassés et contemplés mais pour circuler et rendre service. Est-ce que chaque billet de banque que je donne favorise la fraternité ?

_J’emprunte à Henri Denis, prêtre du diocèse de Lyon décédé en 2015, un récit publié par la revue Magnificat. (Mars 2017)
« Un ami prêtre m’a raconté cette histoire.
Il était dans le Nord-Est brésilien, de passage dans une communauté où plusieurs enfants venaient de mourir de faim à cause de la sécheresse. La communauté entassée autour de l’autel, était rassemblée pour l’Eucharistie. La liturgie du jour propose la parole de Jésus : « Ne vous inquiétez pas de ce que vous mangerez (…) Observez les oiseaux du ciel (…) ne vous tourmentez pas. »
J’étais malheureux, dit ce prêtre, et je gardais le silence. Au moment de me lever pour tenter une parole, je vois un homme qui lève le doigt au milieu de la foule : « Ces mots de l’évangile, dit-il, sont les plus vrais pour nous aujourd’hui. Si nous étions préoccupés de ce que nous allons manger et boire demain, peut-être serions-nous en train de nous battre, ou de nous voler le peu que nous avons. L’important n’est pas de manger, même quand on meurt de faim, mais d’être frères. C’est pour cela que, dans notre communauté, nous avons décidé de partager jusqu’à la fin. »
Le missionnaire de passage n’a rien eu à ajouter. Les pauvres nous évangélisent.
*
L’insouciance n’est pas une qualité. Si les soucis construisent notre personnalité, certains ont plus d’importance que d’autres.
« Ne vous souciez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez, ni, pour votre corps, de quoi vous le vêtirez. »
« Cherchez le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par sur-croît. »
Ne se soucier que de soi rétrécit notre horizon. Etre attentif aux conditions de vie des plus défavorisés invite à évaluer nos appétits. Le jour où les hommes vivront avec le souci efficace de la justice, chacun aura ce dont il a besoin pour élever sa famille, gagner sa vie et exercer ses responsabilités.

J’ai déjà évoqué une réflexion de Philippe Torreton, comédien de profession (La Croix 24 janvier 2014). Pour honorer sa grand-mère qui venait de mourir, il lui a écrit ceci : « Jeune, on t’a donné le nécessaire, adulte, tu n’avais que l’utile et à la fin de ta vie, il ne te restait que l’indispensable. » L’héritage de cette grand-mère était remarquable. Il n’était pas à chercher dans une banque.
*
Paul est solidaire des chrétiens de Corinthiens. Il leur demande de travailler leur image de marque. « Que l’on nous regarde comme des auxiliaires du Christ et des intendants des mystères de Dieu. »
Sommes-nous des intendants compétents, dignes de confiance, capables de donner le goût de la justice et de révéler au monde les richesses du cœur de Dieu ?
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

Abbaye du Port du Salut - 53260 Entrammes | tél : (33) 02 43 64 18 64 - fax : (33) 02 43 64 18 63

 
>>>>