Accueil > Prier avec nous > Homelies > 7e Dimanche A

 

7e Dimanche A

7ème Dimanche du T.O. -A-

Le peuple de Dieu a retrouvé la terre de ses ancêtres en 538 av. J.C. S’il veut revivre après la débâcle de l’exil, il doit se construire une nouvelle identité, une autre manière de se comporter dans une configuration internationale mouvante. Pour bien se si-tuer, il n’a qu’un chemin : redécouvrir sa source.
La tribu de Lévi, autrefois au service du Temple, va être l’actrice de cette entreprise. L’indépendance politique étant perdue, le peuple de Dieu va s’identifier comme communauté religieuse. Le Livre des Lévites, rédigé par des prêtres, décrit ce fabuleux programme de restauration spirituelle appuyée sur une vie liturgique vraie.

Évidemment, en remontant aux sources, les Lévites rencontrent Moïse qui a reçu la Loi sur le mont Sinaï. Le texte lu aujourd’hui dit ceci : « Le Seigneur parla à Moïse et dit : « Parle à toute l’assemblée des fils d’Israël. Tu leur diras : « Soyez saints, car, moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. »
La sainteté ! On connait ! Tous les dimanches, on chante « Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur, Dieu de l’Univers ! » Tous les ans, on célèbre la fête de la Toussaint.
Il reste que les saints, nous les admirons de loin. S’il nous arrive de vivre auprès d’eux, ils nous déstabilisent : ils ne font pas les choses comme les autres. En se dé-marquant de la manière de vivre du monde, ils sont un reflet de la Sainteté d’un Dieu qui est par définition le Tout-Autre.

La sainteté, on connait mais elle n’est pas pour nous. Elle concerne quelques privilégiés. Erreur ! Dès l’origine, la Parole de Dieu s’adresse à toute l’assemblée des fils d’Israël. Chacun est donc concerné. Moïse donne un repère : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Aimer, ce n’est pas profiter du charme ou des services de l’autre. Aimer, c’est lui vouloir du bien, quoi qu’il fasse !
*
Quelques siècles plus tard, Jésus renverse la table des Lévites « Vous avez appris… Eh bien ! moi, je vous dis… »
« Vous avez appris : œil pour œil, dent pour dent. » Ce que disait la Loi était déjà un progrès. Il ne fallait pas que la riposte soit plus violente que le dommage. Jésus va plus loin : « Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends lui encore l’autre ? » Il ne demande pas de se complaire dans l’humiliation. Si quelqu’un te gifle, tends-lui l’autre joue pour que, plus tard, peut-être, il puisse t’embrasser. La joue est le lieu de l’humiliation et du baiser. Il s’agit, dans les relations difficiles, d’ouvrir un espace pour la réconciliation.

« Vous avez appris qu’il a été dit : « Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis. »
L’ancienne loi était accordée à une situation inédite. Par définition, le peuple de Dieu n’avait qu’un seul Dieu. Fréquenter les autres peuples, avec leurs multiples idoles, était dangereux. Pour ne pas être contaminé, il fallait les ignorer et même les haïr. La haine était comme une barrière de sécurité.

Et maintenant, je dois aimer celui qui veut me détruire ! Voilà une consigne difficile à entendre et pourtant, si je veut vivre avec un minimum de sérénité, il n’y a pas d’autre solution. Bien sûr, toute dérive mérite une sanction qui doit être éducative mais la vengeance ouvre la route à l’enchaînement des violences et elle ne donne pas la paix.
Ces temps-ci, nous sommes abreuvés d’images de violences qui provoquent d’autres violences. Elles nous donnent aussi des témoignages de victimes qui refusent de se laisser entraîner dans une riposte qui appellera d’autres violences.
Antoine Leiris gardera toujours la mémoire de l’attentat du Bataclan (13 novembre 2015). Il y a perdu son épouse. Dans un livre, il s’est adressé aux assassins : « Vous n’aurez pas ma haine. » (édit. Fayard). Il a réussi à ne pas changer sa souffrance en violence.

Quand Jésus demande d’aimer les ennemis, il ne demande pas de les féliciter. Il invite à découvrir et à développer en eux la fissure qui leur permettra de retrouver un peu d’humanité.
Nous sommes l’ennemi de notre ennemi. Pour retrouver une vie sereine, une seule solution : désamorcer la haine qui habite le cœur. Il faut qu’il y en ait un qui commence. Nous devons aimer et nous laisser aimer. Baigné dans l’amour de Dieu, on se sent en paix. Le paradis, c’est l’amour de l’autre et l’amour de soi. L’enfer, c’est la haine de l’autre et la haine de soi.
*
Dans sa 1ère lettre aux Corinthiens, Paul écrit ceci : « Frères, ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? »
Autrefois, la salle qu’on appelait le Saint des Saints était le cœur du Temple de Jérusalem. Le grand prêtre n’y entrait qu’une fois par an. Alors que les peuples païens avaient l’accès immédiat aux statues de leurs idoles, le peuple de Dieu avait un Dieu invisible qui gardait la distance. Le temple a été détruit. Dieu devenu inaccessible à Jérusalem a rejoint les déportés en exil. Quelques siècles plus tard, Jésus s’est présenté comme le nouveau temple. C’est par lui et en lui que nous rencontrons Dieu. En envoyant son Esprit, il fait de chacun de ses disciples un temple, un sanctuaire.

Jésus habite peut-être en nous de la manière qu’il a commencé sa vie : dans l’indifférence générale, à la périphérie de Bethléem, ou comme il l’a terminée : dans une ambiance de haine à la périphérie de Jérusalem. De toute façon, il est là. Dans la mesure où nous avons avec lui une relation de vérité, Jésus nous apprend, jour après jour, à vivre en aimant. Il agit dans le monde à partir des choix que nous faisons. Et donc…
« Accorde-nous, Dieu tout-puissant, de conformer à ta volonté
nos paroles et nos actes ». (Prière d’ouverture)
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

Abbaye du Port du Salut - 53260 Entrammes | tél : (33) 02 43 64 18 64 - fax : (33) 02 43 64 18 63

 
>>>>