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6e Dimanche de Pâques B - 1 Jean 4, 7-10


2ième lecture : I Jean 4/7-10

7 Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, car l’amour vient de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu.
8 Qui n’aime pas n’a pas découvert Dieu, puisque Dieu est amour.
9 Voici comment s’est manifesté l’amour de Dieu au milieu de nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui.
10 Voici ce qu’est l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime d’expiation pour nos péchés.

A propos de la 2ème lecture :

Pour bien comprendre la péricope liturgique de ce dimanche, je vous invite à lire les versets 1-6 du chapitre 4 qui précèdent immédiatement.

Quand Jean écrit sa première lettre aux communautés chrétiennes, la société grecque et l’empire romain traversent une crise de société comparable à la nôtre. Qui dit crise dit aussi incertitude, recherche, égarement et aussi insatisfaction pour ceux qui sont en quête de sens à la vie. Crise dit aussi brassage d’idées d’où questionnement des hommes sur leur vie et ses valeurs traditionnelles. C’est donc dans un climat du monde profondément perturbé que les premières communautés chrétiennes prennent naissance. Ce qui n’était pas sans poser de problèmes surtout aux nouveaux convertis.

Jean leur adresse un appel au discernement des esprits au sein des situations conflictuelles des communautés.
Il leur adresse un appel réitéré à l’amour : ce n’est pas moins de dix fois que dans ces versets 7-10 revient le mot amour ou le verbe aimer.
Dans la langue française le mot « amour » désigne des réalités très différentes et recouvre des sens différents : lorsqu’il s’agit de la nourriture, de la musique, ou de l’amour pour son époux, on utilisera toujours le même mot aimer, amour.
Jean aurait pu employer le mot grec « éros », que nous connaissons et qui signifie l’amour dans un sens très possessif, exigeant une réponse ; amour né d’un besoin, et passionnel. Moins fort pour ce qui est de l’intensité des sentiments, il aurait pu utiliser le terme « philia », expression grecque pour désigner une amitié authentique, une bienveillance réciproque, un accord spontané. Jean ne l’utilise pas. Il a retenu le mot « agapè » dont le sens obvie signifie « préférence », montrant ainsi que l’amitié de Dieu pour nous n’est pas conditionnée par nos mérites, mais demeure pure gratuité et générosité. L’amour de Dieu n’est pas saisie de l’autre pour se l’accaparer mais communication totalement gratuite de soi-même Notons que l’auteur ne dit pas que l’amour est Dieu mais que Dieu est amour.
En français le terme « charité » est tellement dévalué, qu’il exprime difficilement et d’une manière partielle ce qu’il recouvre. Nous utilisons « charité » pour tout. Que ne cache pas la « charité chrétienne » ? En fait, nous n’avons pas de terme propre pour désigner l’agapè divin. Il est dès lors urgent d’expliquer que Dieu a sa manière à lui d’aimer, qui n’est pas la nôtre, mais qu’il veut nous communiquer.

C’est seulement après avoir parlé très chaleureusement de l’amour que l’auteur parle enfin du péché. On n’entre dans la connaissance du péché que dans la mesure où l’on entre dans la connaissance de l’amour. Le péché n’est-il pas tout simplement le refus d’aimer ? Pour l’auteur de la lettre, la connaissance du péché ne relève pas de la morale mais de l’expérience que nous faisons de l’amour divin. Il serait sans doute naïf de rêver rencontrer dans les rapports humains un amour totalement désintéressé. Le jour où dans notre vie, nous expérimentons quelque chose d’un amour désintéressé, nous sommes mis sur le chemin de Dieu.

Ces versets nous disent les exégètes sont un appel au discernement des esprits : Jean va donner un critère essentiel pour savoir si on est dans le vrai, si on est en communion avec Dieu. « Le critère de la véritable foi est l’attitude que l’on a vis﷓à﷓vis de Jésus﷓Christ. L’homme qui a l’Esprit de Dieu confessera Jésus Christ venu en chair. Cette construction met bien l’accent sur la personne, et non sur la proposition. La mention de la chair souligne l’incarnation. Jésus n’a pas simplement revêtu la nature humaine, mais il est réellement venu en chair (cf. Jn. 1. 14 ; 2 Jn. 7). L’esprit qui confesse que Jésus est bien venu ainsi est de Dieu. Cela n’est pas une découverte de l’homme, mais une révélation du Seigneur. »

Le premier signe d’authenticité chrétienne est donc la reconnaissance de Jésus-Christ venu dans la chair partager notre condition humaine. Telle est l’œuvre de l’Esprit dans la communauté. Il faut rappeler qu’en ce temps-là des pseudo-prophètes niaient la dimension divine de l’incarnation et que ces questions doctrinales ne faisaient qu’aggraver les tensions au sein de la communauté. Prétendre le contraire c’est parler le langage du monde. « Il s’agit de s’ouvrir à la connaissance de Dieu. »
A ceci vous reconnaîtrez la vérité : « Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde » ; confesser que Jésus venu dans la chair est de Dieu : cela vient de l’Esprit qui est de Dieu. Ceux qui ne confessent pas et ne reconnaissent pas Jésus venu dans la chair, divisent Jésus, ils le font selon un esprit qui n’est pas de Dieu mais selon l’esprit de l’antichrist.
Cela nous rappelle Jn 1, 14 : « Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire » : la gloire que seul un Fils Unique peut recevoir du Père ; en lui tout était don d’amour et vérité.
C’est l’Esprit qui nous révèle que Jésus est venu dans la chair. En quoi est-ce important ? Pour Jean l’importance vient de ce que c’est ainsi qu’on découvre qui est Dieu, Dieu tout entier, tel qu’il est réellement et, pas seulement comme les hommes l’ont imaginé, en lui, par lui nous découvrons la véritable dimension, le sens de notre vie face à Dieu.

Le second signe d’authenticité pour Jean c’est le maintient de l’agapè, cad de la communion fraternelle enracinée dans l’amour du Christ. L’agapè signifie don de soi en pure perte de soi, jusqu’à l’épuisement total de soi,
Ce second signe d’authenticité souligne que « loin de minimiser l’importance de l’incarnation de Jésus dans notre histoire, il s’agit de la vivre dans l’amour mutuel, puisque l’amour est issu de Dieu. » A. Ruelle
C’est dans la vie fraternelle que nous pourrons réellement incarner cet Amour –agapè- totalement gratuit, infini, dont nous sommes aimés.
« Telle est la portée et la signification existentielle de l’Incarnation du Verbe, venu planter sa tente au milieu de nous » Ruelle.
Bourgin dans Assemblées du Seigneur écrit : « L’enjeu s’avère donc grave. Si nous refusons de recevoir l’agapè pour l’incarner dans nos communautés, nous manquons au monde. D’autres peuvent lui donner autre chose, mais notre vocation propre consiste à lui révéler l’agapè cad Dieu »

N’y a-t-il pas là une interpellation forte de notre temps spécialement pour les jeunes générations qui attendent de l’Eglise et des communautés des signes aussi forts et aspirent à de tels signes.
« Il ne suffit pas de se dire croyant, encore faut-il rendre croyable l’Incroyable Amour de Dieu pour tous les humains…à commencer par Jérusalem, c’est à dire par l’amour fraternel entre ceux et celles qui se savent issus de Dieu, en Jésus-Christ, par l’action de son Esprit Saint » Ruelle.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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