6e Dimanche A

6e Dimanche A

Ben Sirac 15, 15-20

11 Ne dis pas : « C’est le Seigneur qui m’a dévoyé »,
car il ne fait pas ce qu’il a en horreur.
12 Ne dis pas : « C’est lui qui m’a égaré »,
car il n’a que faire du pécheur.
13 Tout ce qui est abominable est détesté du Seigneur
et ne peut être aimé de ceux qui le craignent.
14 C’est lui qui, au commencement, a créé l’homme
et l’a laissé à son libre arbitre.
15 Si tu le veux, tu peux observer les commandements,
il dépend de ton choix de rester fidèle.
16 Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu :
étends la main vers ce que tu préfères.
17 La vie et la mort sont proposées aux hommes,
l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix.
18 Car la sagesse du Seigneur est grande,
fort est son pouvoir, et il voit tout.
19 Ses regards sont tournés vers ceux qui le craignent,
il connaît toutes les actions des hommes.
20 Il n’a commandé à personne d’être impie,
il n’a donné à personne la permission de pécher.

A propos de ce texte

Écrit en hébreu vers 190 av J-C , l’Ecclésiaste fut traduit en grec et l’original hébreu avait presque disparu pour réapparaître à l’occasion des découvertes récentes.
Ben Sirac appartient à une classe aisée. Il a recherché la sagesse par la prière, la méditation et une vie conforme à la Loi, respectant les exigences de celle-ci.
De disciple il devient maître : « voilà dit-il que mon canal est devenu un fleuve et mon fleuve est devenu une mer ».
A force de réfléchir sur la Loi du Très Haut et chercher la Sagesse il constate son impuissance.
« Ben Sirac est une âme très religieuse nous dit Osty. Aucun maître de sagesse n’a insisté comme lui sur la nécessité et les bienfaits de la crainte du Seigneur ».
Le péché a une grande place dans la pensée de Ben Sirac. Les convictions de l’auteur de ce passage pourraient se résumer : l’homme se trouve en face de deux réalités : le bien et le mal, « l’eau et le feu ». Il y a un discernement, un choix à faire entre le bien et le mal devant lesquels l’homme reste libre.
Face au mal les questions que se posent les hommes de tout temps : Dieu peut-il être l’auteur du mal ? du péché ? Quelle peut-être alors la liberté de l’homme ?
Selon un vieux commentaire juif de Genèse Dieu aurait fait l’homme avec un double penchant : vers Dieu –le bien et vers le mal.
Ben Sirac se réfère à ce double penchant pour parler du combat que doit mener l’homme avec la grâce que donne Dieu, avec laquelle il peut sortir vainqueur.
L’homme a reçu de Dieu le pouvoir de décision qui lui permet d’être pleinement libre de ses choix ! il n’est en tout cas pas déterminé dans ceux-ci, mais c’est encore la Sagesse de Dieu qui éclaire l’homme qui est libre de son vouloir
Cette liberté humaine d’origine divine, trouve en Dieu et sa source et toute sa vitalité. C’est l’amour infini de Dieu qui permet à l’homme d’être libre de ses choix au risque du pire.
C’est ce que nous découvrirons chez le Christ tout particulièrement lors de son séjour au désert et de ses tentations. Jésus en avait pleinement conscience et sans cesse tout au long de chacune des tentations il faisait référence à son Père à travers les citations de la Parole…expression de son Père.
« C’est Dieu qui la (la liberté) donne à l’homme en même temps que la vie et cela depuis que l’homme existe sur la terre. »
C’est donc une liberté possible dont il parler au verset 15 : « si tu veux tu garderas les commandements ».
Ben Sirac utilise plusieurs formules pour exprimer cette liberté : « si tu le veux…en ton pouvoir…selon ton désir…à leur gré ».
La liberté comporte à la fois le pouvoir de prendre une décision et la possibilité de l’exécuter, qu’il exprime clairement au v15 : « il dépend de ton choix de rester fidèle ».
On peut se demander de quelle loi s’agit-il ? de quels commandements ? Certainement qu’au fur et à mesure du temps à ces commandements s’étaient ajoutés des prescriptions légales qui avaient pris une telle ampleur qu’on les avait confondu avec les commandements donnés par Dieu à Moïse.
Le Christ précise dans l’évangile de ce jour qu’il n’abolit absolument pas la loi mais la porte à son sommet et de son sens et de son observance. Il en arrive au respect du grand commandement, « la voie supérieure qui les dépasse toutes » 1 Cor 12,31qui est celle de l’amour.
Chaque fois que Jésus appelle soit à le suivre ou à observer les commandements c’est une réponse totalement libre qu’il attend, « une forme de perfection et de service , dont la qualité sera celle même de l’âme qui y répond et qui ne sera comprise que « de ceux-là à qui c’est donné » Séguineau dans Ass du Sgr 37
Même lorsque les appels du Seigneur semblent d’une grande exigence il laisse toujours un espace de liberté tel que chacun se sent libre dans ses limites et l’urgence du Royaume. C’est un choix de vie ou de mort ! « si tu veux…là où tu veux… »
V15 : Osty dans sa note cite hébreux dont la fin du verset est légèrement différente : « si tu as foi en lui, toi aussi tu vivras », la fidélité au Seigneur est bien source de vie.

Le verset 11 nous aide à a comprendre : il commence par « ne dis pas c’est à cause du Seigneur que j’ai fait défection… » et se termine par notre verset 20 : « il n’a commandé à personne d’être impie, n’a donné à personne la permission de pécher ».
On ne peut, nous dit l’auteur, d’aucune manière mettre Dieu en cause, mais l’homme est pleinement responsable de ses choix.
Le choix libre qui est fait au croyant c’est entre la mort ou la vie : pas nécessairement une mort physique ou une vie physique .
Il fait ici référence à Deutéronome 11:26-28 « 26 Vois : je mets aujourd’hui devant vous bénédiction et malédiction : 27 la bénédiction si vous écoutez les commandements du SEIGNEUR votre Dieu, que je vous donne aujourd’hui, 28 la malédiction si vous n’écoutez pas les commandements du SEIGNEUR votre Dieu, et si vous vous écartez du chemin que je vous prescris aujourd’hui pour suivre d’autres dieux que vous ne connaissez pas.
Et à Deut 30, 15 – 20 15 Vois : je mets aujourd’hui devant toi la vie et le bonheur, la mort et le malheur, 16 moi qui te commande aujourd’hui d’aimer le SEIGNEUR ton Dieu, de suivre ses chemins, de garder ses commandements, ses lois et ses coutumes. Alors tu vivras, tu deviendras nombreux, et le SEIGNEUR ton Dieu te bénira dans le pays où tu entres pour en prendre possession. 17 Mais si ton cœur se détourne, si tu n’écoutes pas, si tu te laisses entraîner à te prosterner devant d’autres dieux et à les servir, 18 je vous le déclare aujourd’hui : vous disparaîtrez totalement, vous ne prolongerez pas vos jours sur la terre où tu vas entrer pour en prendre possession en passant le Jourdain. 19 J’en prends à témoin aujourd’hui contre vous le ciel et la terre : c’est la vie et la mort que j’ai mises devant vous, c’est la bénédiction et la malédiction. Tu choisiras la vie pour que tu vives, toi et ta descendance, 20 en aimant le SEIGNEUR ton Dieu, en écoutant sa voix et en t’attachant à lui. C’est ainsi que tu vivras et que tu prolongeras tes jours, en habitant sur la terre que le SEIGNEUR a juré de donner à tes pères Abraham, Isaac et Jacob.

Chaque fois que les prophètes sont envoyés au nom du Seigneur c’est pour rappeler le mal et l’oubli de la Loi, le mauvais choix qui a été fait et les conséquences qui normalement en découlent et qui sont subies avec amertume.

V18-19 : Face à ses choix l’homme n’est pas seul , il est invité à regarder, admirer la Sagesse de Dieu dans ses œuvres et constater que sa liberté est l’œuvre des mains de Dieu en même temps que participation à sa sagesse.
« S’il est vrai que nos actes nous suivent (Ap 14,3), il est non-moins vrai que beaucoup de nos actes nous changent : aucune fatalité ne prévaut contre la conscience d’un homme. Et Dieu, « seul sage » (Rm 16,27) peut sans cesse aider l’homme à se « libérer » d’une manière permanente. Il réagit devant l’erreur de l’homme qui use mal de sa liberté, il invente et propose continuellement les réparations. Il appelle sans cesse, et l’homme peut toujours répondre. Dieu connaît les œuvres des hommes…Cette connaissance profonde que Dieu a de nous doit « rassurer notre conscience si elle nous condamne », car Dieu aime et son amour est aussi miséricordieux que clairvoyant… » Séguineau dans Ass du Sgr 37
v20 : Négativement il affirme que Dieu ne commande pas d’être impie ni ne donne la permission de pécher, en positif c’est un appel personnel de Dieu à la sainteté, à ne pas pécher, à nous ajuster à sa sagesse qui se révélera clairement dans le sermon sur la montagne dans lequel Jésus reprend la Loi donnée à Moïse et la porte à son plein accomplissement. Jésus n’abolit rien de la Loi mais l’accomplit en invitant à l’intérioriser par un choix personnel toujours à renouveler.
Nous savons que nos choix ne se font pas sans résistance, nos échecs, nos erreurs avec leurs conséquences nous ouvrent les yeux, ils nous donnent ce qu’on appelle « une leçon » qui est encore un appel à la conversion.
Chaque décision est un don à accueillir , une lumière de l’Esprit qui s’épanouit dans un acte d’amour.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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