Accueil > Prier avec nous > Commentaires 1ére lecture > 5e Dimanche du Temps Ordinaire

 

5e Dimanche du Temps Ordinaire

2ième lecture : I Corinthiens 15/1-11

1 Je vous rappelle, frères, l’Évangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu, auquel vous restez attachés,
2 et par lequel vous serez sauvés si vous le retenez tel que je vous l’ai annoncé ; autrement, vous auriez cru en vain.
3 Je vous ai transmis en premier lieu ce que j’avais reçu moi-même : Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures.
4 Il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures.
5 Il est apparu à Céphas, puis aux Douze.
6 Ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois ; la plupart sont encore vivants et quelques-uns sont morts.
7 Ensuite, il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres.
8 En tout dernier lieu, il m’est aussi apparu, à moi l’avorton.
9 Car je suis le plus petit des apôtres, moi qui ne suis pas digne d’être appelé apôtre parce que j’ai persécuté l’Église de Dieu.
10 Mais ce que je suis, je le dois à la grâce de Dieu et sa grâce à mon égard n’a pas été vaine. Au contraire, j’ai travaillé plus qu’eux tous : non pas moi, mais la grâce de Dieu qui est avec moi.
11 Bref, que ce soit moi, que ce soit eux, voilà ce que nous proclamons et voilà ce que vous avez cru.
12 Si l’on proclame que Christ est ressuscité des morts, comment certains d’entre vous disent-ils qu’il n’y a pas de résurrection des morts ?
13 S’il n’y a pas de résurrection des morts, Christ non plus n’est pas ressuscité,
14 et si Christ n’est pas ressuscité notre prédication est vide, et vide aussi votre foi.

A propos de cette lecture :

Après avoir dénoncé les rivalités et déchirures dans la communauté et rappelé la Sagesse de Dieu qui réduit à néant nos prétendues sagesses humaines et toutes nos querelles, Paul rappelle aux Corinthiens que le langage de la croix est scandale pour les juifs et la résurrection, stupidité pour les païens. Il ne faut pas oublier que la sagesse grecque s’ingéniait à se libérer de la pesanteur du corps. La mort était la sortie de la pesanteur du corps et l’envol vers le monde éternel des idées.
Quand on regarde les noms des témoins que Paul cite dans le texte d’aujourd’hui, on peut s’étonner. Il nous parle de Pierre (qui a renié), de Jacques et des apôtres (qui se sont enfuis lors de l’arrestation de Jésus). Voilà donc le socle humain de l’Eglise.
Comment espérer durer dans le temps avec une telle équipe de campagne !? Pierre et les autres n’oublieront jamais leur passé. Ce qu’ils ont fait reste écrit dans l’histoire. Chacun reste avec son tempérament.
Après Pierre, Jacques et les autres, voici Paul. Il n’a jamais rencontré Jésus en Palestine. Il ne fait pas partie de la première génération de chrétiens. Pharisien compétent, il a perçu la naissance de l’Eglise comme une menace pour la foi juive. Il a fait ce qu’il pensait devoir faire. Il écrit clairement « J’ai persécuté l’Eglise de Dieu. »
Il n’améliore pas l’image de marque des premiers évangélisateurs ! Et pourtant, tous peuvent se reconnaître dans ce qu’il écrit : « Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu et la grâce dont il m’a comblé n’a pas été stérile. »
A travers sa lettre, Paul fait éclater aux yeux des Corinthiens, le triomphe de la grâce. C’est à travers la pauvreté de chacun que la puissance de la Bonne Nouvelle de la Résurrection du Christ éclate. C’est dans ce but, en réponse aux juifs et aux païens, que Paul, chargé d’annoncer les mystères du Christ, va se centrer sur le point central de la foi : il affirme solennellement la résurrection du Christ. Pour les Grecs le mot résurrection sonnait faux. Il sera d’autant plus ardu pour Paul de les convaincre. C’est pourtant cette Bonne Nouvelle qu’il leur a annoncée et par laquelle « ils tiennent le coup ».
L’affirmation de Paul rencontre aussi une objection venue du fait que certains suspectent sa qualité d’apôtre, en ce qu’il n’a pas été témoin direct du Christ au même titre que les apôtres. C’est pour cela qu’il affirme qu’il est apôtre, même s’il est le plus petit. Paul se sent pleinement apôtre par vocation (1Cor 1,1) appelé non par les hommes mais par Jésus-Christ que Dieu qui a relevé d’entre les morts (Gal 1,1).
Tout l’intérêt de cette lecture réside dans le fait qu’elle nous donne le processus de la Bonne Nouvelle : elle est d’abord annoncée, reçue, et c’est elle qui fait tenir le coup à tous ceux qui y restent attachés. Ce passage, nous rapporte une très ancienne formule de foi centrée sur la résurrection de Jésus. « Je tiens à vous rappeler l’évangile avec lequel je vous ai évangélisés ».

Dans les Cahiers Evangiles nous lisons : « quand les mères avaient surpris leur fils en quelque petit délit de ruse, de mensonge, ou de violence, raconte J. Guehenno de son enfance bretonne, elles commençaient pour le reprendre par leur demander : « Récite ton je crois en Dieu », et ils le récitaient, les mains jointes. Cela, pensaient-elles devait suffire à les remettre sur la voie ». On peut discuter de cette pédagogie mais elle atteste que pour ces chrétiennes, dire sa foi c’était aussi dire quelque chose de soi dans sa relation avec Dieu. La foi ne détruit pas notre personnalité. Elle n’efface pas notre histoire. Elle est une lumière qui vient d’ailleurs mais qui ne s’impose pas. Elle nous invite à faire librement confiance à Dieu et à son Fils Jésus qui est venu révéler et réaliser le plan de salut du Père. Ce plan de salut peut se dire ainsi : il s’agit pour Dieu et pour l’humanité de vivre en harmonie. Ce qui empêche cette harmonie, c’est ce qu’on appelle le péché.

Avoir la foi est une expression bizarre. On n’a pas la foi pour la stocker, la posséder. C’est plutôt elle qui nous possède. Elle entre dans notre vie pour être transmise.
L’Evangile a déjà ici le sens de « résumé de la Bonne Nouvelle », mais il n’est pas encore tel que nous le connaissons aujourd’hui, car Paul écrit une vingtaine d’années au moins avant que le premier évangile n’ait été rédigé, et il dispose déjà de recueils mis en forme pour l’annonce de l’Evangile. Paul s’inscrit dans la tradition : en annonçant la Mort-Résurrection du Christ, il se réfère comme apôtre à la tradition qui rapporte l’événement pascal du Christ et la tient au cœur du kérygme.

Paul s’inserre dans cette Tradition comme un chaînon (v 11) qui transmet le message et l’annonce du mystère pascal dont il a eu connaissance de manière privilégiée dans une rencontre avec le Ressuscité sur le chemin de Damas. Le Christ lui a transmis sa Bonne Nouvelle au cours de cette rencontre inoubliable. Pour appuyer son témoignage il donne le nom d’autres témoins de la résurrection dont la plupart étaient encore vivants et donc pouvaient confirmer ce qu’il affirmait. Sa rencontre avec le ressuscité fut le point de départ de son attachement au Christ. Pour tout baptisé également, la rencontre personnelle avec le Christ est déterminante pour la foi et l’attachement et fidélité au Christ.
Paul ne fonde pas seulement sa foi et sa qualité d’apôtre sur la vision du Ressuscité dont il a été gratifié mais aussi sur une des plus primitives attestations de la Bonne Nouvelle qu’il a lui-même transmise pour l’avoir reçue lui aussi, il s’appuie sur la profession de foi pratiquée à Jérusalem.
On peut retenir quatre affirmations dans ce Credo : « le Christ est mort pour nos péchés selon les Ecritures, il a été mis au tombeau, il est ressuscité le troisième jour, selon les Ecritures et il est apparu à un certain nombre ». (v 3b-4) Cette formulation est le premier credo de la première Eglise. Paul l’a sans doute connu lors de sa montée à Jérusalem lorsqu’il est allé s’expliquer sur sa conversion et son initiative de baptême des païens.
« Il n’est pas dit ‘Jésus est mort’, mais le Christ, le chargé de mission de Dieu, celui dont on attendrait le moins qu’il meure, est précisément atteint par la mort. La forme de sa mort, la croix n’est pas au centre de cette formule, mais le simple ‘mourir’ qui caractérise la fin de tout être humain. Christ meurt pour chaque homme » Cah Evang 66 p44
« Pour nos péchés ». La mort du Christ n’est pas une mort close, individuelle, fermée mais c’est une mort du Christ à cause de nos fautes, afin que Dieu ne nous les porte plus en compte. La mort du Christ a réduit à néant la puissance du péché.

« Nous avons ici – au printemps 55 de notre ère- la notation écrite de la plus ancienne profession de foi de l’Eglise de Jérusalem, préexistant au stade oral, au plus tard six ans après les événements dramatiques de la Pâque Nouvelle, que Paul déclare avoir reçue du Seigneur et qu’il a transmise et qu’il aime nommer « Son Evangile », non qu’il s’en revendique propriétaire mais celui dans lequel il s’est lui-même reconnu, après avoir été lui-même reconnu par ceux dont il l’a reçu à Jérusalem ».
« Selon les Ecritures » il s’agit bien de l’Ancien Testament et le sens prophétique de celui-ci concernant l’événement Jésus-Christ. Ce qui avait été annoncé et préparé est réalisé en Jésus-Christ.
« Il fut mis au tombeau » : c’est une preuve que Jésus était bien mort.
« Il est ressuscité » souligne l’inauguration du monde à venir, début des temps nouveaux et certitude du triomphe final. Le troisième jour n’est pas seulement une date mais un symbole : après la création, après la perdition c’est la nouvelle création. » C. Evag.66 pe45. C’est l’événement unique qui va bouleverser le monde.
v 5-7 Cette profession de foi ne se veut pas du tout comme adhésion à une doctrine ou une idéologie mais se rattache à un événement unique dans l’histoire : Jésus de Nazareth.
Ces versets dont Christ-Messie est toujours le sujet sont une merveille. On ne s’attarde pas sur les détails mais sur la personne du Christ. Il est apparu, il s’est donné à voir enlève toute initiative à ceux qui en ont été bénéficiaires : c’est le Christ qui prend l’initiative. (On ne sait pas si la quatrième affirmation « est apparu à Céphas » fait partie de la confession de foi.)
La Résurrection du Christ : Paul peut en témoigner car le ressuscité l’a rejoint et lui est apparu alors qu’il en était l’adversaire farouche.
L’Eglise en a fait le cœur de sa foi. La résurrection c’est le fruit de la grâce en moi dit Paul (v.10). Paul proclame à partir de son expérience que Dieu est venu le surprendre sur le chemin de Damas. C’est bien Dieu qui a pris l’initiative et c’est un don de sa bonté qui n’a pas tari depuis. Tout est fruit de la grâce, le Christ s’est donné tout entier à celui qui l’a rencontré. Ce « avec moi » c’est la collaboration avec Dieu rendue possible par la rencontre et l’accueil de la grâce. C’est là sans doute que réside la difficulté, être assez libre pour accueillir la lumière…
Pour Paul il a fallu qu’il soit terrassé, réduit à rien et rester dans l’obscurité pour que Dieu se révèle à lui. Nous pouvons certainement nous reconnaître dans l’expérience de Paul ….

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

Abbaye du Port du Salut - 53260 Entrammes | tél : (33) 02 43 64 18 64 - fax : (33) 02 43 64 18 63

 
>>>>