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5e Dimanche de Pâques

Apocalypse 21,1-5a

1 Alors je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre ont disparu et la mer n’est plus.
2 Et la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, je la vis qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu, comme une épouse qui s’est parée pour son époux.
3 Et j’entendis, venant du trône, une voix forte qui disait : Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il demeurera avec eux. Ils seront son peuple et lui sera le Dieu qui est avec eux.
4 Il essuiera toute larme de leurs yeux, La mort ne sera plus. Il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance, car le monde ancien a disparu.
5 Et celui qui siège sur le trône dit : Voici, je fais toutes choses nouvelles. [Puis il dit : Ecris : ces paroles sont certaines et véridiques.]

A propos de cette lecture :

Avec cette lecture nous entamons la finale du Livre de l’Apocalypse, la fin du voyage et donc la fin de la Bible. Cette « septième vision » constitue en quelque sorte l’apothéose de la contemplation johannique.
L’Apocalypse lève le voile sur l’humanité transfigurée par la victoire du Christ sur le Mal et la Mort, et la fin de l’Apocalypse est la révélation du Christ total, la Tête et le Corps à savoir : le Christ entré dans sa gloire à la Résurrection, le Corps, l’Eglise, l’Epouse va à la rencontre pour les noces. Et tout devient nouveau la terre et le ciel ! Et pour le dire c’est par quatre fois que l’auteur le signale par les mots : « nouveau et nouvelle ».
Tout est nouveau : la terre, le ciel, Jérusalem. Le voyant « voit » trois fois dans ce chapitre 21 : v. 1, 2 et 22.
_ Il voit trois fois, ce chiffre signifiant le but et la perfection. Il voit et contemple (et nous à sa suite) un ciel nouveau et une terre nouvelle. Voilà la Bonne Nouvelle : « Un » ciel nouveau et non pas « le » ciel nouveau et « une » terre nouvelle. Le premier ciel et la première terre, ainsi que la « mer », symbole de la résidence des forces du mal, ont disparu. C’est concret.
Il ne s’agit donc pas d’un remplacement, ni d’une nouvelle création mais d’une transformation de l’ancien, du premier monde, de la première création qui a sa source et son origine dans le mystère de passion et résurrection du Christ. C’est lui qui nous renouvelle et toute la création.
Isaïe ne l’avait-il pas déjà annoncé au chap 49 : « 18 Ne pensez plus aux événements passés, Et ne considérez plus ce qui est ancien.19 Voici, je vais faire une chose nouvelle, sur le point d’arriver : Ne la connaîtrez-vous pas ? Je mettrai un chemin dans le désert, Et des fleuves dans la solitude. »

Quand le premier monde disparaît, l’autre apparaît. Le nouveau n’est pas une annulation du premier mais l’accomplissement, une restauration. Le ciel nouveau et la terre nouvelle ne sont pas une création entièrement nouvelle mais une recréation, une métamorphose de la première. C’est l’accomplissement de toute l’espérance d’Israël. « En effet, voici que je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle ; ainsi le passé ne sera plus rappelé, il ne remontera plus jusqu’au secret du cœur ». (Is. 65/17). Seule la mer n’existera plus. (La mythologie fait de la mer l’habitacle des monstres marins, symbole du mal).
« Que la radicalité du mal et la radicalité de la paix et de la communion soient toutes deux représentées par une ville, Babylone et Jérusalem, n’est pas anodin. En effet, dans le premier Testament, la ville joue un rôle ambigu. Fondée par le premier meurtrier, Caïn (Gen 4,17), la première ville devient rapidement le lieu de toutes sortes de violences et de projets totalitaires que fait avorter l’intervention divine (cf. l’histoire de la construction interrompue de Babylone en Gn 11 ; celle de la destruction de Sodome et de Gomorrhe en Gn 19). Mais la ville est aussi le lieu de progrès, de l’innovation et de la culture, le lieu où les humains peuvent (pourraient) vivre ensemble pacifiquement, en vue d’une unité qui se ferait dans le respect de la diversité de chacun. Ainsi la ville peut être le lieu du pire comme celui du meilleur. Mais pour devenir ce lieu du meilleur, il faut justement que Dieu ressuscite ce lieu de mort potentielle pour le renouveler radicalement en profondeur… » E. di Pede dans Feu Nouveau 53-3.

Cette terre va quelque part, elle va à la rencontre de l’Epoux. Elle est parée : sa beauté réside dans l’Amour dont elle est comblée, qui est en elle et la rend capable d’aller à la rencontre de l’Epoux.
Non seulement nous sommes invités à contempler, mais nous entendons cette folle et bonne nouvelle venant de Dieu : « voici, je fais toutes choses nouvelles ». Que sera ce monde nouveau ?
Selon le verset 2, il nous est donné de la part de Dieu. Il n’est pas le fruit de la technique humaine fut-elle toujours en progrès. De plus, la terre nouvelle est une ville ! Pas un village, ni un Eden ou un jardin mais une ville où il fait bon vivre ensemble. Pas n’importe quelle ville mais « la nouvelle Jérusalem » !
La vision de la Jérusalem céleste est tout à la fois un regard nouveau sur l’Eglise pérégrinant dans les tribulations de cette terre et la visée finale de notre Espérance.
Il n’y a qu’une seule ville : Jérusalem, la ville de la paix (« Jérusalem » du Cardinal Martini). Tout disparaît sauf Jérusalem.
Pas étonnant que les juifs et ceux qui y croient, forment le souhait « l’an prochain à Jérusalem ». Là nous serons heureux !
D’autre part, dans ce monde nouveau, cette ville nouvelle, dont le principe de renouveau est le corps ressuscité du Christ, il n’y aura place que pour des relations d’Amour et non plus d’affaires. La force de la Résurrection a transformé toute la création : la source de l’Amour sera présente au cœur de cette ville.
La Jérusalem nouvelle sera comme une épouse, toute parée pour son époux : sa parure sera faite de l’Amour qui est en elle et qui la porte à la rencontre de l’Epoux !
« Cette cité sainte se présente sous l’apparaît nuptial. Pour exprimer l’Alliance intime de Dieu et de son peuple, l’Ancien Testament avait parfois désigné Israël comme la fiancée ou l’épouse de Dieu. Ici, l’image est adaptée à la réalité chrétienne : il ne s’agit pas d’une réconciliation avec l’épouse infidèle, mais de la célébration des noces. L’Eglise est ainsi figurée comme une fiancée vierge qui s’est préparée pour la rencontre avec l’époux. »
J. Ponthot dans Paroles sur le chemin.

L’image des noces dans l’Ancien Testament préparait l’idée de l’instauration d’une alliance nouvelle caractérisée par un Dieu proche qui essuie toute larme.
Dans la Jérusalem nouvelle résonne une voix qui affirme que nous pouvons toujours y rencontrer Dieu, car le Messie y a sa demeure. Dieu qui est si souvent l’absent de nos vies sera là
« Dieu avec nous ». La terre nouvelle sera la « demeure de Dieu avec les hommes » : Dieu sera avec eux et ils seront son peuple ; il y a comme une insistance pour convaincre de l’importance de la présence de Dieu au cœur de ce monde nouveau et au cœur de tout homme. La première création vouée à l’échec à cause du péché est désormais abolie.
Il essuiera toute larme. Les souffrances qui ont rempli le monde, tout cela est passé. Les larmes existeront toujours mais quelqu’un est là pour les essuyer. Pour tout homme, il y a consolation. La ville nouvelle se définit et s’incarne dans cette réalité de la « consolation ». Les larmes essuyées deviennent symboliquement les fondements, les pierres de construction de la terre nouvelle. Dans le sein de Dieu c’est la paix, la joie comme on ne peut en trouver sur terre.
Quand on songe que cette perspective idéale est dévoilée à une Eglise qui vit dans les tribulations des persécutions, nous pouvons soupçonner quelle visée doit avoir notre espérance. Nous y découvrons le défi et l’utopie évangélique qui doivent sous-tendre nos engagements quotidiens. Ce texte re-nourrit notre espérance pour nous donner de faire face aux situations ambiguës et troublantes de notre monde où Dieu n’est pas évident. Nous avons à devenir inventif pour nous convertir, sortir de « notre vieille peau », de nos attachements inutiles auxquels nous restons malgré tout attachés, pour nous parer d’amour comme une fiancée pour son époux, tournés vers l’avenir, vers le Dieu de l’avenir de qui nous avons tout à recevoir !
Car ces paroles sont certaines et véridiques. L’écrit confirme la Parole. Personne ne pourra plus l’effacer. Nos vies de croyants doivent, aujourd’hui encore, écrire à leur manière les paroles lues dans ces versets.

P.S.
On peut regretter que le lectionnaire ampute le verset 5. Car ces paroles sont (incroyables mais) certaines et véridiques. L’écrit confirme la Parole. Personne ne pourra plus l’effacer. Nos vies de croyants doivent, aujourd’hui encore, écrire à leur manière les paroles lues dans ces versets.

« Voici que je fais toutes choses nouvelle » : des paroles certaines et véridiques.
Joseph Pontot écrit : « il est exceptionnel, dans l’Apocalypse, que Dieu parle lui-même. Mais de même que la parole divine est à la source de la première création, elle suscite la création nouvelle. Cette intervention de Dieu résume et sanctionne solennellement toute l’histoire du salut »

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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