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5e Dimanche de Carême C


5ème dimanche de Carême -C-

Des valises sont posées dans les allées de la chapelle et devant l’autel
.
* Il y a les petites valises et les grosses valises.
* Il y a les valises neuves et les vieilles valises.
* Il y a la valise qu’on sort du placard pour partir en vacances ou pour déménager.
* Il y a les valises qui portent des choses de tous les jours
et celles qui portent des explosifs.
* Il y a l’enfant qui a une valise et deux maisons.
* Il y a le réfugié qui n’a même pas de valise mais un baluchon sur le dos.
* Il y a ces étranges valises, tous gabarits, un peu partout dans cette chapelle.
*
Il est probable que le nom de Philippe Maurice ne dise rien à beaucoup d’entre nous. Il est le premier condamné à mort à ne pas avoir été exécuté (1980). Libéré après 23 ans de prison, il dit ceci : « Quand on empêche quelqu’un de remonter, il ne faut pas s’étonner qu’il descende encore plus bas. » Descendu au 36ème dessous, il a entrepris de remonter son escalier marche après marche. Il a étudié. Devenu docteur en histoire du Moyen Age, il n’a rien oublié de son passé. Il a écrit un livre « De la haine à la vie ». Les droits d’auteur sont allés à la famille de la victime. Il a dit :
« J’essaie de ne pas me faire mousser pour ne pas réveiller leur souffrance. Disons qu’une vie comme la mienne est un bagage. Ma valise est lourde. Parfois je la pose mais je la reprends. Je porte ma valise. »
L’Université le réclame comme professeur d’Histoire mais son casier judiciaire fait obstacle. Il a payé sa dette à la société mais la société lui remet sa valise en main. Lui et sa valise sont inséparables ! Finalement, il a pu enseigner.
*
Je ne sais pas comment Philippe Maurice pourrait commenter la Parole de Dieu aujourd’hui.
Au peuple de Dieu exilé, Isaïe dit : « Ne vous souvenez plus d’autrefois… Voici que je fais un monde nouveau. Il apparaît déjà. Ne le voyez-vous pas ? »
A la femme adultère qui doit être lapidée, Jésus dit : « Va ! Et ne pèche plus »
St Paul dit : « Oubliant ce qui est en arrière et tendu vers l’avant, je cours vers le but pour remporter le prix. »

La vie est un voyage. Et chacun de nous, chaque matin reprend sa valise plus ou moins chargée et soigneusement fermée. On y trouve pêle-mêle, des moments heureux et aussi l’hérédité, l’éducation, la santé, les pulsions, les séquelles d’une épreu-ve, les deuils…des erreurs, des remords, des inquiétudes, des questions sans réponse. .
Quand il nous rencontre avec notre valise, le Seigneur nous invite à l’ouvrir à sa tendresse, sa paix, son pardon. Ne restons pas prisonniers de notre passé et n’emprisonnons pas les autres dans le leur. Au lieu de leur remettre en main chaque matin leur valise, aidons-les à la porter. « Il s’agit de connaître le Christ, d’éprouver la puissance de sa Résurrection »
*
* La valise de la femme de l’évangile et la valise du peuple de Dieu étaient lourdes…
une suite d’infidélités ! Des promesses d’alliance sitôt conclues, sitôt rompues !
* La valise de l’Eglise est lourde avec certains comportements durant les Croisades, l’Inquisition et les scandales, toutes catégories, qui perdurent en notre temps.
* La valise de notre société est lourde. Les réfugiés mettent au jour nos égoïsmes nationaux.
* Et chaque pèlerin qui pénètre dans cette chapelle arrive avec sa valise de soucis.
*
J’ai eu, il y a quelques années, l’occasion de feuilleter les cahiers d’annonces d’une paroisse mayennaise sur un siècle. Rien de sensationnel. La routine ! Ce qui m’a frappé, c’est le nombre de fois où un des curés disait : « Comme d’habitude »
« Comme d’habitude, nous irons en procession à tel calvaire. Comme d’habitude, je confesserai de telle heure à telle heure. Comme d’habitude, je compte sur les hommes et les jeunes gens pour monter les stands de la kermesse…. »

Faire « Comme d’habitude ! » Reproduire le passé était le signe de la fidélité. Aujourd’hui, les cadres sécurisants ont éclaté. Notre société ayant entrepris de vivre sans référence à l’évangile, il faut permettre au Seigneur de « faire passer une route dans le désert ». Il faut créer des chemins nouveaux. Il faut permettre au Seigneur de proposer, avec notre tête et notre cœur, un avenir neuf à ceux qui n’ont plus d’espérance. Ils viennent de partout frapper à notre porte. Pour mettre du neuf dans la vie pourrions-nous entreprendre de nous entraider à porter nos valises !?

Un poème :

Nul hiver ne désespère Nulle nuit ne s’éternise
Qu’un printemps nouveau renaisse. Sans qu’un jour ne la remplace.
Ainsi l’homme en sa misère, Ainsi l’homme qui aiguise
Qui attend que Dieu se dresse. Son désir du face à face.
Ce qui meurt en notre vie, Les ténèbres de nos vies,
Dieu lui offre sa tendresse. Dieu comme un soleil, les chasse.

Claude Duchesneau
Magnificat N° 100 page 293

Ne nous enfermons pas dans nos valises. Elles nous interdisent un avenir.
Jésus fait de toute peine un chemin.
Il a la clé des secrets les plus lourds. Nulle valise qui ne s’ouvre un jour.
D. Boëton

Après l’homélie, le prêtre dépose un vase de fleurs
dans le fond de la valise ouverte devant l’autel.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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