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5e Dimanche de Carême C

2ième lecture : Philippiens 3/8-14

Mais oui, je considère que tout est perte en regard de ce bien suprême qu’est la connaissance de Jésus Christ mon Seigneur. A cause de lui j’ai tout perdu et je considère tout cela comme ordures afin de gagner Christ,
et d’être trouvé en lui, non plus avec une justice à moi, qui vient de la loi, mais avec celle qui vient par la foi au Christ, la justice qui vient de Dieu et s’appuie sur la foi.
Il s’agit de le connaître, lui, et la puissance de sa résurrection, et la communion à ses souffrances, de devenir semblable à lui dans sa mort,
afin de parvenir, s’il est possible, à la résurrection d’entre les morts.
Non que j’aie déjà obtenu tout cela ou que je sois déjà devenu parfait ; mais je m’élance pour tâcher de le saisir, parce que j’ai été saisi moi-même par Jésus Christ.
13 Frères, je n’estime pas l’avoir déjà saisi. Mon seul souci : oubliant le chemin parcouru et tout tendu en avant,
14 je m’élance vers le but, en vue du prix attaché à l’appel d’en haut que Dieu nous adresse en Jésus Christ.

A propos de cette lecture :

La communauté de Philippe est chère au cœur de Paul. Elle lui a en effet envoyé du secours par l’intermédiaire d’Epaphrodite. Paul lui écrit cette lettre dans laquelle il réagit contre un mouvement hérétique qui tente de faire échouer la communauté, de la faire éclater en lui donnant bonne conscience en se conformant aux observances purement légales. Il met les Philippiens en garde : « prenez garde aux mauvais ouvriers, aux faux circoncis », à ceux qui se prévalent de leur qualifications humaines, de leurs prétendus mérites et « se confient dans la chair », pour imposer aux autres leurs pratiques cultuelles.
Paul applique à sa vie ce qu’annonce Isaïe dans la première lecture : le passé est passé, il ne veut plus en entendre parler. Il a raison certainement. Juif méritant, observateur scrupuleux des prescriptions de la loi, il est un homme irréprochable estimé dans la société religieuse de son temps. Il a des responsabilités reconnues. Ses mérites, cette perfection, les avantages qu’il en tirait, voilà qu’il considère tout cela comme de la balayure, comme des déchets, voire un désavantage à cause du Christ. Tous ses avantages sont disqualifiés, passent en second et même ne sont rien au regard de la connaissance du Christ « ce bien suprême » et du choix qu’il a fait de lui ; tant la connaissance de Jésus-Christ le comble et dépasse toute richesse humaine. Son trésor c’est de vivre avec le Christ et d’éprouver la puissance de la Résurrection et de communier aux souffrances de sa Passion. Pour ce trésor il a tout sacrifié : ce qu’il vient d’énumérer au v 3-5 est devenu « immondice » au regard de Jésus-Christ, de la connaissance qu’il a fait de lui : « à cause de lui j’ai tout sacrifié » v.8b Il a sacrifié tout ce qui faisait sa gloire, ce à quoi il était le plus attaché, afin de gagner le Christ et de communier à sa mort et à sa résurrection. Tournant la page des valeurs du passé il les considère comme choses mortes, « pour que puisse surgir la puissance de la Résurrection : le miracle de Pâques qui nous sort de nous mêmes, de nos orgueils et nous projette vers l’avant. » Maillot
Dès le début de la Lettre aux chrétiens de Philippe, Paul s’écrie : « ma vie, c’est le Christ ». Sa découverte de chrétien, c’est que ni son salut ni son autorité ne trouvent leur source en lui-même. Le piège qu’il veut éviter est de se fier en lui plutôt que de croire en Christ. C’est pourquoi il essaie de balayer son ‘moi-je’ qui faisait sa fierté (v 5), comme on le fait des ordures qui encombrent la chaussée. A ceux qui se prévalent de leurs forces, de leurs compétences, il rappelle que tout cela est comme des balayures face au Christ ressuscité. Combien il souhaite que les chrétiens de Philippe fassent la même expérience que lui et ne vivent plus que du Christ ressuscité ! Idéal utopique ? Non, dit-il. _ Comparant notre chemin de foi aux courses du stade, au marathon, dont le but n’est pas atteint d’un seul coup, il explique-t-il que nous sommes en route. « Il arrive qu’on marche et même qu’on y rampe parce que le but est loin et dans la vie chrétienne il n’est jamais atteint » Maillot
Ses avantages : il avait la Loi comme guide, il suffisait de la suivre scrupuleusement. L’observance donnait une sécurité qui permettait de juger, voire de condamner. Paul se rend compte que la loi ne lui a pas permis d’entrer dans le mystère de Dieu ni à la justification et que c’est illusion de s’appuyer sur l’observance pour obtenir le salut. Le salut est autre chose que le fruit d’une observance et le résultat d’efforts sans discontinuer, La connaissance de Jésus-Christ n’est pas le fruit d’une démarche, d’une recherche intellectuelles quelconque, ni de pratiques rituelle mais d’une rencontre personnelle avec le Christ ressuscité qui se donne à nous : rencontre qui devient communion et s’épanouit dans toute notre vie. C’est sur cette rencontre qu’il base sa foi.
C’est sa foi au Christ qui le rend juste aux yeux de Dieu : « la justice par la foi en Christ, la justice qui vient de Dieu et s’appuie sur la foi. »v.9

Ce qui est au centre du changement de valeur qui est opéré en Paul c’est sa rencontre avec le Christ. Comme tous les hommes de son temps, Paul avait établi une échelle de valeur que sa rencontre avec le Christ a fait voler en éclats. , fruit d’une rencontre, d’un événement où il s’est laissé rencontré sans fuir. Sans doute qu’il était coincé – terrassé et aveugle- mais sa question : « qui es-tu Seigneur » il lui fut répondu : » je suis celui que tu persécutes » . Il ne s’attendait pas à une telle réponse. Une rencontre inattendue dans son combat contre les chrétiens. C’est là qu’il a connu le Christ et que sa foi prend toute sa valeur et profondeur et qu’il a commencé son nouveau combat, sa nouvelle course.
Placer sa confiance en Christ seulement est pour Paul le dynamisme pascal qui l’anime.
Qu’est-ce que cette connaissance du Christ a de spécial pour un tel volte face ?
Ce n’est pas une connaissance notionnelle, intellectuelle car elle provient d’une rencontre personnelle avec le Ressuscité : « le connaître et la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances en me rendant conforme à sa mort. »
« Afin de le connaître lui… » ; connaissance qui est devenue communion avec le Ressuscité, vivant dans sa chair la passion du Christ, communiant à ses souffrances, « en me rendant conforme à sa mort ». La connaissance dont parle Paul est cette passion amoureuse qu’il vit pour le Christ vivant en lui et pour lui.
Cette passion de Dieu qui le brûle n’a pas encore atteint son but ultime, sa perfection en lui mais pour exprimer ce qu’il vit intensément il prend l’image du coureur du stade qui se précipite, se projette en avant pour obtenir le trophée final.
La course de fond est parabole de la vie chrétienne non pas tant parce qu’on y court « il arrive qu’on y marche et même qu’on y rampe » mais parce que le but est loin.
Le danger est grand de s’appuyer sur ce que l’on fait. Ce qui nous relie à Dieu ce n’est pas ce que nous faisons pour lui, mais la découverte de ce que Dieu fait pour moi, pour son peuple, pour les hommes. C’est la découverte de Paul.
Placer sa confiance en Christ seulement est pour Paul le dynamisme pascal qui l’anime.
Dans la vie chrétienne, le but n’est jamais atteint. Paul se bat contre les chrétiens qui croient avoir atteint le but, les chrétiens « arrivés ». Ils se croient déjà au Royaume ceux que Paul, ironiquement, appelle « les parfaits ». Le coureur ne peut pas se regarder courir ni photographier sa foulée. Le croyant ne peut pas se regarder croire. S’il veut savoir s’il croit, il ressemble au coureur qui s’arrêterait pour voir s’il court ! « Oubliant tout ce qui est derrière », dit l’Apôtre. Le but est bien la résurrection vers laquelle il tend de toutes ses forces, parce qu’il a été lui même saisi par le Christ et qu’il ne peut , par lui même, saisir le Christ. C’est toujours Dieu qui prend l’initiative et qui vient vers l’homme. A nous de l’accueillir.
Alors, Paul sourit ! Si vous tenez absolument à vous appeler parfaits, faites-le mais n’arrêtez pas de courir pour autant. On n’atteindra jamais le but si l’on reste au bord de la piste !
A quinze jours de la Grande Semaine, posons-nous la question : notre attention est-elle tournée vers le passé dans la satisfaction des réussites d’autrefois ou dans le regret d’échecs éventuels ? Ou regardons-nous avec lucidité et courage le chemin qu’il nous reste à parcourir pour appartenir totalement au Christ ?
L’espérance nous rappelle que nous ne sommes pas encore arrivés, car notre but c’est le Christ qui, sans cesse, nous attire toujours plus profondément dans le mystère de la communion avec lui.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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