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5e Dimanche de Carême B

2ème lecture : Hébreux 5/7-9

5 Il en est bien ainsi pour le Christ : il ne s’est pas donné à lui même la gloire de devenir grand prêtre ; il l’a reçue de Dieu, qui lui a dit :
Tu es mon Fils,
moi, aujourd’hui, je t’ai engendré,
6 car il lui dit aussi dans un autre psaume :
Toi, tu es prêtre à jamais,
à la manière de Melkisédek.
7 Pendant les jours de sa vie mortelle, il a offert, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il a été exaucé en raison de son grand respect.
8 Bien qu’il soit le Fils, il a appris l’obéissance par les souffrances qu’il a endurées
9 et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel,
10 car Dieu l’a proclamé grand prêtre à la manière de Melkisédek

A propos de la 2ième lecture :
L’auteur de cette Lettre aux Hébreux, qui fut longtemps attribuée à St Paul, est en réalité l’œuvre d’un de ses disciples. Sans doute un Hébreu fortement imprégné de la culture grecque et de la langue utilisée à Alexandrie ; à moins que ce ne soit, comme Luc, un Grec converti d’abord au judaïsme qu’il avait dépassé pour adhérer à la Foi de l’Évangile.
Elle aurait été écrite soit avant la mort de Paul vers l’an 67 – ou, au plus tard, vers les années 85. Elle s’adresse à des chrétiens récemment venus du judaïsme à la Foi, ces ‘tard venus’, qui ont fini par reconnaître dans le Christ, la Communauté Nouvelle et le Temple Nouveau. Ceux-ci, en raison des tracasseries dont ils sont l’objet dans les ghettos juifs où ils se sont réfugiés, se voient à nouveau " paumés " dans leur Espérance.
Les destinataires de ce message ressemblent fort aux auditeurs de Jérémie, « et ils ne ressemblent pas moins aux chrétiens d’aujourd’hui, confrontés aux remous de la mutation planétaire de notre terre, à la merci des " tempêtes sur le désert " de l’Église dans le monde !
« Le vrai remède à leur désarroi, ce ne sont pas de vagues considérations généreuses et moralisantes, ni de se contenter de rudiments, de l’a-b-c de la Foi.
1 s’agit de s’ouvrir à un approfondissement adulte de Mystère Pascal, résolument ouvert sur les situations actuelles du monde et de ses défis.
« La Lettre aux Hébreux concerne, à cet égard, tous les chrétiens aujourd’hui. Elle se présente comme " une puissante synthèse théologique entre l’enseignement traditionnel de la Bible hébraïque et celui de l’église naissante. » Elle constitue un chef d’œuvre d’apologie scripturaire écrit par un Hébreu formé aux meilleures traditions de l’exégèse rabbinique « L’auteur
fonde son midrash homilétique sur le Psaume 109. La Lettre aux Hébreux est l’expression d’une angoisse et d’une révolte, celle d’Israël confronté à 1a crise la plus grave de son histoire. Le dégoût est général devant ce qu’est devenu 1e sanctuaire de Jérusalem géré par les créatures des occupants romains qui nomment et destituent les grands prêtres au gré de leur puissance. L’annonce faite à Moïse se confirme par le sacrifice offert par Jésus, celui de Son corps crucifié pour le salut d’Israël et des Nations. […] Son but est de rallumer l’enthousiasme de ses lecteurs en insistant sur les certitudes de la Foi et l’imminence des réalisations de la Promesse et sur la réalité et la transcendante supériorité de Jésus, Messie et Roi de l’Univers. » André Chouraqui - Liminaire pour Lettre aux Hébreux, dans Actes des Apôtres Épitres Apocalypse, éd. Brépols, p.381

« Le langage de ces versets qui évoque le sacrifice offert par Jésus nous déroute parce qu’il ne contient aucune des expressions habituelles du NT pour désigner la croix, l’effusion de sang, la mort et la résurrection. C’est plutôt du côté intérieur, du point de vue de Jésus que sont évoqués ces événements. (Ph Gruson)
« Les prières et supplications à Celui qui pouvait le sauver de la mort » ne sont autres que celles de l’agonie à Gethsémani. Le vocabulaire n’est pas celui des évangiles sauf » le grand cri » du Christ en croix, l’appel au secours et l’autre cri qui accompagne la mort.
Mais la prière de Jésus est rapportée par les synoptiques comme une supplication pour que la mort- l’heure de la coupe- lui soit évitée par le <père à qui tout est possible. Dieu peut sauver de la mort et Jésus l’en supplie, lui qui ne peut rien pour lui-même. Il y a là une expression forte de l’humanité authentique de Jésus dont la vie comme celle de tout homme, dépend du Père seul. C’est le sens de « aux jours de sa chair », la chair désignant la fragilité de la condition humaine jusqu’à la mort.

L’extrait de la Lettre aux Hébreux nous fait contempler le Christ, Grand Prêtre. Cette lettre est la seule qui accorde au Christ le titre de prêtre et grand-prêtre.
Les trois versets 7-9 permettent de mieux comprendre quel est le sacerdoce du Christ, et de préciser en quoi il consiste. N’oublions pas que le thème central de cette lettre est la question de l’accès à Dieu, de la manière d’entrer en relation avec Lui.
L’auteur pour éviter toute confusion insiste sur la différence entre le sacerdoce du Temple de l’Ancien Testament et celui du Christ. Il commence par une réflexion sur le sacerdoce.
Selon la note de la TOB, He 5,1, dans l’Ancien Testament le sacerdoce comporte trois aspects principaux : 1. Le prêtre est l’homme de la maison de Dieu, admis à s’approcher du Très-Haut. 2. Il consulte Dieu et fait connaître ses décisions et ses lois.
3. Il offre les sacrifices
Les trois premiers versets de notre péricope reprennent les trois traits du grand-prêtre :
* il est pris d’entre les humains et pour les humains, il est solidaire avec les hommes, et établi pour les affaires de Dieu en vue d’établir la relation avec Dieu.
* il offre dons et sacrifices pour les péchés –pour les siens propres et ceux du peuple
* il doit être capable de ressentir de la compréhension pour les ignorants, les égarés, puisque lui-même est enveloppé de faiblesse.
Dans le Pentateuque, l’institution du sacerdoce commence par ces paroles de Dieu adressées à Moïse : « prends près de toi, du milieu des fils d’Israël, ton frère Aaron et ses fils avec lui, afin qu’ils soient prêtres pour moi » Ex 28,1
Dans l’Ancien Testament toute l’attention se portait sur la relation du grand-prêtre avec Dieu et sur ses fonctions dans le culte offert à Dieu : on était prêtre d’abord pour Dieu. Il y avait un seul genre de sacrifice, celui d’expiation des péchés. La tâche la plus importante du prêtre « en faveur des hommes », est donc l’offrande du sacrifice d’expiation. Une bonne définition du sacerdoce : le prêtre est celui qui fait le pont, établit le lien, la communication entre Dieu et les hommes, entre les hommes et Dieu : Aaron et ses fils avaient été désignés dans ce but.
Le prêtre n’est donc pas au dessus du peuple, mais reçoit une mission pour et dans le peuple bien spécifiée dans le texte grec par les mots « ex » et « uper », l’un exprimant qu’il est « d’entre »les hommes et le second qu’il est « en faveur » et non « au dessus » du peuple. L’adverbe « uper » ne signifiant en aucune manière la supériorité, mais le rôle de médiation.
La solidarité du grand-prêtre avec les hommes vient ce que, étant lui même pécheur, il doit ressentir compréhension, compassion, miséricorde et se trouver du côté des pécheurs et non pas en dehors, ni contre. Le grand prêtre offrait « dons et sacrifices » pour les péchés. Sa mission est d’offrir des sacrifices pour le peuple mais aussi pour lui-même.

La distance entre Dieu et l’homme a son origine dans le péché de l’homme et son refus d’obéir.
« Le péché sous sa forme rigoureuse n’est pas seulement une indifférence à Dieu, c’est un refus de Dieu : l’une des deux rives est ennemie de l’autre. Il sera d’autant plus difficile de rétablir l’alliance entre les deux parties » Quesson.
La solidarité du Christ est réponse au refus de l’homme et à l’envoi et la mission que le Père lui a confiée. Ce n’est pas une initiative personnelle du Christ mais il a été « nommé » grand-prêtre par Dieu son Père. C’est lui qui fait le passage entre Dieu et les hommes, entre les hommes et Dieu, en ce sens il est réellement pontife, non pas comme un honneur qui le considérerait comme supérieur mais une mission par un appel de Dieu, dans un acte d’offrande en réponse à son Père.

« On pourrait donc paraphraser le texte de la manière suivante : « le Christ ne s’est pas attribué à lui-même la gloire d’être grand-prêtre, mais c’est Dieu qui l’a nommé grand-prêtre, car il ne lui a pas seulement dit : « Tu es mon Fils », ce qui correspond à un seul côté de la médiation, mais il lui a dit en outre : « Tu es prêtre », ce qui correspond à une double relation : prêtre pour les rapports avec Dieu, prêtre en faveur des hommes. La médiation est ainsi établie. » Van Hoye p. 98

Le Christ n’offre pas des dons, des sacrifices extérieurs mais il s’offre lui-même à Dieu dans une prière suppliante et une prière d’offrande. Il offre toute sa faiblesse. L’offrande du Christ a été exaucée et constitue un sacrifice au sens plénier du terme, tous les autres sacrifices n’étaient que des tentatives, des approches. Cet aboutissement est dû à la prière, aux supplications du Christ qui a ouvert la détresse humaine à l’action sanctifiante de Dieu.

C’est ainsi et c’est tout à fait nouveau : le Christ a été rendu parfait, conduit à son propre accomplissement, à la perfection, et son sacrifice est cause de salut éternel pour tous ceux qui lui obéissent. v. 9
Son unique offrande suffit à tout. Elle est à la fois sacrifice de consécration sacerdotale pour lui-même (Christ est grand-prêtre à la croix) et sacrifice d’expiation des péchés pour les hommes. « La sanctification rituelle de l’Ancien Testament devient sanctification réelle en Christ. »

Comment le Christ est-il devenu grand-prêtre ?
Le Christ ne s’est pas glorifié lui-même pour devenir grand-prêtre, mais il s’est humilié en partageant le sort des hommes les plus misérables et se soumettant totalement à Dieu.
C’est de cette manière qu’il a obtenu pour lui-même la transformation qui fait d’un homme un prêtre, 5,9. Par dessus tout le sacerdoce du Christ a pour fondement sa filiation divine.

V. 4 : « Christ ne s’est pas glorifié lui- même… » L’auteur reconnaît qu’il y a un aspect glorieux. Cet honneur ne peut être conquis par l’ambition humaine. Il peut seulement être reçu humblement » Van Hoye

V. 5 : Jésus inaugure un sacerdoce nouveau qui le qualifie comme Médiateur unique entre Dieu et les hommes. Il ne s’est pas nommé lui-même grand-prêtre, il ne s’est arrogé ni le titre ni la gloire de l’être, mais c’est par appel qu’il l’est devenu.
C’est par son obéissance au projet d’amour de son Père, dans une écoute disponible, qu’il revêt la dignité sacerdotale donnée par son Père.

V. 7 : « Lui aux jours de sa chair... » L’auteur nous dit comment le Christ qui est donc vraiment fragile comme tous les hommes, a affronté sa Passion. Celle-ci est présentée comme une prière et une offrande. C’est cette prière qui a constitué l’offrande, la prière liturgique et c’est ainsi qu’il est devenu médiateur.
On est loin du sacerdoce et des sacrifices du Temple : « on passe du sacerdoce rituel au sacerdoce existentiel. » Van Hoye
Ce n’est pas tant à la quantité de sang que l’on peut estimer l’offrande du Christ que dans l’intensité de son amour divino-humain.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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