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5e Dimanche de Carême A

Ezéchiel 37/12-14

12 C’est pourquoi, prononce un oracle et dis-leur : Ainsi parle le Seigneur DIEU : Je vais ouvrir vos tombeaux ; je vous ferai remonter de vos tombeaux, ô mon peuple, je vous ramènerai sur le sol d’Israël.
13 Vous connaîtrez que je suis le SEIGNEUR quand j’ouvrirai vos tombeaux, et que je vous ferai remonter de vos tombeaux, ô mon peuple.
14 Je mettrai mon souffle en vous pour que vous viviez ; je vous établirai sur votre sol ; alors vous connaîtrez que c’est moi le SEIGNEUR qui parle et accomplis—oracle du SEIGNEUR. »

11 Puis le Seigneur me dit :
« Fils d’homme, ces ossements, c’est toute la maison d’Israël. Car ils disent : ‘Nos ossements sont desséchés, notre espérance est détruite, nous sommes perdus !’
12 C’est pourquoi, prophétise. Tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple, et je vous ramènerai sur la terre d’Israël.
13 Vous saurez que Je suis le Seigneur, quand j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai remonter, ô mon peuple !
14 Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ; je vous donnerai le repos sur votre terre. Alors vous saurez que Je suis le Seigneur : j’ai parlé et je le ferai – oracle du Seigneur. »

A propos de cette lecture :

Le verset 11, omis par le lectionnaire donne l’explication de la vision et dit Asurmendi « constitue le pivot du texte et lie ces deux parties 44-10 et 12-14. C’est lui qui permet de passer des ossements anonymes à leur signification cad le maison d’Israël. Une fois faite cette identification, le prophète peut adresser à Israël un oracle qui réponde à sa lamentation. Il n’est plus question alors d’ossements mais de tombeaux, symboles de la mort.

Alors que les exilés à Babylone ont perdu tout espoir de retourner et voir Jérusalem « notre espoir a péri, nous sommes exclus » v11.
C’est pour répondre à son peuple que Dieu envoie Ezéchiel, lui dire : « voici que j’ouvre vos tombes, je vous ferai monter de vos tombes. A Babylone les cadavres des déportés étaient jetés dans une vallée servant charnier. Dieu invite son prophète à y faire un tour. C’est alors que le prophète a une vision : celle de la vallée couverte d’ossements desséchés. Dieu lui donne de voir les choses à sa manière. Ezéchiel pourra regarder, non plus seulement à partir de son point de vue d’homme, mais aussi avec le regard de Dieu. C’est Dieu qui lui fera voir la réalité autrement, et il aura une mission de dire au peuple : « tu leur diras : (v4) ossements desséchés écoutez la Parole de Dieu ».

Tel est le déroulement : contrairement à ce qu’on pourrait prévoir, c’est Dieu qui lui pose une question, et non l’inverse. C’est Dieu qui l’interroge. Il l’interroge à propos de son espérance.
« Fils d’homme, ces ossements peuvent-ils revivre ? »
Dieu donne ensuite deux consignes. Et chaque fois, le prophète fait ce que Dieu lui demande. Ezéchiel devient ainsi l’instrument de l’action de Dieu. Son activité est bien soulignée : c’est lui qui agit, c’est lui qui fait venir l’esprit - souffle. La parole prophétique est efficace. Dieu est celui qui dit, et qui fait. Et c’est important pour réconforter le peuple. Ce peuple qui a tout perdu, mais à qui il reste la Parole prophétique, avec son efficacité. Grâce à cette Parole, le but est atteint : rendre la vie ; c’est ici une re-création. C’est l’Esprit qui fait vivre et tenir debout.
Alors que le peuple se lamente : « notre espérance a disparu », alors qu’il n’y a plus d’espoir, Ezéchiel part de ce que le peuple dit. Et il lutte contre ce désespoir du peuple. Ainsi, comme il le fait toujours, Dieu répond aux problèmes et à la situation de son peuple : à ce moment, c’est pour Israël l’effondrement de ses illusions, et la perte de tout ce qu’il avait. Or, la perte d’espérance, c’est une question de vie et de mort. La désespérance, c’est le néant.
__ Et il est aussi question du souffle, et plus précisément du souffle de Dieu : « mon Esprit ». Et Dieu dit aussi : « mon peuple », dans une perspective d’alliance. L’alliance est possible grâce au don de l’Esprit. Et l’Esprit rend la vie possible. Il permet de vivre en communion avec Dieu, dans la fidélité et la reconnaissance mutuelle. Grâce à l’Esprit, le peuple sera à nouveau vivant. Oui, Dieu s’engage dans une telle promesse, et son porte-parole va donc susciter une espérance renouvelée. L’avenir est ouvert.

Le verset qui précède notre lecture et qu’il serait utile de proclamer, nous décrit dans quel état d’esprit se trouvait le peuple d’Israël en Exil. « Nos os sont desséchés, notre espérance a disparu, nous sommes en pièces ». C’est dans ce contexte de désespérance que le prophète reçoit la mission de se faire le porte-parole de la tendresse de Dieu au milieu des exilés.
Les quelques versets que nous lisons, concluent la grande vision des ossements desséchés, annonciatrice d’un nouvel avenir pour le peuple. Ezéchiel tente de faire comprendre au peuple, dont l’espérance a disparu, que son épreuve s’ouvre sur une perspective de renouveau. Dieu va faire sortir son peuple des tombeaux du désespoir, leur rendre la vie et le ramener dans son pays. L’œuvre de Dieu est une œuvre de vie.
Notre péricope se trouve insérée entre deux mentions : « le Seigneur me dit » et « oracle du Seigneur ». Dieu prend au sérieux le cri d’angoisse lancé par les exilés et c’est encore plus sérieusement qu’il leur répond. La répétition du v.13 « vous-vos » exprime bien que Dieu ne reste pas insensible et elle manifeste l’action que « moi le Seigneur » va mener à l’intention de son peuple.
Au début du chapitre, Ezéchiel est transporté dans la vallée de la mort qui évoque les morts en exil du peuple. Dieu promet de les faire sortir de leurs tombeaux et les ramener en Terre Promise. Pour un Juif, avoir sa tombe en Terre Promise n’est-ce pas un gage, une assurance pour la résurrection des morts ? Mais le Seigneur désire davantage
Le verset 11 est le pivot du texte : « il me dit : Fils d’homme, ces ossements, c’est toute la maison d’Israël. Voici, ils disent : Nos os sont desséchés, notre espérance détruite, nous sommes perdus » Ce verset permet de passer des ossements anonymes à leur signification : la maison d’Israël. « Une fois faite cette identification, le prophète peut adresser à Israël un oracle qui réponde à sa lamentation. Il n’est plus question alors d’ossements, mais de tombeaux, autre symbole de la mort. Ce verset permet ainsi de passer d’une image à l’autre en gardant le même symbolisme : mort/vie. » Cahiers Evangile.
Tout au long des versets, nous constatons une étonnante reprise des verbes :
v. 12 : Je vais ouvrir –je vous ferai remonter – je vous ramènerai
v. 13 : j’ouvrirai- je vous ferai remonter
v. 14 : je mettrai en vous mon esprit- je vous donnerai le repos - alors vous saurez …
L’œuvre de résurrection de Dieu se fait en trois temps : ouvrir, remonter, ramener. Ezéchiel a mission de proclamer que la vie l’emporte sur la mort.
Ce qui semble une répétition au verset 12-13-14, est en fait une amplification des promesses de Dieu assurant que c’est lui-même qui ouvrira, qui fera sortir son peuple de ses tombeaux et mettra en eux son esprit.
« D’un peuple moribond, d’un peuple disloqué, Dieu va faire surgir un peuple nouveau. Comme dans le récit des origines : « Dieu dit… et cela fut ainsi », sa Parole créatrice se montrera efficace : « je l’ai dit et je le ferai ». Comme à l’aube de la création, où Dieu « insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devient un être vivant » (Gen 2,7), le souffle de son Esprit donnera la vie à ce peuple qui va vers la mort : « je mettrai en vous mon esprit et vous vivrez ». Alors que tout semblait prédire la disparition du peuple de la Promesse, c’est un nouveau commencement qui s’annonce » Fiches Dominicales 17/6
L’affirmation « vous saurez que je suis le Seigneur … ô mon peuple », signifie que le Dieu de la Bible est le Dieu de la vie. C’est tout le peuple qui sera bénéficiaire des œuvres du Maître de la vie : il y reconnaîtra sa main.
Cette formule qu’on retrouve 54 fois dans le livre d’Ezéchiel révèle l’être de Dieu à travers ses œuvres, ses actions.
v.12 : « je vous ferai sortir de vos tombeaux » ne concerne pas la résurrection des corps ni des exilés enterrés en exil mais la restauration du peuple de Dieu, de la nation dispersée. Sans vouloir s’imposer, Dieu tient avant tout à ce que son peuple le reconnaisse comme son Dieu, comme le Dieu de l’Alliance qui toujours ouvre les tombeaux, libère, renvoie à la vie. Socialement mort, le peuple reçoit l’annonce de sa libération, de sa sortie du tombeau de l’Exil. Ce n’est pas la résurrection des morts au terme de l’histoire qui est ici annoncée, mais le réveil de l’espérance perdue, par l’action de l’Esprit de Dieu. C’est progressivement que la notion de résurrection va cheminer dans le peuple qui parle de « coucher avec ses pères » lorsqu’il veut parler d’un mort. C’est bien plus tardivement, au 2e siècle av.J.C., lors de la persécution d’Antiochus Epiphane, que l’espérance en la résurrection des morts fera son apparition. Ezéchiel a comme mission de faire grandir dans le peuple l’espérance en la résurrection et la foi en l’Esprit.
Nous sommes loin encore de l’espérance chrétienne dont nous nous préparons à célébrer l’accomplissement universel dans l’humanité du Christ par sa résurrection. Dans l’immédiat, le prophète veut souligner que Dieu tient parole et accomplit en faveur de son peuple ce qu’il a dit. La nation, que la déportation et l’oppression avaient fait mourir, va reprendre vie.
Aujourd’hui comme hier, c’est toute la communauté des « paumés » de la foi, qui est ici interpellée. v.14 : « j’ai parlé et agi » : Dieu dit et cela fut : telle est l’œuvre créatrice de Dieu, l’identité entre la parole et l’action chez Dieu qu’on retrouve dans le récit de la création. Ici, la Parole de Dieu ne se limite plus à la création, elle fait œuvre de re-création, de résurrection de l’œuvre créatrice qui à la suite du péché avaient entraîné la mort. Lorsque tout semble perdu, alors un nouveau commencement s’annonce. Ainsi Ezéchiel fait progresser l’espérance en la résurrection ainsi que celle du don de l’Esprit nouveau et du cœur nouveau.
Nous pouvons en ces jours évoquer bien des situations apparemment sans issue : les guerres fratricides, les cataclysmes et leurs conséquences… Croyons-nous que Dieu peut ouvrir nos tombeaux ? Croyons-nous que Dieu est capable de revivifier les relations humaines apparemment réduites à n’être qu’ossements desséchés ? La Pâque des chrétiens, est bien autre chose que de sentir un petit frisson lorsque sonnent les cloches la nuit. N’est-elle pas le signe que la prophétie d’Ezéchiel s’accomplit peut à peu dans nos vies, dans la vie de l’Eglise, de la société par le souffle de l’Esprit qui a ressuscité le Christ ?


 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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