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5e Dimanche C

5ème dimanche du T.O. -C-
I

Quand un homme craint d’être oublié, il donne de la voix et même, il crie. Quand un homme est trop à l’étroit dans son costume, les coutures finissent par craquer.

A la mort de Salomon, (fils de David), en 931 av. J.C., les dix tribus du nord ont fait sécession pour constituer un royaume indépendant. Son nom : Royaume d’Israël. Capitale : Samarie. Au fil du temps, un roi a construit un temple pour concurrencer celui de Jérusalem. La zone d’influence de Dieu se rétrécit. De plus, l’Assyrie (Irak du nord-capitale Ninive) développe des ambitions de conquête vers l’ouest, vers la Palestine.

Pour rendre visible l’Alliance de Dieu avec son peuple, il ne reste plus que la tribu de Juda et la tribu de Lévi. Celle-ci n’ayant pas de territoire, est chargée du service du Temple. Ce petit territoire devient le royaume de Juda, capitale Jérusalem.
Or, à Jérusalem, on a pris acte avec mépris de la sécession des tribus du nord. On se croit protégé par la présence du Temple et on vit dans l’insouciance.

Rejeté par les 10 tribus du nord et trahi par les 2 tribus du sud, Dieu se trouve en porte-à-faux dans le Temple de Jérusalem.. Puisque l’Alliance ne ressemble plus à rien, puisqu’on le considère comme quantité négligeable, Dieu va s’ébrouer en montrant qui il est.

En 740 av. J.C., à Jérusalem justement, Isaïe, pieux laïc aristocrate, se trouvait à l’ai-se dans le Temple pour prier et il pensait que Dieu avait tout pour s’y plaire. C’était bien ! C’était beau !
Ce jour-là, Dieu veut mettre Isaïe à son service et il se fait connaître tel qu’il est. Isaïe est foudroyé par la majesté de Dieu. Il est assis sur un trône très élevé. Les pans de son manteau se frottent contre les murs. Les portes sont ébranlées. On dirait que Dieu a envie de prendre le large pour respirer.
Familier du temple, Isaïe se croyait familier de Dieu. Il découvre la distance qui le sépare de lui.

Isaïe connaissait les psaumes. Il découvre qu’il ne connaît pas la partition que chantent les séraphins. D’abord, ils ne chantent pas, ils crient « Saint ! Saint ! Saint le Seigneur de l’univers ! Toute la terre est remplie de sa gloire. » Isaïe ne sait que chanter faux. « Malheur à moi, je suis un homme aux lèvres impures. »
Dieu se trouve à l’étroit dans le Temple et aussi dans nos catégories. Il est Saint, ce qui veut qu’il est et sera toujours inimaginable. Il est Autre.
La distance entre Dieu et Isaïe est énorme. C’est Dieu qui la franchit. Sitôt ses lèvres purifiées et ajustées à la Parole de Dieu, il chante juste et il est heureux d’être envoyé. En 721 av. J.C., il sera le témoin douloureux de l’invasion du Royaume d’Israël par les Assyriens et il luttera sans succès contre les dérives et l’insouciance de Jérusalem.
*
Quelques siècles plus tard, nous voici sur la plage du lac de Génésareth, quelques pêcheurs nettoient leurs filets en bougonnant leur amertume ; ils ont travaillé toute la
nuit pour rien.
A quelque distance de là, Jésus parle à la foule. Ceux qui sont par derrière ne voient rien et entendent mal. Alors Jésus, sans gêne, s’installe dans une barque et demande au patron, Simon, de s’éloigner du rivage. Et il recommence à parler. Simon et son équipage ne peuvent qu’écouter. On ne sait rien du discours de Jésus. Quand c’est fini, Jésus prend Simon à contre-pied. Pas question de revenir à terre. « Avance au large et jetez les filets pour prendre du poisson. »
Cela, c’est trop demander. Ce Jésus sait peut-être séduire un auditoire mais il ne con-nait rien aux techniques de la pêche. Aujourd’hui, c’est évident : il n’y a pas de pois-sons ! Pourtant, Simon s’exécute et les poissons se bousculent au rendez-vous.

Quelques remarques :
1). Quand Dieu appelle, il ne privilégie pas telle ou telle catégorie de personnes, tel ou tel niveau de culture humaine. Isaïe avaient sûrement la parole plus facile que Simon. L’un et l’autre ont été appelés.

2). Celui qui est appelé fait d’abord la découverte de la distance qui le sépare de Dieu.
La distance est infranchissable par l’homme ; c’est toujours Dieu qui se fait proche. Nous mesurons cette distance à chaque eucharistie : « Préparons-nous à la célébration de l’Eucharistie en reconnaissant que nous sommes pécheurs. »

3). Le lieu de notre appel est le lieu de notre vie. Le Seigneur nous surprend là où nous vivons.

4). Il nous appelle pour aller dire quoi ? St Paul nous ramène à l’essentiel. Lui aussi a été appelé. Persécuteur des chrétiens, il a viré de bord et a annoncé Jésus Christ ressuscité sur les routes du monde de son époque. A son école, nous n’avons pas à dé-montrer la résurrection ; nous avons à accueillir l’événement, à nous laisser trans-former par lui.

5). Essayons de devenir lucides sur les événements de notre temps. Où est notre insouciance ? Où sont nos trahisons ? L’Eglise travaille beaucoup et ça ne sert à rien. Jésus ne demande pas à l’Eglise de bougonner sur ses échecs. Il demande à chacun de le laisser monter dans la barque de sa vie, d’entendre ses consignes : ne restons pas à l’étroit dans nos schémas de pensée classiques. Soyons ouverts à autre chose. Avançons au large et laissons-le faire ce qu’il a envie de faire en se servant de notre vie.
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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