5e Dimanche B

1 Corinthiens 9, 16-19, 22-23

16 Car si j’annonce l’Évangile, je ne peux pas m’en vanter : je le fais par contrainte, et malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile.
17 Si je le faisais librement, j’aurais une récompense, mais on m’a donné cette charge malgré moi.
18 Alors, comment mériter une récompense ? Je donnerai l’Évangile gratuitement, sans faire usage des droits que me donne l’Évangile.
19 De même j’étais libre vis-à-vis de tous, mais je me suis fait l’esclave de tous pour gagner cette multitude.
20 Je me suis fait Juif avec les Juifs afin de gagner les Juifs. Ils observent la Loi ? Moi aussi j’observe la Loi, bien que je n’y sois pas tenu, parce que je veux gagner ceux qui observent la Loi.
21 Avec ceux qui n’ont pas la Loi, je suis celui qui n’observe pas la Loi (en réalité je ne suis pas sans loi vis-à-vis de Dieu : ma loi, c’est le Christ). Mais je veux gagner ceux qui n’ont pas la Loi.
22 Et pour gagner ceux dont la conscience n’est pas assurée, je me fais faible parmi les faibles. Je me suis fait tout à tous de façon à en sauver pour le moins quelques uns.
23 Et tout cela je le fais pour l’Évangile, parce que moi aussi je veux en avoir ma part.

A propos de la 2ième lecture :

Le chapitre 8 traitait des viandes sacrifiées aux idoles et du problème que celles-ci posaient à des chrétiens. Il arrivait, en effet, qu’on proposa à des chrétiens, lors d’une invitation chez des amis, de la viande provenant des sacrifices. Sur les marchés on trouvait en effet ces sortes des viandes. Comment se situer par rapport à celles-ci ? Paul est clair. Le fait d’avoir été offertes en sacrifice ne change rien à la viande et en manger chez soi est tout à fait indifférent au point de vue chrétien si on ne fait pas le lien avec la divinité à laquelle la viande a été sacrifiée. Le péché c’est de sacrifier aux idoles. C’est pourquoi la charité demande de prendre garde à ne pas scandaliser les faibles en consommant ces viandes. Ils risqueraient d’être entraînés à pécher. “Ce n’est pas ce qui entre par la bouche d’un homme qui peut le souiller, mais ce qui sort de son cœur.” (Mc 7.15)

Dans les difficultés que Paul connaît avec les Corinthiens, il va leur dire deux choses : que l’annonce n’est pas son fait à lui, une initiative personnelle, mais une contrainte. A tel point qu’il ose dire « malheur à moi si je n’annonce pas ». Le secret de la vie de Paul est dans sa passion de l’Evangile, pour lequel il « s’est fait tout à tous ». C’est pourquoi ce texte est utilisé lorsqu’on veut raviver la ferveur d’un ministre de l’Evangile ou l’inviter à davantage de souplesse.
Comme pour Jérémie (Jr 1), le Christ Dieu, qui l’anime tout entier, s’est imposé à Paul lors de son appel à prêcher, à annoncer l’Evangile. C’est ce qui explique qu’il utilise ce mot avec insistance dans ce bref passage,
Sa mission s’est imposée au point de dire : « Je le fais par contrainte ». Qu’est-ce à dire ? Paul se voulant avant tout « serviteur de l’Evangile », n’est ni fonctionnaire ni instructeur ; il est serviteur de la Parole, entièrement vouée à son annonce, à sa dispersion par toute la terre pour la pénétration des cœurs de tous les hommes.
« Par contrainte » voudrait expliquer aussi son « je me suis fait tout à tous » qui exige de lui renoncement et continuelle adaptation à tous les milieux qu’il rencontre et côtoie et en cela fait de lui un parfait serviteur de la Parole.

Il peut dire comme Jérémie, 1, 5-9, « La parole de Yahvé me fut adressée en ces termes : Avant même de te former au ventre maternel, je t’ai connu ; avant même que tu sois sorti du sein, je t’ai consacré ; comme prophète des nations, je t’ai établi. Et je dis : ‘ Ah ! Seigneur Yahvé, vraiment, je ne sais pas parler, car je suis un enfant ! ’ Mais Yahvé répondit : Ne dis pas : ‘Je suis un enfant’ car vers tous ceux à qui je t’enverrai, tu iras, et tout ce que je t’ordonnerai, tu le diras. N’aie aucune crainte en leur présence car je suis avec toi pour te délivrer, oracle de Yahvé. Alors Yahvé étendit la main et me toucha. »
C’est pourquoi Paul veut être totalement libre pour annoncer l’Evangile et ne veut dépendre de personne : « Moi-même, ne suis-je pas un homme libre ? Ne suis-je pas un apôtre, n’ai-je pas vu Jésus, notre Seigneur, et n’êtes-vous pas le fruit de mon travail dans le Christ ? »
Ainsi, selon le commandement du Seigneur à ceux qui annoncent l’Évangile et en vivent : « moi, je n’ai fait aucun usage de tout cela, et si je vous l’écris ce n’est pas pour en bénéficier : j’aimerais mieux mourir…
Personne ne m’enlèvera ce titre de gloire. »

C’est malgré lui qu’il annonce la Bonne Nouvelle, une nécessité qui s’impose à lui et à laquelle il répond de bon cœur.
Sa qualité d’apôtre, d’évangélisateur n’est pas une initiative personnelle mais un appel, un mandat qui lui a été confié par l’imposition des mains : Actes 13 : « 2 Au cours d’une liturgie qu’ils célébraient pour le Seigneur, avec un jeûne, l’Esprit Saint dit ceci : « Séparez-moi Barnabé et Saul pour l’œuvre à laquelle je les ai appelés. » 3 Alors on fit un jeûne, on se mit en prière et on leur imposa les mains, après quoi ils s’en allèrent. »

Sa mission est une mission d’Eglise qu’il a reçue, il ne la remplit pas de lui-même, mais en toute gratuité. Il ne retire aucun profit de l’Evangile. Que pourrait-on alors lui reprocher, sous quelque prétexte que ce soit.
Il serait malheureux de refuser, « malheur à moi si je n’annonce pas l’Evangile ! ». Malheur à moi si je n’annonce pas une Bonne Nouvelle !
Si on faisait des reproches à Paul c’est en raison des libertés pastorales qu’il prenait vis-à-vis des pratiques rituelles et de certains tabous du Judaïsme. Au sein de problèmes évidents, il va se défendre avec fougue. Sa mission ne consiste pas d’abord à convertir les autres, ou à les convaincre. Paul ne donne pas la priorité à la catéchèse ou à la sacramentalisation mais à l’annonce de l’Evangile. C’est pour lui une exigence de fidélité au Christ, comme c’est une exigence de fidélité à l’homme qui a un droit strict et primordial à être évangélisé.
Bien plus l’annonce est devenue pour lui une exigence de fidélité au Christ comme aussi une exigence vis à vis de ceux vers qui il est envoyé par le Seigneur, une exigence vis à vis de lui-même.
Il est le premier bénéficiaire, et à quel point, de l’Evangile qu’il annonce. On comprend pourquoi il ose dire : « malheur à moi si je n’annonce pas l’Evangile ».

C’est avec le verset 22 que nous arrivons au cœur de ce passage : « tout à tous ».
Il explicite maintenant comment il conçoit cette nécessité d’évangéliser.
« J’ai partagé la faiblesse des faibles pour gagner les faibles ». Il n’est question de paternalisme mais du partage de la faiblesse afin de cheminer ensemble.
« Evangéliser, annoncer une bonne nouvelle, c’est d’abord faire son métier d’homme et ensuite avoir cette vigueur de la foi en Christ ressuscité. Pour évangéliser, il est nécessaire que les chrétiens aient une conscience très aiguë de la radicale nouveauté de l’Evangile. »

Il n’est pas là pour quelques uns, pas seulement pour la communauté des croyants, il est envoyé à tous ceux du dehors dont il se sent terriblement solidaires et pour cela il partage la faiblesse des faibles afin de les gagner à Jésus-Christ.
C’est en devenant “Grec avec les Grecs”, non pour faire semblant mais en les rejoignant dans leur culture, leurs coutumes et leurs préoccupations que la rencontre avec l’Evangile pourra s’opérer en profondeur et ne sera pas un vernis peint sur une culture.

En terminant ce passage Paul redit en quelques mots ce qui motive au plus profond son existence pour les autres, de manière aussi, à avoir sa part, « de l’Evangile » qui lui est tellement précieux.

Moltmann écrit : « l’existence-pour-les autres…est la seule voie qui conduit à l’existence avec les autres. Si le Christ est mort pour nous, le but et le résultat en est qu’il est avec nous, et que nous vivrons, rirons et règnerons avec lui. L’existence pour les autres, dans l’amour qui intervient pour les autres, a pour but d’être un jour existence avec les autres dans la liberté…L’existence pour les autres, c’est le mode d’existence qui correspond à la rédemption de la vie. L’existence avec les autres c’est la forme que prend la vie rachetée et libre elle-même. » J.Moltmann, le Seigneur de la Danse. Essai sur la joie d’être libre. P 145-146

En terminant ce passage il redit en quelques mots ce qui le motive au plus profond : « à cause de l’Evangile » qui lui est tellement précieux et de manière aussi à avoir sa part, sous entendu d’Evangile.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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