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5e Dimanche A

5ème Dimanche du T.O.. –A-

En 538 av. J.C., les Juifs sont revenus d’exil, grâce à la bienveillance du roi des Perses, un païen, Cyrus. D’une manière imprévisible, Dieu recommençait à s’intéresser à son peuple ! Pleins d’espoir, ils ont vite déchanté. Leur Terre Promise était occupée par des étrangers qui n’avaient pas envie de s’en aller.
Il leur fallut donc manœuvrer pour s’y faire une place et survivre. Avec une Administration étrangère qui avait du mal à s’y reconnaître, ils ont élaboré un début d’organisation avec des institutions, des responsables, et à l’horizon la reconstruction du Temple. Bref, à partir de rien, dans un climat hostile, il fallait remettre la Judée en état de marche. Travail colossal !

Au moment où le prophète Isaïe s’exprime, les Juifs ne sont pas restés sans rien faire. Ils ont rétabli le sabbat, les prières rituelles, les jours de jeûne. Avec le temps, leur raisonnement est devenu simple : puisqu’ils ont fait ce que Dieu demande, que Dieu fasse donc ce qu’il doit faire : rétablir la gloire de son peuple au milieu des autres peuples ! Or, il ne se passe rien. Incompréhension, découragement, aigreur !

Isaïe observe la même chose que ses compatriotes mais il fait une autre analyse. Bien sûr, se débrouiller pour survivre est la priorité pour tous et chacun. Mais les plus dé-brouillards se tirent toujours mieux d’affaire en réagissant plus vite que les autres devant une situation donnée, et, au passage, en escamotant les droits des moins doués.

Ainsi, les juifs du retour d’exil faisaient des gestes religieux sans les habiter. Leurs pratiques religieuses étaient vidées de leur sens puisque en même temps, chacun vivait le quotidien avec la règle du chacun pour soi. Ils faisaient tout ce qu’il fallait faire mais la relation à Dieu n’avait aucun impact sur leur vie réelle. Or Dieu qui connaît le fond des cœurs, voit bien s’il y a, oui ou non, une cohérence entre la foi affichée et le concret de la vie.

Isaïe rappelle quelques repères de base : partager son pain, accueillir le sans-abri, ha-biller celui qui n’a rien, et même vérifier le sérieux des désirs. En effet, il peut arriver à quiconque d’avoir à choisir entre soulager un pauvre dans une nécessité extrême et satisfaire un désir personnel légitime. Le prophète est clair : « Si tu donnes à celui qui a faim ce que toi tu désires, ta lumière se lèvera dans les ténèbres. » Revenus au pays, les juifs poussés par des besoins primaires de confort et de sécurité n’ont pas été fraternels.

Leur dérapage nous interroge. Nous sommes entrés dans une époque incertaine et malsaine. Dans nos relations concrètes avec notre entourage qu’avons-nous à proposer : un grain du sel de la sagesse, ou l’aigreur du vinaigre ?

« Vous êtes le sel de la terre. » Le sel est toujours une chance pour l’humanité. Avant le congélateur et le réfrigérateur, il a permis la conservation des aliments. Aujourd’hui, le sel donne toujours du goût aux aliments à condition de le sortir de la salière. L’excès ou le manque de sel dans un repas ne passe pas inaperçu. Quand c’est devenu une nécessité médicale, on se résigne au régime sans sel. Deux questions :

- Qu’est-ce qui donne du goût à notre vie ? La réussite d’un travail dans la profession, une rencontre, une parole entendue qui ouvre un horizon nouveau, la satisfaction de ne pas avoir perdu son temps, l’épanouissement des enfants, le combat pour les sortir d’une situation précaire… ? Etc…A chacun son combat !
- Notre manière d’être donne-t-elle le goût de vivre à notre entourage. En gros, nous faisons ce que font les chrétiens : ils vont à la messe, récitent leurs prières, donnent au Denier de l’Eglise et à telle ou telle association humanitaire. Tout cela ne peut être fécond qu’à condition d’avoir une relation avec Dieu. C’est lui qui donne la croissance. Cette relation avec Dieu est personnelle et devient une vocation.

« Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. » La montagne est plus ou moins haute. Quiconque exerce la moindre responsabilité est exposé au regard de ses concitoyens. S’il ne souhaite pas se montrer, il reste malgré lui visible. Alors, comment notre comportement rend-il visible le projet de Dieu sur le monde, en commençant par notre entourage ?
La manière dont je traite les autres me construit et allume leur réaction. Si je me lais-se aller à la violence, elle va se développer en moi et dans la vie des autres. Si je m’exerce à l’écoute de l’autre sans l’interrompre, je développe ma capacité d’écoute et l’autre, même s’il ne cesse de m’interrompre, pourra se sentir reconnu.

Dans le banal de notre vie, nous pouvons nous sentir insignifiants devant le projet de Dieu. En fait, nous ne savons rien du résultat de nos efforts. L’Evangile est encourageant : « Que votre lumière brille devant les hommes : alors voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »
*
Au cours d’un voyage, Paul avait fait un discours remarquable devant l’élite intellectuelle d’Athènes. Résultat ! On l’a congédié avec un brin d’ironie. Ce fut une leçon pour Paul. Il écrit aux Corinthiens : « Quand je suis venu chez vous, je ne suis pas venu annoncer le mystère de Dieu avec le prestige du langage ou de la sagesse. Parmi vous, je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus Christ, ce Messie crucifié. Et c’est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant que je me suis présenté à vous. »
Conclusion : il y a plusieurs lettres de Paul aux Corinthiens. Il n’y a pas de lettre de Paul aux Athéniens. La fécondité d’une vie ne se mesure pas au bruit qu’elle fait.

D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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