5e Dimanche A

1ère lecture :

Isaïe 58/
6 Le jeûne qui me plaît, n’est-ce pas ceci :
faire tomber les chaînes injustes,
délier les attaches du joug,
rendre la liberté aux opprimés,
briser tous les jougs ?
7 N’est-ce pas partager ton pain avec celui qui a faim,
accueillir chez toi les pauvres sans abri,
couvrir celui que tu verras sans vêtement,
ne pas te dérober à ton semblable ?
8 Alors ta lumière jaillira comme l’aurore,
et tes forces reviendront vite.
Devant toi marchera ta justice,
et la gloire du Seigneur fermera la marche.
9 Alors, si tu appelles, le Seigneur répondra ;
si tu cries, il dira : « Me voici. »
Si tu fais disparaître de chez toi
le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante,
10 si tu donnes à celui qui a faim ce que toi, tu désires,
et si tu combles les désirs du malheureux,
ta lumière se lèvera dans les ténèbres
et ton obscurité sera lumière de midi.
11 Le Seigneur sera toujours ton guide.
En plein désert, il comblera tes désirs
et te rendra vigueur.

(suggestion faire précéder cette lecture du verset 6.)

A propos de cette lecture
 :

_Ce dernier texte, tiré du livre du prophète Esaïe, a été écrit dans les termes d’une prophétie qui annonce la restauration du peuple d’Israël après l’exil à Babylone.
Le peuple a dû lutter contre le découragement, il a dû résister à la tentation de croire que son Dieu l’avait abandonné en le livrant à l’ennemi. Il va maintenant passer par une nouvelle naissance qui va le ressusciter mais qui doit se manifester par le partage des biens qu’il a reçus, c’est ainsi qu’il sera crédible aux yeux des nations.
Cette péricope fait partie du Trito-Esaïe, la troisième partie du livre d’Isaïe (ch. 55-66) fait référence à une situation difficile. Isaïe s’adresse à la communauté juive de Jérusalem dont la situation est loin d’être idyllique. Au lendemain de l’Exil, après la vivante espérance qu’avait animée leur retour, plus grande encore est leur déception : tout est en ruine. Le peuple a l’impression de se trouver dans l’impasse, il vit dans une ville qui n’a plus de remparts et l’insécurité est grande. Le pouvoir est dans les mains des Perses et la dynastie de David paraît éteinte. De plus, les tensions sont nombreuses dans cette communauté où cohabitent les juifs revenus de la déportation et ceux qui sont restés au pays et qui ont tout accaparé. Aucune lueur d’espérance pour les temps à venir. Peuple promis à devenir la lumière des nations, il n’offre que le spectacle d’un peuple où riches et puissants exploitent les sans défense et sans ressources, une nation où l’on méprise les étrangers. Tandis que chacun se livre à l’injustice ou la tolère, on cherche à gagner la faveur du Seigneur en restaurant dans toute leur rigueur les observances religieuses et en multipliant des pratiques tel que le jeûne. Et Dieu semble insensible à ce déploiement de piété ! Alors qu’on reconstruit le temple, Dieu semble insensible, il ne répond pas. Serait-il devenu infidèle à son Alliance ? Pourquoi le jeûne de la communauté déplait-il à Dieu, pourquoi sa prière n’est-elle pas agréée ? Dieu répond clairement : v. 6 « Cette prière ne m’atteint pas, ce jeûne ne me convient pas tant que votre comportement vis-à-vis de vos frères ne change pas. Le jeûne, tel que je l’aime, le voici, vous le savez bien. » Le jeûne que je préfère, n’est-ce pas ceci : dénouer les liens provenant de la méchanceté, détacher les courroies du joug, renvoyer libres ceux qui ployaient, bref que vous mettiez en pièces tous les jougs !

_La lecture de ce dimanche est précédée par une affirmation du Seigneur (v. 2) : « C’est moi que jour après jour ils consultent ». Ainsi le peuple pose des questions au Seigneur pour savoir ce qu’il faut faire ! La réponse est finalement simple. Il faut faire ce qui de toute évidence doit être fait. Et ce qui mérite d’être fait, mérite d’être bien fait !
_Bonnard dans Ass du Seigneur écrit : « si l’on refuse les méfaits et si l’on multiplie les bienfaits , alors on jouira de la présence et des faveurs de Dieu, qui non seulement réconforte ses amis découragés mais en outre les rend capables de relever eux-mêmes leur pays ravagé ».
Il ne suffit pas de détruire l’injustice, il faut encore construire la justice. Le peuple ne sera lumière des nations que dans la mesure où il donnera l’exemple du partage avec les plus malheureux et de la lutte contre l’injustice et l’exploitation des faibles. _Confronté qu’est le peuple au divorce entre le culte et la vie, « rechercher Dieu » c’est d’abord chercher à connaître sa volonté et savoir qu’ il est impossible de séparer la vie religieuse et la vie sociale, la prière au Seigneur et les querelles fraternelles, injustices sociales. Par le prophète Dieu fait savoir quel est le vrai jeûne. Il se livre à une critique violente des observances religieuses qui dissocient l’hommage rendu à Dieu et le respect des humains. A quelqu’un qui a faim, il faut donner à manger ; à qui a perdu son chemin, il faut le ramener à la maison ; à qui n’a rien à se mettre, il faut le vêtir. On ne se dérobe pas à son prochain. Le prochain proche, c’est sa propre chair et on ne se dérobe pas à soi-même. Il ne suffit pas de reconstruire le temple et rétablir le culte ; restaurer la relation à Dieu, c’est avant tout réparer les inégalités sociales les plus criantes, faire œuvre de libération, mettre les autres debout en leur permettant de se nourrir, de se vêtir, de trouver hébergement. Le seul jeûne qui reste valable consiste à se priver non pas pour observer un précepte et s’en prévaloir mais pour partager avec qui a faim.
_« A la fin, cad au sommet de la Bible, Dieu déclarera par la bouche de Jésus que ses actes de bonté accomplis en faveur des hommes non seulement lui plaisent mais l’atteignent directement, parce que non content d’avoir fait la chair, il s’est lui-même fait chair, se rendant ainsi vulnérable à tout méfait et sensible à tout bienfait (Mt 25,35-36). Certes, dans le texte d’Isaïe, Dieu n’apparaît pas encore dans le prochain, mais on peut déceler dans ce dernier une créature aimée de Dieu tandis que progresse d’une façon décisive, cette conviction biblique qui considérait le service des hommes comme un service pour Dieu, avant d’y voir finalement celui même de Dieu, du Dieu fait homme » Bonnard ds Assemblée du Seigneur /36.

_Le prophète ajoute une affirmation très importante : celui qui agit ainsi donnera de la lumière, de l’espace à son frère ! Agissant de la sorte, tu feras l’expérience que Dieu est avec toi. Tu feras l’expérience que la vie vaut la peine d’être vécue. Lorsque tu te préoccuperas des autres tu arriveras toi-même à la lumière. Dieu restera près de son peuple, si celui-ci agit d’abord avec justice, elle va briller comme une lampe devant ses pas !
_« Nourrir, vêtir, héberger, c’est combler les besoins et les droits élémentaires de l’être humain. Mais aussi soigner, éduquer, écouter, donner un emploi, finalement reconnaître et développer l’humain en l’autre parce qu’il est ma propre chair. Rendre la vie possible, apaiser une souffrance, rendre à l’existence sa beauté et son sens.
Ne pas reculer devant sa propre chair, aimer l’autre comme soi-même. Le prophète Isaïe constate que c’est cela qui permet une guérison de ma propre blessure et un rayonnement de ce qui est en moi. Ce qui semblait exigence éthique est d’abord humanisant pour moi ! Ensuite cela prépare un chemin pour la gloire de Dieu, la lumière de la résurrection, c’est-à-dire la beauté de son amour, qui est attention à tout ce qui touche l’homme et déploiement de sa capacité créatrice dans le service. Dieu compte sur le cœur de l’homme pour se manifester ». Heures Johanniques, Presses de Taizé.

_L’ami de Dieu et des hommes marche dans la vie comme un homme à la fois éclairé et éclairant : sa lumière est celle de la bienveillance du Seigneur à son égard et celle dont il éclaire le pauvre et l’indigent vers qui il se tourne et partage.
Christ dira « vous êtes la lumière du monde » : les œuvres de miséricorde et de tendresse refléteront la bonté du Seigneur qui feront resplendir sa la gloire.

_Arrêtons-nous quelques instants sur ces derniers mots « vous le savez bien ».
Notre difficulté à offrir au Seigneur un renoncement qu’Il aime, elle est là : nous savons, mais ce savoir est enfoui tout au fond de nous sous un amas hétéroclite de course à l’argent, de manque de temps, d’indifférence, de « à quoi bon ? », de « cela ne sert à rien », de rejet quand ce n’est pas de refus pur et simple de voir et surtout de regarder, la misère d’autrui.
Il serait peut-être judicieux pour nous, de commencer par nous débarrasser de ces encombrants, de résister aux sollicitations continuelles de notre société de consommation, afin d’aérer notre vie et notre cœur. Nous serions ainsi plus disponibles pour partager notre pain, fournir les vêtements, ouvrir notre maison, accueillir et non nous détourner de notre frère.
Alors, ce sera pour nous l’aube d’un jour nouveau.
Comme il est écrit dans Isaïe, nous pourrons vivre debout et susciter ou re-susciter autour de nous le courage et l’espérance. Les petites lumières de nos résurrections personnelles seront « Lumière de midi » pour sortir le monde de son obscurité

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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