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4e Dimanche de Carême C

2ième lecture : II Corinthiens 5,17-21 (16)

17 Aussi, si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Le monde ancien est passé, voici qu’une réalité nouvelle est là.
18 Tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation.
19 Car de toute façon, c’était Dieu qui en Christ réconciliait le monde avec lui-même, ne mettant pas leurs fautes au compte des hommes, et mettant en nous la parole de réconciliation.
20 C’est au nom du Christ que nous sommes en ambassade, et par nous, c’est Dieu lui-même qui, en fait, vous adresse un appel. Au nom du Christ, nous vous en supplions, laissez-vous réconcilier avec Dieu.
21 Celui qui n’avait pas connu le péché, Il l’a fait péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu.

A propos de cette lecture :

La première lettre de Paul n’a pas suffi à apaiser la communauté de Corinthe : des judaïsants ont profité de celle-ci pour mettre la communauté en effervescence en proposant un retour aux observances strictes du judaïsme.
Paul est retourné faire une courte visite à cette communauté. La rencontre fut très dure, on a même insulté Paul (2 Cor 2, 5-7). Sitôt après son départ les intrigues reprennent et certains dénigrent la manière dont Paul exerce son ministère. Il envoie le jeune Tite pour tenter de réconcilier les tendances opposées. Ce passage nous prépare bien à la lecture de l’évangile du père prodigue et ses deux fils du 3° dimanche du carême.

Dans toute la 2ième lettre Paul défend sur un ton à la fois enthousiaste et dramatique son ministère d’Apôtre. L’apostolat est, à ses yeux, un ministère de réconciliation.
C’est un appel fervent et passionné à la réconciliation que Paul leur adresse : pourquoi tarder puisqu’ils sont enracinés dans l’amour du Christ, un Christ qu’ils ne connaissent plus selon la chair, cad selon les apparences extérieures, mais selon une connaissance de foi et le don de l’Esprit. La connaissance selon le monde ancien est dépassée, c’est maintenant une relation toute nouvelle dans laquelle il n’y a plus de place pour la discorde.
Paul fait percevoir l’aube d’un monde nouveau, d’une humanité radicalement nouvelle qui renaît à partir de Jésus Christ. La bonne nouvelle qu’il leur rappelle c’est qu’en Christ ils sont devenus des créatures nouvelles et que par conséquent la référence n’est plus au passé mais à une réalité toute nouvelle qui a sa source dans la mort-résurrection du Christ qui a transformé radicalement leur vie de croyant. Cette humanité nouvelle a déjà commencé. Nous y sommes !

v. 17 Paul va dire en quoi consiste cette nouveauté. Le modèle de l’homme nouveau nous est donné en Jésus (que Paul appelle « le premier né de toute la création » Col 1,15) qui a pris chair en nous à notre baptême, par notre foi.
« Si quelqu’un est en Christ il est une créature nouvelle » ; comme si on assistait à une recréation de l’humanité par le Christ : création nouvelle, nouvelle alliance pour une réconciliation universelle.
Oui le baptême a réellement et radicalement transformé le chrétien : en lui il est une créature nouvelle. S’il est cette créature nouvelle, le disciple du Christ a donc à quitter le monde ancien de la discorde. Dieu a déjà commencé à remodeler l’homme à l’image de son Fils.
Et nous pouvons et devons quitter le monde de la discorde parce que Christ est mort « afin que tous les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui pour eux est mort et a été relevé »v15
Désormais l’amour du Christ nous habite et toute notre vie, (tout notre être relations, travail, prière, amour) en est illuminée, renouvelée, dynamisée.
« Bref, ces quelques versets de Paul expriment l’expérience chrétienne du baptême comme participation à la Pâque du Christ ; cet extrait dominical nous indique vers quelle nouveauté la foi pascale entraîne toute la communauté chrétienne. Pour Paul, notre vie est et reste tout illuminée par la mort et la résurrection de Jésus Christ » Feu Nouveau 52 pe 63

v. 18 Telle est la nouveauté de la situation : la réconciliation. Dans sa mort et sa résurrection le Christ a réconcilié le monde avec Dieu et les hommes entre eux : un monde nouveau est né, un monde de réconciliés.
Ce verset est un vibrant appel à se laisser réconcilier avec Dieu. La réconciliation c’est le salut de Dieu pour l’homme qui a ainsi accès auprès de Dieu. Par là l’homme est libéré, ressuscité déjà. Pour cela Dieu a fait Christ péché : par sa mort sur la croix il est offert en sacrifice, sacrifice qui rétablit le lien avec Dieu.
Non seulement la réconciliation est une réalité offerte mais les baptisés ont à la vivre, ont mission de l’apporter au monde comme Bonne Nouvelle et ils doivent en être les témoins : « il nous a donné le service de la réconciliation, il a mis en nous la parole de réconciliation ».
Voilà l’incroyable bonne nouvelle de l’amour miséricordieux du Père qui de pécheurs réconciliés fait des serviteurs de la réconciliation.

Comment comprendre cette nouveauté ?
v.21 Encore une fois Paul a une expression forte pour aller jusqu’à la source d’une telle nouveauté : « celui qui n’a pas connu le péché, pour nous Dieu l’a identifié au péché, afin que nous devenions justice de Dieu en lui »
Sur la croix, le Christ s’est rendu solidaire des pécheurs et a pris sur lui la charge du péché. En mourant sur cette croix, il a été considéré par ses contemporains comme maudit, abandonné de Dieu. Alors que, par son sacrifice, il se laisse identifier au péché des hommes pour rétablir avec Dieu le lien que le péché avait rompu.
Jésus a voulu devenir tellement l’un de nous qu’il a pris notre chair de péché, c’est-à-dire notre condition d’hommes et de femmes fragiles, capables, dans leur liberté, de dire non à l’amour. En s’incarnant dans une humanité semblable à la nôtre, il l’a réconciliée avec le Père, en proférant le oui dont elle est incapable. Il est devenu victime pour nos péchés et depuis lors le monde ancien s’en est allé, le monde de la rupture avec Dieu, le monde impuissant à prononcer un vrai oui de communion et d’amour avec le Père. Maintenant c’est chose faite !
Ce n’est pas par hasard que Paul parle de réconciliation : on a dénigré son apostolat et on l’a même insulté en public (2Cor 2,5-7). C’est l’occasion le moment de la réconciliation qui sera réconciliation avec Dieu lui-même.
Paul utilise peu le mot réconciliation : elle est mise en rapport avec le salut qui pour Paul désigne la résurrection future que Christ nous a acquise par sa propre résurrection.

La réconciliation est accessible dès aujourd’hui : nous sommes déjà réconciliés avec Dieu. On pourrait dire que le salut est déjà acquis en plénitude et la réconciliation le réalise dans le quotidien et le met à l’œuvre.
Si le salut se donne aux croyants de Corinthe sous la forme de la réconciliation, c’est-à-dire un changement qui affecte les relations entres les hommes et Dieu : « Si quelqu’un est en Christ, il est une créature nouvelle » nous aussi,
« Dieu nous a réconciliés avec lui ». Expression forte s’il en est ! Dieu ne change pas de sentiments à notre égard. Il ne se réconcilie pas avec le monde mais il réconcilie le monde avec lui.
C’est ce qui fait de la célébration de la pénitence une fête. C’est fête parce que nous célébrons un Dieu qui se réconcilie le monde, c’est fête en raison de la miséricorde de Dieu. La célébration du sacrement de la réconciliation ne consiste pas d’abord en une demande de pardon espérant la miséricorde du Seigneur, comme si la fête ne venait qu’après avoir bénéficié de cette miséricorde suite à l’aveu de nos bêtises ! Au contraire nous passons à l’aveu parce que sa miséricorde est première et nous devance toujours. Nous exprimons notre pauvreté dans la joie d’être déjà pécheurs pardonnés.
Un nouveau monde est déjà né ! Parce que pécheurs pardonnés, nous devons être ambassadeurs de cette réconciliation. La Bonne Nouvelle de la réconciliation nous est confiée. Ainsi deviendrons-nous une Eglise de la miséricorde…Non celle qui brandit des interdits et menace les récalcitrants au bûcher, mais l’Eglise en fête parce qu’elle-même pardonnée, Eglise souriante qui évangélise, qui annonce la Bonne Nouvelle de l’amour gratuit du Père pour le monde.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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