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4e Dimanche de Carême A

30 mars 2014}

4ème Dimanche de Carême –A-

Il n’est pas sûr que nous ayons bien intégré, dans le concret de notre vie, le fait du mystère de l’Incarnation. Que Jésus soit Dieu et homme, les chrétiens y croient mais spontanément, ils mettent l’accent ou sur sa divinité ou sur son humanité.
- Cela peut s’observer dans le comportement de chacun. Tel chrétien voit en Jésus celui qui réveille la dignité de tous ceux qui s’épuisent dans les difficultés de la vie ; tel autre voit en lui l’homme de la relation privilégiée avec Dieu.
- Cela peut être observé également dans la tendance d’une époque. Nous avons connu l’essor très fécond des mouvements de l’Action Catholique. L’église se voulait proche des hommes et de leurs combats. On a appelé cela la dimension horizontale de la pastorale. Aujourd’hui, on met l’accent sur la dimension verticale, la relation avec Dieu. On insiste sur la lecture de la Bible, sur l’adoration du Saint Sacrement.

Comme pour équilibrer ces deux tendances, l’Église a lancé l’opération Diaconia. El-le nous invite à découvrir que l’union à Dieu et l’attention fraternelle aux pauvres sont inséparables. Dans les monastères où vivent des contemplatifs, l’accueil des personnes en difficulté est une priorité. On ne peut suivre le Christ sans relation personnelle avec lui, et sans relation fraternelle avec les exclus de notre temps. Notre regard sur les oubliés de notre société dit le vrai de notre regard sur Dieu. Les récits de ce dimanche nous invitent à la conversion du regard.
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Samuel est une sorte de moine-soldat, un saint homme qui s’est dévoué pour le peuple de Dieu. Un jour, il doit aller chez un M. Jessé pour signifier à l’un de ses fils qu’il se-ra le futur roi d’Israël. Il n’est pas sûr que Samuel connaisse bien ce M. Jessé ; il ne sait pas exactement combien il a d’enfants. Dès son arrivée, il est séduit par la belle allure du fils aîné. Sûrement, c’est lui que Dieu a choisi. Mais « Dieu ne regarde pas comme les hommes ; les hommes regardent l’apparence mais le Seigneur regarde le cœur. » Aucun des sept fils n’a le profil dessiné par Dieu. Alors seulement, on se sou-vient qu’il y a le petit dernier qui garde les troupeaux. Il faut aller le chercher. C’est lui que Dieu a choisi ; il sera le grand roi David.

Dans l’évangile de Jean, Jésus et ses disciples croisent un aveugle. Par leurs questions, (banales à l’époque), de savoir qui a péché, lui ou ses parents, les disciples déclenchent l’initiative de Jésus. Il guérit l’aveugle.
Et voilà cet homme embarqué dans un tourbillon de convocations et d’interrogations… Dans cette histoire, chacun réagit selon ce qu’il perçoit de la situation et nous pouvons nous reconnaître dans l’un ou l’autre des acteurs de ce récit.
- Pour se rassurer, des voisins nient le fait. « C’est quelqu’un qui lui ressemble.
- Sûrs de leur savoir, des pharisiens se réfèrent à la Loi : un homme qui, un jour de sabbat, fait de la boue avec de la salive et de la poussière, ne peut pas être un homme de Dieu. D’autres restent perplexes. Un pécheur peut-il faire une chose pareille ?
- Les parents ne veulent pas avoir d’ennuis avec l’autorité : « C’est bien notre fils. » Pour le reste,… « Interrogez-le. »
- Le sujet de tous ces débats est donc un aveugle que Jésus a croisé par hasard et qui est guéri sans avoir rien demandé. Le fait de voir lui a donné de l’assurance. Il n’a pas la langue dans sa poche. De l’inconnu qui l’a guéri, il ose dire que c’est un prophète. Mais les pharisiens veulent en finir. Au début de l’histoire, l’aveugle est exclu de la société et à la fin, il est exclu de la synagogue. Affaire classée.
Pas tout à fait ! Jésus vient le trouver et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? - Qui est-il ? - Tu le vois et c’est lui qui te parle. Il dit « Je crois » et il se prosterna devant lui »
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Quelques remarques :
- 1). Sur les situations que nous rencontrons, chacun de nous a un point de vue, un point à partir duquel il porte un jugement. Ce point de vue est construit par l’éducation et la formation reçues, le tempérament, les ambitions, les épreuves traversées...
Dieu aussi a un point de vue. Il est amour totalitaire. Il veut sauver tous les hommes. Pour être sûr de n’oublier personne ; il envoie son Fils qui s’identifie aux exclus toutes catégories. C’est à eux d’abord qu’il se donne à voir. C’est par eux que nous avons à rencontrer Jésus.
Il y a des convictions qui nous sont familières, des paysages que nous aimons voir et revoir ; ils font partie de nos racines, mais quand on suit Jésus, il ne faut pas s’attendre à passer et repasser toujours par les mêmes chemins. Nos convictions peuvent se trouver ébranlées, nos comportements interrogés.
- 2). Autrefois, la transmission des nouvelles se faisait au lavoir du village. Etant jeune, j’ai connu le tambour de ville. Il parcourait les rues pour proclamer les « Avis à la population » signés du maire. Maintenant, il y a la radio, le téléphone, internet et les réseaux sociaux. Notre manière de voir est conditionnée par les chemins de notre sa-voir. N’aurions nous point à nous libérer de tout ce qu’on nous raconte pour être attentifs à ce que Dieu dit.
- 3). Par peur d’être désarçonné par telle ou telle réflexion, on la ramène, en la déformant au besoin, à ce qu’on sait déjà et nous voilà rassurés. Pouvons-nous dire que nous acceptons de modifier notre regard quand nous coupons la parole à l’autre ?
Samuel et les fils de Jessé, l’aveugle et les témoins de sa guérison ont été désarçonnés par ce qui est arrivé. Acceptons-nous de changer notre regard ?
D. Boëton

L’accueil des plus petits ne peut pas s’opérer sans une indispensable conversion du regard. Cela veut dire cesser de considérer les plus pauvres comme des marginaux ou, pire encore, comme inférieurs à nous précisément parce qu’ils sont les chéris de Dieu, la chair de Jésus Christ (Pape François). C’est nous en réalité qui sommes en marge de l’Evangile chaque fois que nous les regardons d’en haut avec indifférence et mépris.

Mgr Th. Sherrer. Lettre pastorale « Laissez-vous réconcilier avec Dieu », (page 15)

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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