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4e Dimanche de Carême A


4ème Dimanche de Carême –A-

1 Samuel 16. 1, 6-7, 10-13 Ephésiens 5, 8-14 Jean 9, 1-41

Vers 1035 avant J.C., Dieu, fatigué des mauvais services du roi Saül, voulut préparer sa succession. Samuel, un homme de Dieu, fut chargé de prendre contact avec un certain Monsieur Jessé qui habitait Bethléem et qu’il ne connaissait pas particulièrement. Parmi ses enfants, Samuel devait désigner celui que Dieu avait déjà choisi pour devenir, le moment venu, le successeur de Saül.

Le texte d’aujourd’hui raconte les surprises, (les naïvetés !) de Samuel. Séduit par la prestance du fils aîné, il est sûr de se trouver en face du futur roi. Il doit déchanter. « Les hommes regardent les apparences mais le Seigneur regarde le cœur. » L’aîné étant écarté, les autres fils de Jessé défilent devant Samuel sans succès, si bien que Samuel peut se demander s’il ne s’est pas trompé de maison. Mais il y a le petit dernier qui garde les troupeaux dans les environs. Samuel demande qu’on aille le chercher. Finalement, c’est lui que Dieu a choisi. Il s’appelle David.
*
Quelques siècles plus tard, en sortant du Temple avec ses disciples, un jour de Sabbat, Jésus croise un aveugle-né.
Réaction des disciples. Ils s’expriment selon la culture qui les a modelés : Dieu ré-compense les bons et punit les méchants. Si cet homme est aveugle, c’est qu’il s’est mal conduit. Mais, comme il est aveugle de naissance, il est probable qu’il paie la mauvaise conduite de ses parents. Jésus refuse cette analyse. Pour montrer qu’il n’est pas d’accord, il donne la vue à cet homme et disparaît du récit.

Réaction des voisins. Surpris, ils ne savent comment se situer et se demandent s’ils doivent croire ce qu’ils voient. Cet homme qui, hier encore ou ce matin-même, faisait la manche pour survivre, le voilà devenu voyant !
Les commentaires entre voisins vont bon train. C’est lui ! C’est pas lui ! C’est quelqu’un qui lui ressemble ! Ils finissent par l’interroger : « C’est bien moi ! ». Et il ra-conte ce qu’un homme appelé Jésus lui a fait. Il faut informer les autorités.

Réaction des Pharisiens. Ils vérifient l’information. Une fois de plus, l’ex-aveugle raconte comment il a été abordé par un inconnu qui a fait comme de la boue avec de la salive et de la poussière et l’a envoyé se laver à la piscine de Siloé. La chose faite, il voyait.
De manière très professionnelle, les pharisiens notent un détail décisif : Jésus a fait de la boue, un jour de sabbat ! La conclusion s’impose : « Cet homme-là n’est pas de Dieu. » Mais dès que la conclusion est exprimée, elle est contestée : « Comment un homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? »
Les pharisiens ont le même réflexe que Samuel. Ils ont étudié la loi de Moïse donnée par Dieu : pas de travail manuel, le jour du Sabbat ! Dieu ne peut pas ne pas penser comme eux. Au fait, qu’en pense l’intéressé ? « C’est un prophète ! »
Cela, c’est un comble ! Il devient urgent de prendre des mesures pour protéger la foi juive contre des dérives qui la mettrait en danger. Les Juifs décident d’exclure de la synagogue ceux qui déclareraient que Jésus est le Christ. Pour l’instant, il faut reprendre l’enquête : cet homme était-il vraiment aveugle ?
Réaction des parents. La peur devant les pharisiens les rend prudents. C’est notre enfant. Il est né aveugle. Maintenant il voit. Pour le reste, c’est à lui de s’expliquer.

Jésus. Pour contrer ses disciples, il a donc pris l’initiative de donner la vue à un in-connu sans rien lui demander d’autre que de se laver les yeux à la piscine. Mais il revient le voir quand il apprend son exclusion de la synagogue. L’ex-aveugle ne peut le reconnaître. Quand il est sorti de la piscine de Siloé, son guérisseur avait disparu.
Jésus ne lui laisse pas le temps de raconter ses ennuis et il ne lui dit pas que les choses vont s’arranger. Il lui pose une question : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » Crois-tu que celui qui t’a donné la vue est le Christ ? La réponse est immédiate : « Qui est-il, Seigneur, pour que je crois en lui ? » « Tu le vois, c’est lui qui te parle. » « Je crois Seigneur. »

Remarques
* En défendant un point de vue personnel, nous pensons volontiers que Dieu, qui s’est fait homme, pense comme nous. Mais il ne se laisse pas berné. Il maintient son point de vue. Jésus donne sa lumière à ceux qui se reconnaissent aveugles. Quand le point d’appui de notre raisonnement est mauvais, notre jugement ne peut être que faux.

* A l’origine, il y a l’amour de Dieu envers son peuple. Tout amour donné attend une réponse. Pour ouvrir un chemin de réponse, la Loi a été promulguée mais elle doit rester un chemin. Dieu ne regarde pas l’apparence. Il ne regarde pas le geste que nous faisons conformément à la Loi. Il regarde le cœur.

* Jésus va à la rencontre de tout homme. Quand le contact est pris, quand la foi est ex-primée, la vie de celui qui est rencontré est bousculée. Il voit le monde autrement. Son entourage s’étonne, conteste, s’oppose. Il s’ensuit une rupture. Cet évangile accompagne le cheminement des adultes qui se préparent au baptême.

* Cet évangile nous renvoie à notre baptême. La vie de Dieu en nous est sans cesse abîmée par son frottement avec la vie du monde qui ne cesse de séduire. Quand nous acceptons de prendre conscience de nos dérives, le Sacrement de Réconciliation nettoie notre vie et lui rend son originalité, sa force et sa joie.
Quant à l’entourage, il reste coincé dans ses valeurs comme les disciples, coincé par la peur de perdre son pouvoir comme les pharisiens, coincé par la peur d’être marginalisé dans la société comme les parents de l’aveugle guéri.
Le carême va-t-il nous permettre de passer des ténèbres à la lumière ?
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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